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Elle vient de rater son cours de danse africaine pour répondre à toutes nos questions. Tant pis ! Ça lui sera sûrement pardonné, parce que c’est elle – la directrice du Centre Chorégraphique de Strasbourg -mais surtout une passionnée qui ne manquerait pas un cours pour rien…

« Oui, j’avais fait de la danse africaine il y a déjà des années. J’ai même été présidente d’une association de danse d’Afrique de l’Ouest, mais je n’ai jamais été une danseuse pro. Je fais ça pour mon plaisir ! », explique Anne Leroy.
Alors, pourquoi devenir alors directrice d’un Centre chorégraphique ? « Justement, pour le plaisir d’expérimenter un nouveau chantier… La danse et les danseurs me fascinent ! Le Centre chorégraphique de Strasbourg cherchait à redéfinir sa mission après les travaux de rénovation de ses locaux rue Phalsbourg… J’ai accepté le défi ! »
Des chantiers et des défis : c’est bien ce qui a toujours attirée cette femme, guidée par un instinct de pionnière. Après une école de journalisme à Paris, elle débarque à la Chambre de commerce à Strasbourg où elle s’occupera de conseil en entreprise, de communication, d’accueil, de création d’évènements, de logistique et même d’audit.
« Après une douzaine d’années, quand j’ai senti qu’il n’y avait plus rien à apporter, je suis partie. J’ai ramassé mes cliques et mes claques et on s’est envolé – mes deux enfants de 8 et 10 ans, mon compagnon et moi. On a réalisé un rêve : faire le tour du monde. Sans filet de sécurité au retour. »

Un tout premier chantier passionnant

Mais le destin n’hésite pas à ouvrir les portes à ceux qui ont le cœur prêt à bondir pour accomplir une idée. De retour en France, Anne ramène à nouveau ses valises à Strasbourg où elle avait déjà un réseau de contacts. Elle est engagée comme coordinatrice de projets à l’Association Courant d’Art où elle s’est passionnée à faire entrer davantage les arts à l’école…

Après un passage au Conseil de l’Europe, c’est le début de sa carrière à la Mairie de Strasbourg : « Au service de l’éducation, j’ai appris à travailler avec les collectivités, à développer un sens de la stratégie et des ressources humaines. J’ai ensuite travaillé au Service de la démocratie locale qui s’occupe des liens entre les citoyens et les institutions de la ville et du quartier… Travailler pour le service public c’est avant tout penser au bien-être des habitants d’un territoire. L’administratif pur ce n’est pas mon truc ! »

En arrivant au Centre Chorégraphique, Anne était impressionnée par les efforts, l’engagement et la maitrise des danseurs, mais aussi par le lieu – tout à fait exceptionnel !

Au cœur de la Neustadt, l’architecture du Palais des Fêtes associe des éléments Renaissance à un décor Jugendstil que la rénovation a réinterprétés d’une manière résolument contemporaine. Dès la rentrée scolaire 2015, danseurs et professeurs sont accueillis par un espace qui aspire à la hauteur, au rêve de se dépasser. Sous sa nouvelle verrière, l’atrium baigne dans la lumière reflétée par la blancheur de la bâtisse. Une fois le seuil franchi, l’architecture intérieure offre une visibilité sur tous les étages où devant les six studios de danse, les couloirs-balcons sont aménagés avec des coins détente. Prendre un thé, échanger, même répéter…on s’y sent à l’aise. Ce fut une idée d’Anne : donner une âme à l’élégance du lieu créant une atmosphère chaleureuse où tout le monde se sent chez soi. Professeurs, administrateurs et élèves : une équipe ! Ce fut son premier chantier passionnant : installer un management basé sur la solidarité et l’enthousiasme du groupe.

Une autre manière de concevoir l’évaluation

« Il est important de gagner la confiance d’une équipe, faire naître le sentiment d’une mission partagée. Parfois, ça passe par un moment de détente, faire de la cuisine, se retrouver autour du cas d’un élève en difficulté ou en désir de poursuivre un parcours individualisé… On a neuf enseignants titulaires, huit vacataires et six musiciens qui accompagnent les cours au piano et aux percussions. La semaine de la rentrée les professeurs ont tous participé à des sessions de coordination avec les musiciens, alors qu’à la rentrée prochaine on planifie des ateliers communs avec Amala Dianor, danseur en résidence au Pôle Sud qui présentera en janvier prochain sa pièce Falling Stardust… »

Démocratiser, humaniser, sans perdre de vue la rigueur, c’est la recette personnelle qu’Anne entendait appliquer aussi à l’organisation des cours : « En France les conservatoires privilégient parfois une approche élitiste alors qu’au départ elles sont destinées à la pratique amateur. Notre rôle n’est pas seulement de former des danseurs professionnels, mais aussi de sensibiliser le grand public à l’expression de la danse. Il fallait donc concilier la pratique amateur et l’orientation professionnelle. J’ai ainsi restructuré les cursus en enlevant la notion d’hors cursus. Les élèves peuvent choisir entre le cursus traditionnel ou le cursus libre moins contraignant, mais les élèves du cursus traditionnel peuvent suivre des cours du cursus libre, d’où un mélange des publics et une émulation positive. On pourrait s’inscrire qu’à une ou deux heures par semaine tout en profitant d’un enseignement de qualité.

Après, je suis partie du principe que le processus est aussi important que le résultat, d’où une autre manière de concevoir l’évaluation de fin d’année – non pas comme une sanction, mais comme une étape de passage et de discussion sur les objectifs à atteindre par chacun. Dans mon idéal, qui un jour pourrait devenir réalité, 20% de la note devra porter sur l’aide que vous apportez aux autres dans la poursuite de leurs objectifs.»

Porte ouverte aux associations et artistes

L’école est donc devenue très populaire. Cette rentrée elle a fait le plein comme jamais avec 1450 élèves inscrits dont près de 900 sont des enfants et adolescents. « Notre centre chorégraphique attire divers publics », poursuit Anne.
« D’autant plus que nous avons un cycle 3, en principe pas obligatoire pour un conservatoire municipal. On essaie de propulser nos plus brillants élèves vers une carrière pro en lien avec le conservatoire régional. On aimerait leur permettre de suivre des cours de répertoire en classique et en contemporain, leur donner même la possibilité de diriger des ateliers chorégraphiques, puis les aider à la diffusion de leur travail artistique… C’est compliqué car on manque parfois de moyens pour aller aussi loin.»

Et puis, diriger une École qui a obtenu le label conservatoire, c’est aussi faire le grand écart entre l’idée d’apporter des cours adaptés aux adultes actifs ou aux séniors (65-85 ans) et le désir de lancer des projets pionniers, comme par exemple le développement d’un système référentiel d’enseignement et d’évaluation dans le domaine Hip Hop.

En plus de la coopération avec Graines de cirque (création d’un spectacle commun), Jazzdor, le Maillon, Pôle Sud et d’autres, Anne a aussi ouvert la porte aux associations et aux artistes qui proposent des cours de danses indiennes, africaines, Qi gong etc. Sans oublier les photographes qui exposent ou travaillent avec les danseurs pour suivre les étapes de tel ou tel autre projet…

Souhaitons « Bon vent ! » au grand bateau blanc qui atteint une vitesse de croisière avec sa capitaine qui sait tenir le gouvernail en gardant le sourire. Une femme-flamme qui prouve qu’il n’y a rien de mieux qu’un service public généreux et novateur !

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