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Nous avons rendez-vous pour déjeuner sur une péniche du quai des pêcheurs à Strasbourg, le ciel est complètement bleu, c’est le début de l’été. Il fait déjà chaud, mais nous sommes sur le pont, à la fraîche. Quelques rameurs en canoë passent près du bateau. On entend le son d’un vieux rock à l’intérieur. Agnès porte une petite robe légère et ne quitte pas ses lunettes noires. Cheveux courts, boucles d’oreilles à la gitane achetées à Vannes récemment lors d’une rencontre littéraire. Elle revient d’une longue tournée en France pour la promo de son 6e roman, Dans le murmure des feuilles qui dansent, son 4e best-seller en 6 ans.

Ses romans apparaissent immédiatement dans la liste des meilleures ventes, mais ils fonctionnent aussi sur la durée, ce sont des long-sellers, l’effet du bouche-à-oreille et elle fait mouche à chaque fois. Sans doute parce qu’elle sait écrire des histoires simples. On croise ses personnages au coin de la rue, ce sont des hommes et des femmes qui s’aiment ou qui essayent de s’aimer malgré leurs différences et les mauvaises fortunes bon cœur de l’existence. Elle écrit sur ceux qui heurtent les récifs, dans les silences, les instants fragiles et fort à la fois, elle arrive toujours à nous « choper », nous émouvoir, c’est son talent.

Un coup du destin

Salade saumon fumé fromage frais crudités et Badoit verte, nous choisissons la même chose et nous parlons d’elle, de ses livres, de son écriture qui évolue : « Je ne veux pas tomber dans la facilité, je travaille beaucoup, je cherche. Je veux progresser, apporter quelque chose de plus à chaque livre, d’emmener mes lecteurs sur des thèmes qu’ils ne connaissent pas. » Est-elle meilleure écrivaine qu’à ses débuts ? Elle l’espère, pense que c’est un peu prétentieux de le dire, mais les retours des lecteurs vont dans ce sens. Son portable sonne, c’est son fils, son grand, elle décroche. Il se réveille, elle lui dit de ne pas confondre la vaisselle propre avec la sale, celle d’hier soir, et d’autres détails de la vie de tous les jours. Elle raccroche et rit en disant qu’elle a une vie de famille, aussi.
« La gestion du lave-vaisselle me paraît essentielle dans ta vie d’auteur », j’ajoute. Elle rit. Elle rit même quand elle est sérieuse Agnès, elle dit les choses avec sagesse et légèreté. On a l’impression qu’elle est toujours de bonne humeur. Rien n’est grave quand on a connu l’épreuve, certainement.
On revient sur l’écriture, son ambition de progresser de livre en livre, car elle n’était pas destinée à l’écriture, c’est l’écriture qui l’a choisi. Elle est devenue auteur de best-sellers malgré elle, par un curieux hasard, un coup du destin. Derrière ses mots, il y a l’envie de transmettre, de prendre soin des autres, l’envie de raconter des histoires ; à cet enfant qui restera toujours un enfant dans son cœur, je le pense, mais je ne lui dis pas, c’est compliqué de parler du drame de sa vie, et puis elle a déjà tout révélé, souvent : quand son fils tombe malade, elle écrit chaque jour pour donner des nouvelles à ses proches. Elle l’évoque pour la première fois dans Le murmure des feuilles qui dansent où les scènes de l’hôpital sont si poignantes. Pour la première fois, elle a écrit sur son fils disparu. Elle écrit pour donner de l’espoir, pour vivre ou survivre, elle écrit comme un acte de résistance. Juste avant la mort du petit garçon, elle lui fait la promesse de rester joyeuse. Elle a pourtant toutes les raisons de sombrer, d’être malheureuse, à vie. Le succès n’est pas grand-chose le soir quand la lumière est éteinte, mais il y a cette promesse, comme une flamme dans le noir.

La réussite avec simplicité

Agnès Ledig joue dans la cour des grands « vendeurs » de livres en France, ses ouvrages sont traduits en 17 langues. En France, elle a atteint le chiffre vertigineux de deux millions de livres vendus. Abonnée au succès sans la gloire, elle n’a pas changé de vie, de mari, de région, elle vit toujours en Alsace. Elle aime passer du temps dans son jardin, à écouter les murmures. Ni arriviste, ni prétentieuse, comme les plus grands de ce monde : « La PLV avec l’auteur grandeur nature à côté d’une pile de livres, ce n’est pas moi. Je ne veux pas jouer sur l’image pour vendre des livres », même si l’exposition médiatique fait partie du job, elle n’est pas prête à tout pour que l’on parle d’elle ; elle ne sera jamais une femme fruits et légumes pour représenter la région ou chroniqueuse dans une émission de télé racoleuse. Agnès Ledig ne touche pas à ça, ni à son poste.

Une maman

Reste l’essentiel, ses enfants, sa plus grande fierté. Son grand garçon qui s’installe dans la vie et sa fille : « On a fait comme on a pu, avec ce que la vie nous a envoyé comme épreuve. Je remercie mes enfants, ils me motivent à prendre ce succès avec simplicité et humilité, c’est tout. J’ai envie qu’ils soient fiers de moi, pas parce que j’ai vendu des millions de livres, mais pour les valeurs humaines, pour la maman que je suis ».
Une maman qui n’est plus sage-femme, son métier d’avant, une maman qui se lève le matin en se demandant ce qu’elle a envie de raconter à ses lecteurs et de quelle manière. Une maman auteure qui va prendre son temps pour écrire son prochain roman, sans oublier de mettre ses heures au service de son écriture, au service de sa promesse.

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