Confinement, déconfinement, rentrée : ces enfants si résilients…

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Privés d’école, de leurs copains, de sorties, de leurs activités favorites, avec des parents parfois sur les nerfs ou en tout cas un brin désarmés. Un retour sommaire en classe. Et une rentrée sous forme de point d’interrogation. Nous sommes allés à la rencontre de trois familles strasbourgeoises, pour donner la parole à ces enfants qui subissent, sans trop moufeter.

 © Nicolas Roses

Kiara, 10 ans, et Magali
« En classe la moitié du temps ? Ce serait trop nul ! »

En CM1, Kiara, 10 ans, a vécu son confinement entre inquiétudes, système D, solidarité entre voisins, dans le cocon réalisé par sa maman Magali. A son retour en classe, elle s’est sentie « libérée ». Mais une rentrée dans les mêmes conditions ne la ferait pas trop rigoler…« Quand la maîtresse nous a dit qu’on n’aurait plus école, je croyais que ça allait être bien. Mais en fait, non, lâche Kiara. Je n’apprends pas avec les mêmes techniques avec maman, elle crie un peu beaucoup ! ». A ses côtés, Magali, maman solo de 43 ans, la regarde avec bienveillance.« En effet, c’était difficile de trouver un rythme au début, et je suis peut-être exigeante. On n’avait pas d’imprimante non plus, cela rendait les choses compliquées. » C’était sans compter sur la solidarité entre voisins de leur petit immeuble de logements sociaux à la Robertsau. « J’ai inventé une technique avec un fil et une pochette pour que Roger puisseme transmettre par la fenêtre mes devoirs qu’il avait imprimés », sourit Kiara. Avec son meilleur copain et voisin Noa, ils ont aussi improvisé de nouveaux jeux dans leur petite cour, « à côté des poubelles », au bout de quelques semaines de confinement. « On se laissait aussi des mots devant nos portes. J’ai découvert Tik Tok pour faire des chorés, on a fait de la pâtisserie avec maman, refait ma chambre… ».

« ON AURAIT DIT UN NINJA DANS LES RAYONS ! »

Mais Kiara ne cache pas ses inquiétudes face à ce fichu virus, pour elle et pour sa maman. « Elle ne voulait pas rester seule à la maison, et comme je suis solo, au début je l’emmenais faire les courses. Mais elle était paniquée, on aurait dit un Ninja dans les rayons ! » Une cliente malotrue se permet aussi d’interpeller Magali sur la présence de Kiara dans le supermarché. « Je lui ai demandé si je devais l’attacher comme un chien dehors ! Elle ne s’est même pas excusée. »
Petit à petit, mère et fille ont réussi à trouver leur rythme. Le 11 mai, Kiara est heureuse de pouvoir revoir son papa. Quand on lui a annoncé le retour en classe, « je me suis dit, ça y est, enfin libérée ! Mais j’avais un peu peur du virus. »

Kiara s’adapte aux nouvelles conditions de vie à l’école. « On était par demi-groupe, pas masqués et j’étais contente qu’on puisse quand même j9ou9er dans la cour. C’était cool de retourner à l’école, je travaillais mieux aussi. » Mais à l’idée de repartir sur cette configuration, Kiara ne peut empêcher une petite moue. « Ce serait trop nul si on y retournait qu’à moitié ! » « Et qu’est ce que je ferais moi ? », rebondit Magali. En agence de voyage depuis 20 ans, Magali, n’a Magali Werling et Kiara retrouvé son poste qu’à 30%. « Pour moi aussi la rentrée est en point d’interrogation, je ne sais pas comment le secteur va survivre. J’ai des idées de reconversion, dans la déco par exemple, mais en tant que maman solo, il faut que je sois dans le concret, nous n’avons qu’un salaire. » La maman s’inquiète aussi des reprises des habitudes des Français, « comme si rien ne s’était passé, on a l’impression d’un retour à la normale… » « Mais avec un masque », lui rappelle Kiara, visiblement résignée.

 © Nicolas Roses

Esther, 8 ans, Bianca, 12 ans, et Charles, 16 ans
« La crainte d’une rentrée masquée »

Résignation pour l’aîné, décrochage pour la cadette, adaptation pour la petite dernière… Les kids Boschetti ont géré comme ils pouvaient leur confinement… Et leur retour en classe. S’ils se sont adaptés, ils craignent quand même un retour masqué à la rentrée, surtout
au collège et au lycée. Rester cinq heures assis sur sa chaise, masqué, sans pause dans la cour, Charles, 16 ans, l’a vraiment mal vécu. « Je n’avais en plus qu’un pote dans mon groupe. » L’idée d’une telle rentrée ne le fait pas vraiment kiffer. « Après, je ne sais pas, ce n’est pas très motivant de travailler à la maison, je suis quand même plus assidu au lycée. » Bianca, 12 ans, se réjouit de retrouver les bancs du collège. « J’espère juste qu’on n’aura pas à porter de masque, qu’on reverra tout le monde, et qu’on reprendra l’activité cirque ! » En CE1, Esther, elle, n’a pas eu d’obligation de porter le masque. « J’aimais bien travailler que le matin et manger le pique- nique en classe. On devait souvent mettre du gel sur les mains, mais ce n’est pas si grave, même si ça fait des mains collantes et qui puent ! »

« LE MENTAL EST ESSENTIEL »

Après un confinement « quatre étoiles », avec un petit jardin, une salle de classe aménagée dans les bureaux de leur maman Noémie, créatrice du réseau Mums in Strasbourg, les enfants Boschetti confient avoir vécu ce temps d’arrêt différemment. « Pour moi cela n’a pas été si difficile car je savais que cela ne durerait pas toute la vie », lâche Charles, qui partait de temps en temps faire du skate pour décompresser. Ses sœurs, elles, ne sont sorties dans la rue que deux fois en deux mois.

« J’aime pas sortir sans but », confie Bianca, qui a le plus mal vécu l’éloignement de l’école. « Mes copines me manquaient, l’école rythme mes journées, j’avais du mal à m’organiser, je suivais les cours en ligne, mais je ne savais pas trop où j’allais », confie-t-elle. Pourtant bonne élève, Bianca a décroché et souffert de son « isole- ment » lors de son anniversaire. « J’ai beaucoup pleuré le soir, même si maman a tout fait pour me préparer une belle journée. » Autant dire que retourner au collège à plein temps l’a réjouit. Si deuxième confinement il devait y avoir, Noémie « l’accueillerait comme il se doit, mais je consacrerai plus de temps à mes filles, et moins au réseau. » Sur tous les fronts, elle a bossé dur pour offrir un coup de boost aux mums, avec des rencontres virtuelles, des idées d’activités etc. « Mon rôle était de donner la patate, par ma force mentale, par mon histoire personnelle puisque j’ai déjà vécu un confinement de cinq mois dans une chambre d’hôpital. Je savais que l’on pouvait s’en sortir, mais le mental est essentiel. »
Son époux Nicolas ayant pris ses fonctions de directeur des systèmes d’informations des Hôpitaux universitaires de Strasbourg le 13 mars, autant dire qu’elle était seule à gérer les kids. « Il partait de 7h15 à 20h, il fallait qu’il s’assure que les services de régulation n’explosent pas, avec la moitié des équipes en télétravail, l’autre malade et des prestataires terrorisés d’intervenir à l’hôpital. » Et de conclure dans un sourire, « la photo que vous avez prise est représentative de notre confinement ! Mais au moins, notre couple n’en a pas souffert ! » Forte des enseignements de cette première vague, nul doute que toute la petite famille abordera la rentrée avec sérénité.

 © Nicolas Roses

Baptiste, 6 ans, et Gaspard, 9 ans
« Le plus difficile : la séparation avec les copains »

S’ils ont globalement bien vécu leur confinement, les kids Boivin n’avaient qu’une hâte : retourner à l’école avec leurs copains. Une rentrée confinée ? Très peu pour eux, même si Gaspard, du haut de ses 9 ans, a entière confiance en les soignants pour gérer une deuxième vague, sans qu’on ait besoin d’être reconfinés. « La rentrée, je la vois normale, ça devrait aller, car les soignants, et les gens, savent
mieux comment faire, estime Gaspard. S’il y avait un deuxième confinement, ce serait moins difficile, car je n’ai plus peur. Mais j’ai très, très, très envie de retourner à l’école comme avant ». Les premiers temps du confinement l’avaient toutefois un peu effrayé. Pendant trois semaines, ni lui, ni son frère Baptiste, 6 ans, n’ont voulu mettre un pied dehors. « Je me suis dit que ça allait m’embêter, car ce ne serait pas comme avant et je savais par mes parents que des gens faisaient un peu n’importe quoi », confie-t-il. « Il m’a aussi dit que si on faisait le confinement, autant le faire comme il fallait », rebondit leur maman, Menaude, responsable d’une halte-garderie.

LES ENFANTS ONT BESOIN DE CONTACT PHYSIQUE

Leur papa, Matthieu, chargé d’affaires chez Chronopost, a fini par imposer une sortie familiale d’une heure par semaine. « Petit à petit ça allait mieux, sourit Gaspard, on était restés tellement longtemps sans voir personne, ça a fait du bien. » Après avoir parlé à distance de balcons, ils se sont en effet autorisés à voir des copains en respectant trois mètres. « Mais cela a ses limites, rappelle Matthieu. Au bout d’un moment, tu ne sais plus quoi te dire. » Baptiste n’a pas trop aimé non plus.

« J’étais content de les revoir, mais on ne pouvait pas se toucher, c’était pas marrant. » Si ne plus faire les bises ou serrer les mains convient parfaitement aux parents, les enfants ont encore besoin de contact physique. « Et si l’on devait porter le masque tout le temps, je ne sortirais plus jamais ! », lâche Gaspard. Pour les deux petits Boivin, retourner à l’école a vraiment été une libération, surtout pour revoir les copains, « et la salle de classe, ça motive », souligne Gaspard.
Même s’ils ont tous les deux plutôt très bien suivi le programme, grâce à une maman investie. « Je me suis un peu mis la pression, car j’avais peur qu’ils soient perdus par rapport à d’autres élèves à la rentrée », reconnaît Menaude. Même si évidemment, cela n’a pas toujours été une partie de plaisir, pour les uns comme pour les autres, entre l’école à la maison, le boulot de papa en télétravail, la distance avec la famille et les amis. En cas de deuxième vague, que pense le reste de la famille ? « Je prends du Prozac ! », s’amuse Matthieu.
« Ah non ! Pas encore une fois !», s’écrie Baptiste. Menaude préfère rester mesurée. « Je le referai, même si cela n’a pas toujours été calme et tranquille… »

 

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