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Digne successeur de Jean-Marie Lorentz – fondateur et président de l’ARES pendant 30 ans – Claude Gassmann vient de quitter ses fonctions après 19 ans de présidence qui auront marqué le quartier de l’Esplanade en profondeur.

L’ARES, outre son rôle d’association de résidents et d’animation du quartier, gère depuis 5 décennies une structure petite enfance, une école de musique, un centre socioculturel qui propose de nombreuses activités culturelles, sportives et de loisirs adaptées à tous les âges. Elle héberge également depuis peu une école de théâtre et de nombreuses associations locales. Elle compte plus de 1 400 familles adhérentes et emploie une petite centaine de salariés.

Endosser bénévolement la responsabilité d’une telle « entreprise » peut paraître impressionnant, surtout lorsque l’on sait que Claude Gassmann assure, professionnellement, la direction de la Chambre de Métiers d’Alsace. Nous avons voulu mieux comprendre les raisons de son engagement discret au service du plus grand nombre. Il nous en a livré quelques clefs lors d’un entretien qui force au respect. Car il a toujours su rester un bénévole comme les autres, en mettant la main à la pâte quand c’était nécessaire, tout en assumant son rôle de président avec discernement et humanité, même dans les circonstances les « moins marrantes » comme il le dit lui-même.

– OR NORME : Pouvez-vous nous rappeler les circonstances de votre engagement à l’ARES ?
– Claude GASSMANN : J’étais militant du développement local chez ODILE Alsace (Objectif Développer les Initiatives Locales en Alsace) à l’époque et, comme j’habitais l’Esplanade, on m’a proposé de « venir gamberger » au sein d’un groupe de réflexion sur le quartier. Donc j’ai commencé à passer quelques soirées là-bas et le président d’alors m’a proposé au bout d’un moment de devenir administrateur. Je me suis présenté et je suis arrivé en pleine crise de gouvernance dans un comité de direction très divisé. Un an plus tard, la nouvelle présidente changeait de vie professionnelle et me proposait de lui succéder.
Je n’ai pas réfléchi trop longtemps à vrai dire. L’ARES, c’est un truc qui ne se refuse pas. Et en plus ODILE Alsace, dont j’étais vice-président, était en train de s’arrêter donc c’était une forme de changement bienvenu. Comme j’étais passablement inconnu, j’ai fait campagne : je suis allé voir tous les administrateurs, les 40, l’un après l’autre, et je suis devenu président en 1998. Je suis resté président pendant 19 ans.

On est là pour faire avancer les choses

– ON : Quel est le secret d’une telle longévité ?
– C.G. : Il n’y a jamais eu de candidat contre moi, et depuis la deuxième année j’ai toujours été réélu à l’unanimité. Il n’y a donc pas trop de mérite à cela. Peut-être ma conception de la présidence : pas très intrusif ni très quotidien, donc une forme de gardien du temple. Et puis, sans vouloir provoquer, je suis un peu « fumiste ». Mais l’avantage du fumiste c’est qu’il va à l’essentiel.
Par ailleurs, si je revendique une garantie apportée à l’ARES, c’est ça : un bénévole reste un bénévole. Dans l’associatif tu n’es pas obligé, tu n’es jamais obligé. Ça ne signifie pas qu’on n’est engagé par rien. Mais on n’est pas là pour se faire embêter, on est là pour faire avancer les choses. C’est ce que j’ai essayé de faire.  

– ON : Lorsqu’on voit ce qu’est devenue l’ARES sous votre présidence, on ne peut qu’admirer une réussite certaine en la matière ! Vous semblez cultiver un goût particulier pour la modestie et la simplicité… Pourriez-vous nous préciser les motivations personnelles qui vous ont poussé à prendre une telle responsabilité et à consacrer autant de temps à cet engagement ?
– C.G. : Il y a plein de gens qui se reposent d’une tâche en en faisant une autre. De ce point de vue là je ne crois pas être exceptionnel. Ce n’est pas une question de l’avoir dans le sang. Je pense plus que c’est une question de culture : considérer qu’il n’est pas naturel de rentrer chez soi à 17h30, et de ne plus se préoccuper de ce qui se passe autour de soi jusqu’au lendemain matin 8h00 quand on ressort. Ce n’est pas une question de mérite. Et puis j’ai toujours eu une culture de la vie sur le territoire et donc c’est vraiment un sujet qui me plaît bien.

ARES Esplanade Strasbourg

– ON : Mais pourquoi l’ARES alors ? Est-ce juste parce que le hasard vous a permis de rencontrer les bonnes personnes au bon moment ?
– C.G. : Je ne crois pas trop au hasard. Je crois plutôt au timing. C’est-à-dire qu’il y a un moment où ça se présente. Il est probable que tôt ou tard je serais arrivé à l’ARES. Je me suis toujours posé la question : comment peut-on faire la même nature de choses que le développement local – qui a toujours été très rural – en ville ? Et forcément, par capillarité, on se dit : « j’habite à un endroit, l’Esplanade, et donc l’idée de m’occuper de mon quartier c’est pas des mots, c’est assez naturel ». Et l’ARES apparait assez vite comme le bon endroit pour s’occuper de son quartier. C’est une association généraliste et transversale. J’ai découvert qu’il y avait cette structure qui permettait d’agir de manière à la fois terre à terre et de manière plus réfléchie sur un lieu, un quartier qui est bien délimité et qui est très particulier. 

Une relation humaine associative

– ON : En quoi cela diffère-t-il d’un engagement politique ? Cela n’aurait-il pas été plus gratifiant ?
– C.G. : Au début la question s’est posée de manière très concrète. A la fois j’ai été sollicité et interrogé sur un engagement politique. Sollicité par une famille pour y aller parce qu’il y avait un siège de conseiller général vacant, et interrogé par d’autres candidats pour savoir ce que je ferai, non pas pour me laisser la place, mais pour savoir s’il fallait me rentrer dedans ou pas. A l’époque, j’ai clairement dit que ça ne m’intéressait pas. On est dans une même nature de choses à des endroits différents. Et c’est beaucoup plus intéressant d’être président de l’ARES que d’être conseiller départemental ou municipal de base à Strasbourg, et d’être lié à des disciplines de groupe.

ARES Strasbourg Esplanade

– ON : Qu’est-ce que ces années de bénévolat vous ont apporté ?
– C.G. : Clairement, beaucoup de richesse humaine. Parce que l’on fréquente des gens dans un cadre qui est très différent. Cela m’a apporté une relation humaine différente : ni familiale, ni amicale (même si je me suis fait des amis), ni professionnelle. C’est une relation humaine associative qui est intéressante et que je définirais ainsi : un engagement commun pour un objectif commun, mais dans un cadre non concurrentiel en termes de personnes. On a la meilleure part de chacun et c’est sympathique…

– ON : Quels sont les défis que l’ARES devra relever demain ?
– CG : Je pense que la question d’une association de quartier telle l’ARES a des progrès à faire et qu’il faut revisiter parce que le contexte a changé : qu’est-ce qu’une association en 2017, avec le tram qui traverse le quartier, avec la connexion numérique permanente ? Quel type d’actions pertinentes pour que le quartier garde du sens ? Comment une association de quartier peut accompagner, agir pour que le vivre ensemble fonctionne encore mieux demain ?

 

> Pour aller plus loin : www.ares-actif.fr

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