Solence, le SOPK pour bataille

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Diagnostiquée d’un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) en 2018, Clara Stephenson a fondé Solence à Strasbourg. Une thérapie numérique conçue avec les patientes, sur la voie d’une certification médicale.

« Ce fut un long parcours, souvent solitaire, où j’ai découvert un trouble hormonal encore méconnu et largement sous-estimé. » Clara Stephenson énonce un constat. Celui d’une femme habituée aux environnements exigeants : le droit des affaires, les restructurations, les dossiers à haute intensité, et qui se retrouve, soudain, face à une médecine trop souvent désarmée quand il s’agit de santé féminine.
En 2018, elle est en désir d’enfant quand tombe un diagnostic : syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Un acronyme qui cache une réalité très concrète. Le SOPK est un trouble hormonal fréquent, qui concerne entre 6 et 13 % des femmes en âge de procréer. Il peut se manifester par des cycles irréguliers, des difficultés d’ovulation, de l’acné, une pilosité excessive, une fatigue persistante, parfois une prise de poids ou une résistance à l’insuline, parmi les symptômes les plus fréquents. Une maladie aux visages multiples, diffuse, longtemps minimisée. Jusqu’à 70 % des femmes concernées ne seraient pas diagnostiquées.
Pour Clara Stephenson, le choc est aussi celui du vide : peu d’explications, peu de cadre, peu d’outils. Alors, elle cherche. Elle lit. Des articles scientifiques, des publications médicales. Elle compile, traduit, compare. Peu à peu, ce travail devient un fil tendu vers les autres. D’abord un blog. Puis Instagram, où elle crée le compte @Les–natives qui devient un espace de méthode et de partage. « Rapidement, une communauté s’est formée… révélant un besoin immense d’information fiable et de soutien. » Des centaines de messages. Et cette évidence : le SOPK n’est pas seulement une affaire de fertilité. C’est un enjeu de santé globale, encore largement sous-estimé alors qu’en 2021 l’endométriose, autre maladie féminine, était érigée en grande cause nationale.

De l’intime à une entreprise de santé

À l’époque, Clara Stephenson est avocate d’affaires. Un univers de chiffres, de procédures, de décisions rapides. Mais ce qu’elle traverse, elle, est plus brut : des femmes seules face à un trouble endocrinien chronique, mal pris en charge. Solence naît de là. « Ce n’est pas un projet théorique, mais une réponse construite avec les personnes concernées. » Elle décide alors de construire quelque chose d’utile, en lien avec son compte Instagram.
C’est sa rencontre avec Maël Mertad, expert en santé numérique, fin 2022, qui accélère la structuration. Incubée à Station F, à Paris, puis à Quest for Health à Strasbourg, Solence devient une FemTech à ambition clinique.

Une sortie officielle en 2026

Depuis 2025, Solence a changé d’échelle. L’entreprise compte désormais cinq personnes. Le premier semestre 2026 doit marquer la sortie officielle de l’application, alors que la version test semble porter ses fruits. La stratégie reste incrémentale : vente directe auprès des patientes, retours exigeants, amélioration continue. « On compte sur ces retours pour affiner l’accompagnement au plus près du réel », souligne Clara Stephenson.
Pour Solence, il s’agit aujourd’hui d’entrer dans le champ des solutions de santé reconnues. La start-up suit une feuille de route réglementaire visant une conformité aux normes ISO propres aux dispositifs médicaux numériques, avec l’objectif de devenir officiellement une entreprise de santé d’ici fin 2026. Cette crédibilité passe d’abord par la preuve clinique. Un CHU spécialisé mène actuellement une étude pilote. Solence collabore aussi depuis 2023 avec Besins Healthcare France, autour de compléments alimentaires liés à la prise en charge du SOPK. Pour accélérer ce développement, l’entreprise a bouclé en février 2025 une levée de fonds de 1,6 million d’euros (Impact Shakers Ventures, business angels, Bpifrance).
Derrière la technologie, une logique médico-économique s’impose. Clara Stephenson, aujourd’hui maman d’une petite fille, cite un chiffre : les femmes dépensent en moyenne 3 500 euros par an en soins liés au SOPK, le plus souvent sans remboursement. Solence discute aujourd’hui avec plusieurs mutuelles et assureurs pour une mise à disposition de l’application via ces réseaux. Au coeur du projet reste une idée : « Nous voulons qu’aucune femme ne soit laissée seule face à ce combat. » ←