Wouter Van Der Veen, un strasbourgeois au coeur des prochaines expos Van Gogh

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Rencontré en juin, l’historien d’art strasbourgeois se préparait à un été studieux, prélude à deux expositions Van Gogh qui débuteront à l’automne.

Entièrement consacrée aux oeuvres produites par Vincent Van Gogh durant les deux derniers mois de sa vie à Auvers-sur-Oise, la première exposition sera accrochée aux cimaises du musée d’Orsay entre le 3 octobre 2023 et le 4 février 2024. La seconde, intitulée « Van Gogh les derniers voyages », sera accueillie au château d’Auvers-sur-Oise du 6 octobre au 27 septembre 2024. Auteur d’un texte pour le catalogue de la manifestation parisienne, Wouter van de Veen assure le commissariat de celle qui se tiendra dans la ville où mourut Van Gogh.

UNE DÉCOUVERTE INATTENDUE

Chercheur aussi atypique qu’infatigable, il est à l’origine de « trois ou quatre trouvailles » qui se sont répercutées à Orsay raconte-t-il en évoquant ce cadre retrouvé par hasard en farfouillant dans la cave de l’auberge Ravoux où logeait Van Gogh à Auvers. « Ce cadre était emballé dans du papier journal des années trente et portait une étiquette “Vincent Van Gogh Salon des indépendants 1905” qui m’a renvoyé à un échange de courrier entre Johanna, la femme de Théo, frère de Van Gogh et le fils du docteur Gachet qui accompagna le peintre à la fin de sa vie. Ils s’entretenaient de la manière dont Vincent voulait voir ses oeuvres encadrées. Bois, dimensions, peinture verte… tout concordait et le musée d’Orsay a décidé de réencadrer quatre tableaux selon ce “design” conçu par l’artiste. » Cette découverte qui succède à celle de l’endroit exact où Van Gogh peignit sa dernière oeuvre « Racines » à Auvers illustre bien la démarche atypique de Wouter van der Veen. « Je regarde en toute liberté, dit-il, mais j’ai un fond académique qui me permet de mesurer l’importance de la vérification et de l’échange avec d’autres chercheurs. » Une manière de faire que retrouve à Strasbourg ce Néerlandais d’origine. « C’est une ville inclassable qui affiche indépendance et humour, mais de manière très cadrée, une terre bon enfant qui tente, mais ne fait pas n’importe quoi. »

LES LIEUX DE VAN GOGH VUS PAR D’AUTRES PEINTRES

L’expo d’Auvers conçue par Wouter van der Veen qui y est le conseiller scientifique de l’Institut Van Gogh sera essentiellement consacrée aux artistes qui ont peint aux mêmes endroits que Vincent. Une quarantaine d’oeuvres seront présentées dont celles de Léonide Bourge, « peintre hors genre, hors époque, très libre dans sa pratique ». La dernière partie du parcours sera immersif et racontera Van Gogh au travers du témoignage de Johanna qui fut chargée de son héritage artistique après la mort de Théo. Cela veut-il dire que le commissaire est fan des expos immersives ? Loin de là… Il y voit « un massacre de l’image : cela n’aurait aucun sens de faire tourner les tournesols et cela n’amènerait personne à visiter un musée, dit-il. Les oeuvres sont immobiles, c’est à l’oeil de bouger et à l’être de s’ouvrir à l’émotion. L’immersif ne laisse pas de place à cette belle fragilité ». Pas question pour autant de rejeter l’IA qui « va tout redéfinir pour les gens qui écrivent des biographies et nous permettre de voir le monde différemment. L’IA me fascine, c’est un train en marche et moi j’aime bien être dans la locomotive ». Son rêve : une vaste espace immersif conçu comme un teaser menant à une pièce vide où l’on se retrouve, seul ou presque, face à une oeuvre d’art…