Changement de ton : l’attractivité entre en scène|Municipales 2026

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Article publié dans le cadre du dossier
Dossier Municipales 2026 : Attractivité, sécurité & propreté en débat
publié en décembre 2025. A découvrir en intégralité sur ce lien

Attractivité, sécurité, propreté… La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, s’est prêtée au jeu du reportage, entourée de son adjoint au commerce et au tourisme, Joël Steffen, et du président des Vitrines de Strasbourg, Gwenn Bauer. Récit entre bilans et perspectives.

Hasard du calendrier, nous nous retrouvons le 3 octobre, date de la fête nationale allemande, pour prendre le pouls du centre-ville strasbourgeois… Les rues sont noires de monde, la météo clémente, la police bien présente, les services municipaux au taquet. Tous les signaux sont au vert. « Tu as bien choisi ta journée ! », lance Gwenn Bauer, président des Vitrines de Strasbourg. « Je n’ai pas donné d’instructions », sourit Jeanne Barseghian. De fait, les chiffres sont avec elle : « La fréquentation du centre-ville connaît une augmentation mensuelle moyenne d’un million de visiteurs, ce qui signifie qu’un centre-ville comme Strasbourg est très attractif. La question reste : que vont-ils consommer ? »
« Attractivité » n’est donc plus un gros mot pour la maire de Strasbourg, candidate à sa succession. « Ce n’est pas un terme que j’utilise, mais je constate que Strasbourg est très attractive », reconnaît-elle. Strasbourg est en effet classée troisième métropole de France derrière Rennes et Montpellier du baromètre 2025 Arthur Loyd dans la catégorie « Grandes métropoles ». Elle figure aussi dans le TOP 40 du Global Destination Sustainability Index (GDS Index) « qui fait de Strasbourg un territoire de développement durable, de services, d’inclusion », précise Joël Steffen.

Comment veiller à la diversité commerciale ?

Mais quelle est la réalité économique ? « Depuis le COVID, on observe un changement de consommation en France. Je ne sais pas où est la désertification dont on nous parle eu égard à la fréquentation du centre-ville, des transports en commun ou des P+R (parking relais), commente Jeanne Barseghian. Mais en effet, avec le recours de la vente en ligne (+9,6 % en 2024 – ndlr), les visiteurs viennent plutôt boire un verre qu’acheter en boutique. » « Il n’y a qu’à regarder l’augmentation des adresses de pâtisseries, appuie Joël Steffen. Les gens recherchent le réconfort, la convivialité. »
Pour autant, dans le numéro 57 d’Or Norme paru en juin, la présidente départementale de l’UMIH (Union des métiers de l’industrie hôtelière), Véronique Siegel, dénonçait un secteur de la restauration fragilisé par l’inflation, le manque de personnel, les travaux, la fin du stationnement gratuit entre midi et deux décidé par la municipalité précédente, et la « hausse vertigineuse » des tarifs de stationnement sous cette mandature. « Un tiers de l’offre commerciale se situe dans la restauration, fast-food compris, la concurrence est rude, il faut être au top de la tendance, ce n’est pas facile pour eux », reconnaît Joël Steffen.
La montée en puissance des fast-food, un sujet ô combien politique… « En actionnant le droit à la préemption depuis 2023, nous veillons à la diversité commerciale, assure Jeanne Barseghian. Pour autant, nous sommes dans la libre-entreprise des propriétaires privés, nous n’avons pas droit à l’ingérence. Il faudra compléter cet arsenal par un encadrement des loyers commerciaux pour trouver un bon équilibre et que les locaux ne soient pas accessibles qu’aux chaînes de restauration. »
À titre d’exemple, le Printemps, fermé depuis quatre ans : « Il n’y a pas une semaine sans que l’on soit interpellé. Mais le loyer est de quatre millions d’euros par an, on voit bien que la marge de manoeuvre est limitée. »

Régler les conflits vélos-piétons

Côté stationnement, les élus mettent en avant les 200 places violettes permettant de faire ses emplettes au centre-ville pour 2 € l’heure et demie de stationnement. « Les métiers de bouche apprécient, admet Gwenn Bauer, mais il faudrait proposer un tarif pour les résidents et trouver une offre spécifique pour les habitants de l’Eurométropole. »

« Les agents n’ont jamais été aussi nombreux que sous mon mandat, ils sont 330 aujourd’hui. » Jeanne Barseghian

En cette journée de fête nationale allemande, les rues sont bondées. Les Strasbourgeois pressés slaloment tant bien que mal entre les touristes flânant durant leur jour férié. La plupart des cyclistes mettent pied à terre, tandis que les livreurs ne ralentissent pas le tempo, comme trop souvent. « Il faut régler les conflits vélos-piétons », insiste Gwenn Bauer. « D’où le Ring, répond Jeanne Barseghian. Mais à un moment donné il faudra verbaliser, principalement les livraisons… » Au risque de mécontenter les restaurateurs : « C’est là tout l’enjeu : rechercher l’intérêt général et concilier les intérêts divergents, c’est le rôle d’un élu local », rappelle la maire, qui s’étonne qu’on lui reproche de ne pas avoir été assez sur le terrain durant son mandat. « Il y a trois ans, j’ai initié les “Cafés de la maire” pour échanger avec les commerçants, les habitants, je vais en ville, sur les marchés, sur les lieux de travaux. Après il y a la maire et ses adjoints, Joël Steffen et Pierre Ozenne qui sont aussi sur le terrain. »
Durant notre déambulation en ville, rares sont les Strasbourgeois à l’interpeller. Si ce n’est Nadia, 64 ans, qui salue ce qu’elle est « en train de construire ». À la librairie Quai des Brumes dont l’activité bat son plein avec la rentrée littéraire, le moral est au beau fixe. « La rue est désormais l’une des plus dynamiques de Strasbourg, mais il faudrait plus d’arceaux et modérer les livreurs à vélo », souligne son gérant. « Et plus de poubelles aussi, ajoute une libraire. Avec toutes les ventes à emporter, elles débordent ! »
Souvent pointée du doigt en effet, la propreté de la ville depuis cinq ans. « Nous avons en effet un souci avec la vente à emporter, et les cartons du e-commerce, reconnaît la maire. Les agents n’ont jamais été aussi nombreux que sous mon mandat, ils sont 330 aujourd’hui. Nous avons récupéré plusieurs tonnes de déchets supplémentaires. Nous sommes l’une des premières villes à avoir mis en place des sanctions administratives, jusqu’à 15 000 €, auxquelles s’ajoutent des pièges photographiques qui prennent les gens sur le fait, y compris au centre-ville. » Concernant les arceaux qui manquent dans l’hypercentre, ils rappellent que l’on est dans un périmètre sauvegardé où il n’est pas possible de tout faire. « C’est pourquoi nous avons ajouté 1000 places autour de la Grande île et réfléchissons à un parking souterrain place de la Gare et à des emplacements sécurisés. »

©Abdesslam Mirdass

 

Des mesures trop tardives ?

Reste enfin la question de la sécurité à Strasbourg avec en point de mire la mendicité agressive. « On a peur de passer place Kléber et rue des Grandes-Arcades, il y a trop de SDF avec leurs chiens pas attachés », lancent deux jeunes filles de 18 ans. « Je ne me balade plus seule à pied en ville le soir, » rapporte une jeune maman. « Les inscriptions à l’école de musique rue du 22 – Novembre ont baissé », appuie Gwenn Bauer, rappelant les vives tensions dans le secteur qui ont mis du temps à être apaisées : « Mais depuis l’arrivée du nouveau préfet, les choses ont été prises en main après Noël rue du Faubourg-National et rue du 22 Novembre. »
« C’est une coproduction de sécurité Ville-État, je ne peux pas tout faire toute seule », se défend la maire qui a pris un arrêté pour verbaliser la consommation d’alcool en mars dernier. Trop tardivement selon l’opposition. « Nous avons mené une action coordonnée et musclée avec la préfecture, la police nationale et la procureure face à une situation très alcoolisée voire sous stupéfiants et des comportements agressifs. Cet arrêté permet de verbaliser sans attendre que la personne soit ivre morte. Cela étant, ce sont des situations complexes de personnes ayant besoin d’une aide et d’un suivi. »

« Il n’y a pas de lieux magiques où l’on peut déplacer les gens. La mendicité est autorisée en France. Je n’ai pas de pouvoir en tant que maire, il faut que l’on travaille sur comment les prendre en charge et permettre aux commerçants de travailler. » Jeanne Barseghian

Regrette-t-elle d’avoir supprimé l’arrêté anti-mendicité agressive de 2019 dès son arrivée au pouvoir ? « C’est un arrêté pris en fin de mandat pour donner un signal aux commerçants mais qui ne réglait aucun conflit, avec ce risque d’effet plumeau : ils vont se déplacer. Il n’était pas écrit “mendicité agressive”, (C’était bien le cas – ndlr) et pour moi, c’était un arrêté purement symbolique. C’est pourquoi j’ai pris des mesures administratives en cas d’agression ou de comportements illicites. » « Pour autant, une commerçante de la Grand’Rue a appelé la police nationale et la police municipale la semaine dernière parce que des personnes squattaient devant son commerce, mais ils ont indiqué n’intervenir qu’en cas d’agression », déplore Gwen Bauer. « Nous on demande d’intervenir si l’accès au commerce est entravé, ou s’ils sont devant les vitrines, rétorque Jeanne Barseghian. Il n’y a pas de lieux magiques où l’on peut déplacer les gens. La mendicité est autorisée en France. Je n’ai pas de pouvoir sur ça en tant que maire. Il faut que l’on réfléchisse à la meilleure façon de les prendre en charge et permettre aux commerçants de travailler. » Sans aucun doute, l’attractivité, la sécurité et la propreté seront au coeur de cette campagne municipale qui s’annonce tendue.

Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg et Joël Steffen, adjoint au commerce et au tourisme. ©Abdesslam Mirdass