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Actrice, dans laquelle Audrey Bonnet jouera en janvier prochain au TNS, raconte l’histoire d’une grande actrice sur son lit de mort, tandis que son entourage vient à son chevet. La pièce aborde les questions existentielles, l’argent, la vie, l’amour, la famille, l’attachement, la mort, l’art et sa nécessité comme toujours chez Pascal Rambert, auteur et metteur en scène.

 

Elle arrive à l’accueil du TNS, un drôle de véhicule motorisé à la main. Elle s’excuse avec douceur d’un retard insignifiant. Un peu timide, un peu réservée, avec cette douleur-là, avec cette lumière dans les yeux, une lumière qui brille d’intelligence et de la fête de la veille au Fat Black Pussycat à Strasbourg.
En octobre, au moment de notre rencontre, elle joue dans Le Pays lointain (de l’auteur Jean-Luc Lagarce) et ne sait pas encore grand-chose d’Actrice. Pas grave, on parlera du cours Florent, du Conservatoire, de la Comédie-Française, de son parcours sans faute. Une carrière riche et remplie de classiques, de créations, de quelques rôles pour le cinéma. Nous parlerons de sa façon de jouer, de respirer sur scène, du lien avec Stanislas Nordey qu’elle rencontre sur Clôture de l’amour en 2011 : pour elle, c’est l’homme qui marche de Giacometti : « il marche dans les villes avec la même inclinaison, un livre à la main, ses pas sont d’une grande amplitude. Stan, c’est un volcan pudique ». Comme elle, sur scène, il donne tout. Il y a le corps, tout entier, plus facile avec un auteur comme Pascal Rambert qui écrit pour les corps. Ceux qui étaient dans les fauteuils en velours du TNS pour Clôture de l’amour et Répétition du même Pascal Rambert, l’ont certainement trouvé fascinante, elle, fascinant, lui, Stan l’homme qui marche. On parle de tout cela, entre de jolis silences.

Cette vibration intérieure, ce partage…
Et puis, cette question, aussi banale qu’indispensable, le théâtre ? Dans sa vie, le théâtre, ça vient d’où ? À chaque fois qu’on lui pose la question, elle fait un pas dans ses souvenirs, elle éclaircit ; il y a une chose qui revient tout le temps, c’est le rapport au texte, à la lecture. Elle s’interrompt, cherche ses mots, regarde passer un insecte, un silence, et retombe sur ses pattes ; elle lisait quand elle était plus jeune, pour se créer son monde, il y avait des textes, de théâtre aussi. Il y a ce besoin de partager les mots, « qu’ils soient dans l’air ». Elle ressent toujours des émotions fortes quand les gens prennent la parole, pas forcément au théâtre, dans la vie aussi, ces moments où l’on écoute quelqu’un, au-delà de ce qu’il est en train de raconter. Elle n’a pas encore compris pourquoi, pourquoi ça la bouleverse tellement ! Peut-être, si… Il y avait les « compliments » de son grand-père.
On peut en parler un peu ? Oui, on peut en parler un peu.
Son grand-père écrivait des compliments, de petits discours pour des événements de la vie, un anniversaire, un baptême. Un jour, pour un mariage il perd sa voix, elle a 15 ans, un peu plus. Il sait qu’elle est attirée par les textes : lis-le pour moi, il demande ! Elle lit pour lui. Difficile de décrire cette vibration intérieure, ce partage, elle est bouleversée, c’est comme un premier plaisir, le premier que l’on ressent, que l’on cherche ensuite, toute sa vie. Mais, il y a autre chose, avant, avant les « compliments » quelque chose qu’elle a sans doute oublié, un silence, un autre plaisir peut-être.
Pascal Rambert est à cet endroit, à l’endroit du plaisir. Quand elle rencontre son écriture, elle comprend pourquoi elle veut faire ce métier.
Une autre question : c’est le moment où elle a compris quelle comédienne elle était ?
Non. Ça, elle ne le comprendra jamais, il faut faire l’expérience de « ça », toute la vie. Trouver des réponses, c’est dangereux. Elle n’aime pas trop les réponses, elle préfère les questions.
À part le texte, Audrey ne sait rien du projet d’Actrice, mais puisque c’est Rambert, elle y va, les yeux fermés. Elle dit : Pascal me donne son texte, je pleure et on y va.
C’est difficile d’en parler ; bon, c’est aussi difficile de parler, déjà, elle dit, elle rit. Si ça résonne dans une forme d’inconscience, si ça ouvre des mondes inexplorés, des intériorités, des chemins, alors elle suit les intuitions de son cœur.
Et parfois ça bat trop vite ? Avec Pascal Rambert ça bat toujours trop vite, elle est submergée directement. Il est une partie d’elle, un frère, bien au-delà de ça, « une étreinte infinie ». L’étreinte de deux âmes. Avec lui, tout est lié, le théâtre et la vie sont liés, il n’y a pas autre chose, il y a la vie. Les acteurs ne se mettent pas à jouer quand il monte sur le plateau, ils sont dans la vie. Audrey a même parfois donné des petits pots à sa fille juste avant une scène, et peu importe ce que le cela modifie. Rambert donne cette confiance-là, « il dit ce n’est pas un art parfait, tu peux y aller, vas-y, respire, et cette confiance-là pour un acteur, c’est inestimable ».

Elle pourrait dire des choses, d’autres choses qu’elle ne dit pas, des choses qu’elle va garder, et c’est bien si elle les garde finalement. Elle dit, je ne sais pas ce que vous allez écrire avec ce que l’on s’est raconté.
Ecrire sur les silences, que peut-on en dire, peut-être que les silences se partagent autant que les mots…

ACTRICE – du 24 janvier au 4 février 2018, TNS – salle Koltès

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