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Elle n’a que 11 ans, mais elle vit déjà comme une championne. Sa vie est aussi organisée qu’un tableau de qualifications de Roland-Garros, pour atteindre son rêve, son ambition, sa quête, la place la plus convoitée, celle de N°1. Sur un court de tennis, Camilia est une princesse, mais elle veut devenir reine, comme son modèle, une certaine Serena Williams.

Elle a quatre ans à peine, c’est la rentrée des sports, au Rhénus de Strasbourg. Elle commence par toucher une batte de baseball. Elle ne rate jamais la balle. Haute comme trois raquettes de tennis à l’horizontale, elle est très à l’aise pour renvoyer un truc aussi vite qu’il est arrivé, elle ne plaisante pas. Ses parents l’inscrivent quelques mois plus tard au Tennis Club de Strasbourg. Philippe Carlier, aujourd’hui retraité, est son premier entraîneur. L’ancien champion d’Alsace a vu passer un bon nombre d’enfants, il a transmis sa passion, c’est sa méthode pédagogique qui lancera Camilia dans une aventure hors du commun. Très rapidement, elle ne veut faire que ça, ne pense plus qu’à ça, elle a même l’idée folle d’arrêter l’école avant d’y être vraiment entrée. Elle est super motivée, physiquement ses qualités sont exceptionnelles, sur le court de tennis ça fait des étincelles.

Ce physique qui ne suit plus…
À 8 ans, la fillette commence la compétition, elle mange tout le monde tout cru. Elle enchaînera les titres de championne d’Alsace. À neuf ans, elle gagne le titre national, et l’année suivante encore, avec un an d’avance. Elle est sélectionnée en Équipe de France pour un match en Guadeloupe. À partir de 10 ans, elle est inscrite sur les Tennis-Europe, opposée aux meilleures joueuses de chaque nation. En Croatie, lors du plus grand tournoi mondial de sa catégorie, elle perd seulement en finale.
Après, c’est une période beaucoup plus difficile. La maladie de Sever la gêne terriblement au talon. Cette maladie est due à une croissance rapide et une activité sportive très soutenue, l’équivalent d’une tendinite chez l’adulte. Pendant seize mois, elle souffre, elle a du mal à s’entraîner, à enchaîner les matchs, elle a des hauts et des bas. Quand elle a le feu vert, elle dispute quelques tournois pour garder son niveau, mais, privée de ses moyens physiques, elle ne peut défendre ses chances sur le terrain, même si, par exemple en République tchèque, elle atteint les quarts de finale.

L’exil

Débarrassée de son problème au talon, Camilia qui, avec ses baskets pointure 42, fêtera son 12e anniversaire au mois d’octobre, a retrouvé le chemin quotidien de l’entraînement. Mais Christophe Henry, son coach, s’occupe désormais de deux joueurs professionnels, les Alsaciens Albano Olivetti et Dan Added. Il ne peut plus suivre de Camilla comme avant.
Alors, depuis quelques mois, la fillette s’est exilée à Reims où vit un autre entraîneur qui la suit régulièrement, notamment chaque été en Espagne. Du coup, elle passe toute la semaine au CREPS rémois où elle côtoie d’autres futurs champions.
Quitter le cocon familial est impossible à cet âge, alors chez les Samel, on s’est organisé, le papa et la maman ont loué un appartement, ils l’accompagnent chaque semaine à tour de rôle. La jeune fille est dans les conditions optimales pour devenir une grande championne, elle joue deux heures par jour, plus une heure trente de physique, elle est déscolarisée et fait ses devoirs par correspondance. Elle rentre à Strasbourg le samedi pour… s’entraîner avec Walis Vitis (21 ans, classée moins 15 et licenciée elle aussi au Tennis club de Strasbourg), un atout supplémentaire.

Nous lui offrons les meilleurs outils

Tout cela a un coût, plusieurs milliers d’euros par an. Même si des marques comme Adidas et Wilson lui fournissent son matériel, « c’est costaud » affirme Toufik Samel, son père et manager, un ancien joueur de foot qui a touché de près à l’athlétisme et à la boxe. Il connaît le milieu du sport, il est très renseigné sur les exigences du haut niveau, mais il ne lâche pas sa fille : « C’est elle qui décide, nous lui offrons les meilleurs outils et c’est à elle de jouer ».
Quand on lui demande si elle a la pression, Camilia répond que le stress disparaît quand le match commence, le fruit d’une préparation mentale avec son père et ses entraîneurs. Autres questions : quelles sont ses ambitions ? La réponse est un smash sur la ligne : « je veux être n°1 mondiale ». Quand ? « Le plus tôt possible » ajoute-t-elle avec un énorme sourire. Alors, on peut penser que ses réponses font d’abord plaisir à son père qui lui-même fait ce rêve fou de voir sa fille tout en haut du tennis mondial, à l’image du père des sœurs Williams. On n’est pas très loin de la vérité, une vérité assumée, mais la passion du tennis est tellement éclatante chez Camilia qu’il n’y a pas de doute, cet objectif est bien le sien.
Et son enfance dans tout cela ? Celle du temps qui passe, des copines, des goûters d’anniversaire, des week-ends d’hiver devant la télé ? À part le tennis, Camilia a une deuxième passion, elle aime les animaux, comme une jeune fille de son âge qu’elle n’est déjà plus.

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