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Aujourd’hui âgé de 64 ans, ce natif de Sainte-Marie-aux-Mines dans le Haut-Rhin reconnaît volontiers qu’il s’intéresse « depuis plus de quarante ans maintenant à l’attitude gagnante ». Il se définit lui-même comme
« entraîneur mental »… Ce n’est qu’après l’avoir taquiné un peu sur ce coaching psychologique aujourd’hui vendu à toutes les sauces (la tchatche des « spécialistes », souvent imberbes, pullulant entre autres sur le net…) qu’on réalise que Christian Arnoux, loin de ces caricatures, a appris à canaliser ce fameux « mental », un des aspects les plus fascinants de la nature humaine…

« Mon adolescence a été un échec » dit-il d’emblée. « J’ai échoué dans trois domaines essentiels : le sport où j’ai toujours été très bon à l’entraînement mais nul en compétition, les études où, à la maison, j’excellais en terme de connaissance pures mais, en situation de crise c’est-à-dire lors des contrôles ou des examens écrits ou oraux, je perdais tous mes moyens au point que je ne transposais plus rien. Enfin, et ce volet était sans doute le plus important pour l’ado que j’étais, j’ai aussi été en échec avec les filles : très bon à l’entraînement mais dès qu’il fallait conclure… Sincèrement ces échecs ont provoqué chez moi un vrai questionnement vers mes seize-dix-sept ans et il n’y avait alors personne autour de moi pour comprendre et m’aider… Aujourd’hui, on trouverait l’adresse d’un psy mais à l’époque, autour de moi à Raon-L’Etape, le petit village des Vosges où j’habite, il n’y a personne autour du moi pour m’apporter des solutions…»

L’attitude gagnante

L’âge de la majorité venue, le jeune Christian Arnoux décide donc de « chercher lui-même les réponses à travers le monde ». Engagement dans la Marine et plus particulièrement dans les Commandos Marine. Trois ans à la dure « mais au moins, j’ai eu des réponses » dit-il aujourd’hui. La principale s’appuyant sur l’intense vécu : « Qui que nous soyons, par quoi que nous soyons passés auparavant, avec un entrainement physique et mental approprié, nous pouvons devenir ce que nous désirons être. Si cet entrainement est juste, bien articulé, régulier, quotidien avec une méthodologie de fond consciente ou inconsciente et un effort produit de façon constante, d’où que nous venions nous pouvons nous inscrire dans une fantastique marge de progression. Voilà ce que j’ai appris chez les Bérets verts… » se souvient-il.
Fort de cet enseignement, cette « attitude gagnante que l’on peut cultiver à partir de rien », Christian Arnoux continue dans sa quête de réponses. Redevenu civil, il est recruté dans le domaine de la sécurité et plus précisément le gardiennage de banques, parkings ou magasins. Il y apprend une autre loi : « dans toutes les situations, plus particulièrement celles de crise, c’est toujours celui qui sait le mieux s’adapter qui sort gagnant ». « Parce qu’il sait jauger la situation, il va trouver très vite la bonne solution comportementale ou verbale, physique et/ou mentale qui va faire diminuer considérablement le niveau de dangerosité autour de lui… ».

Les moments de grâce de Dimitri Lienard

Ce dernier propos va nous amener directement au monde sportif, où les talents de Christian Arnoux s’expriment particulièrement aujourd’hui, entre autres. Comme il nous confie qu’il travaille régulièrement pour le compte de l’équipe réserve du Racing auprès de François Keller (où les joueurs ont l’obligation d’assister régulièrement à un atelier d’entrainement mental collectif –ndlr), nous vient l’envie de décoder avec lui les deux gestes incroyables réalisés par Dimitri Liénard, le coup-franc surréaliste réalisé contre Lyon il y a un an à la Meinau et qui offre le maintien du club en Ligue 1 et, plus récemment, cette incroyable et culottée « Panenka » lors de la séance de tirs au but qui offre la Coupe de la Ligue à Strasbourg. Après qu’on lui ait rappelé les circonstances du coup-franc – Dim est « carbonisé », la position du coup-franc favorise plutôt le tir par un droitier, Anthony Gonçalves, mais Dimitri Lienard « la sent tellement » que même son équipier lui dit : « tire-le, j’ai confiance en toi »-, Christian Arnoux analyse en expert : « D’après moi, c’est la puissance de sa force intérieure. Elle est selon moi liée à son combat permanent qu’il mène depuis qu’il a intégré le monde du football professionnel, venant en droite ligne du football amateur : il s’est créé lui-même en quelque sorte, par son sens de l’effort, son énergie jamais prise en défaut, son engagement, son état d’esprit et tout ça pour pouvoir rivaliser avec ses co-équipiers qui ont souvent emprunté la voie royale des centres de formation. Comme il a toujours été obligé de batailler comme un fou, il a cultivé toutes ces vertus, rien ne lui a été offert naturellement. Il a dû toujours prouver, tout le temps… Là, soudain, l’occasion était belle. Sans doute ne l’a-t-il pas conscientisé ainsi, mais son inconscient lui a alors dit : tu as une occasion de dingue de marquer les esprits une bonne fois pour toutes. Vas-y, fais-le ! Et la « Panenka » contre Guingamp en finale de la Coupe de la Ligue, c’est la même chose. Il est alors comme dirigé par je que j’appelle la « force de propulsion », d’autres diront qu’il est transcendé, c’est-à-dire qu’il ne décide pas foncièrement de faire ces gestes. Cette pulsion est plus forte que lui, ses gestes, tant l’an passé contre Lyon que lors de la finale cette saison, ne sont absolument pas prémédités. Il est comme emmené vers tout ça. Il est dans le « flow » comme je l’appelle, ce fameux moment de grâce où le sportif est dans un état de confiance modifié. Tout ce qu’il imagine, tout ce qu’il fait ne répond plus à son strict contrôle mental : il atteint alors ce moment précis, magique, où la chose se fait d’elle-même. Oui, c’est un véritable moment de grâce » avoue Christian.

La « Panenka » de Dimitri Lienard en finale de la Coupe de la Ligue

Le switch mental

L’espace nous manque ici pour écrire dans le détail toute la palette des expériences mises en œuvre depuis des années par cet homme passionné dans les secteurs les plus divers : entreprises, commerciaux, notamment…
Coté sport, il œuvre aussi avec le monde du tennis : il collabore régulièrement avec Alexis Koessler, le responsable du centre d’entrainement du TCS et Stéphane Heyd, le conseiller technique régional de la Ligue d’Alsace de tennis. En outre, il est le préparateur mental de Dan Added (le plus grand espoir régional –ndlr) et Martin Breysac, un junior qui était 55e mondial fin 2018.
« En tennis, je travaille autour de la « crise », c’est-à-dire le moment du match. Ce moment où on peut perdre ses moyens physiques ou mentaux. Je travaille sur trois temps : les outils psychologiques et les techniques dont le joueur doit apprendre à se servir avant la compétition –je le fais quasiment au quotidien, ça n’est efficace que dans la durée- puis, durant la compétition, j’en arrive à la gestion de l’aléatoire avec les outils de « switch » mental qui permettent de basculer le plus vite possible de ce qui peut être dramatique à quelque chose de plus léger, pour ne pas neutraliser l’événement. Le joueur qui va parvenir à résilier rapidement les conséquences de ces moments aléatoires va bien sûr prendre l’avantage sur son adversaire, c’est évident. À un très haut niveau de tennis, c’est particulièrement flagrant. Puis, bien sûr, j’interviens sur le temps de l’après-match, celui de l’analyse, de l’auto-critique et de la récupération mentale… »

Si l’on sait depuis très longtemps la fameuse importance du mental dans ce sport si exigeant qu’est le tennis, on sait peut-être un peu moins le rôle joué par ces préparateurs mentaux comme Christian Arnoux qui pourrait, pendant des heures, raconter les mille et une expériences humaines vécues dans ce domaine avec les sportifs ou… les autres.
Tout ça grâce à une adolescence marquée par l’échec, dans l’isolement d’un gros bourg vosgien. Quel chemin parcouru !

contact@christianarnoux.com

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