Temps restant : 8 min

Retour avec le héros de cette soirée incroyable qui a vu le Racing terrasser Lyon grâce à ce coup franc incroyable de Dimitri Liénard qui a littéralement fait exploser la Meinau et, dans la foulée, toute l’Alsace. S’il a été absolument certain de jouer la saison prochaine en D1 avant même le dernier match à Nantes, le Racing le doit à ce joueur atypique et à son inspiration de génie à la 96ème minute de ce match de légende…

Six jours pleins. Il aura fallu six jours pour qu’enfin, Dimitri Liénard puisse trouver le quart d’heure nécessaire pour répondre à nos quelques questions. In extremis, à la veille du dernier match contre Nantes et juste avant de s’envoler en vacances, au début de la semaine suivante.
Ce sont d’abord des excuses que nous livre ce garçon poli et sincèrement respectueux, des excuses pour nous avoir fait patienter durant cinq jours. On lui dit que ce n’est rien, qu’on en a vu d’autres et que l’essentiel est bien de pouvoir enfin se parler. D’ailleurs, ce délai n’est-il pas au fond une bonne affaire ? La fièvre retombée, comment le héros de la 96ème minute analyse-t-il son exploit ?

Et j’envoie la praline…

À peine une demi-seconde de réflexion et Dim se lance : « Et bien, tout compte fait, je crois que c’est aujourd’hui un sentiment de fierté absolue qui domine. Jamais de la vie je n’aurais imaginé vivre un tel moment. Car un geste pareil, c’est forcément particulier : un but sur coup franc direct, on ne le marque pas en claquant des doigts (sic), ce n’est pas un truc que tu réussis à chaque fois. Sur ce coup-là, t’es tout seul avec toi-même et, comme ce n’est pas le premier que je tire, je sais très bien ce que je dois faire. Sauf que là, c’est le dernier instant du dernier match de la saison à domicile, je suis naze de fatigue, il y a 2-2 au tableau d’affichage, et même si je ne connais bien sûr pas les résultats des autres matchs, je suis assez lucide pour me dire que si je le rentre, ça pourrait bien signer notre maintien en Ligue 1. Ce qui est drôle, c’est que ce n’est pas moi qui dois forcément le tirer, on est un peu décalé du côté gauche, c’est pour un droitier, normalement… C’est pour Gonç (Anthony Gonçalves – ndlr) mais il me dit : « Je suis mort, tire-le, j’ai confiance en toi ». Un instant, je me dis que je ne suis pas Beckham, moi, et que moi aussi je suis mort, à bout de souffle. Et Anthony insiste : « Si tu le sens, tire-le ! ». Pendant que l’arbitre fait respecter le placement du mur à 9 mètres, je dis à Gonç : « Si je le tire, je cherche la lucarne côté ouvert ! ». « Tu peux le faire » il me répond. Et à ce moment, je pense de nouveau que je suis crevé. Et je me dis en un dixième de seconde que c’est le coup franc ultime, qu’il n’y aura rien derrière, juste le gong. L’arbitre siffle. Je respire un grand coup et j’envoie la praline ! Je me souviens que j’ai vraiment pris le temps de bien regarder si c’était au fond et ensuite… pfff… ça a été la folie, un truc inexplicable avec des mots. Depuis six jours, je n’entends plus parler que de ça. Du coup, je me dis que je vais laisser une trace, voilà… »

Une saison de folie

Désarmant de naturel et de spontanéité, Dimitri Liénard répond sans hésiter à notre envie de connaître son avis sur cette première saison de Ligue 1, pour lui depuis toujours et pour le Racing depuis si longtemps : « Bon, je vais faire simple. C’est désormais évident pour tous, je pense : à Strasbourg, il n’y a rien de normal : une saison « normale », ça ne peut pas exister. Cette saison au plus haut niveau a été littéralement épuisante. Jusqu’à Noël, il y a eu des hauts et des bas après un début difficile où il nous a fallu prendre la mesure de la Ligue 1 mais globalement, surtout après le coup de tonnerre de notre victoire contre le PSG et le public de la Meinau en feu, on a été pas mal du tout. Puis, juste avant la trêve, tout s’est déréglé et c’est devenu une saison de folie, des semaines et des semaines où plus rien n’allait. Jusqu’à ce coup-franc contre Lyon… Du coup, les jours qui ont suivi, nous les joueurs, le staff, les dirigeants, on s’est tous redécouverts comme de nouvelles personnes, plus détendues, plus cool. Moi-même, à la maison, je me suis senti si bien, un sacré changement par rapport à ces derniers mois. Je voudrais profiter de cette question que vous me posez pour dire aux gens que nous, les joueurs, nous nous sentons souvent comme des machines et c’est normal car, toutes les semaines, on est conditionné pour être au top, individuellement comme collectivement. Un peu comme une écurie prépare sa F1 pour le Grand Prix suivant. Mais nous restons cependant des humains, avec nos joies, nos doutes… Je ne sais pas si tout le monde se rend compte de cette pression-là : bien sûr on est très bien payés, bien sûr qu’on fait un métier qui fait envie mais il y a des enjeux démentiels chaque semaine et quand on sort d’un long tunnel comme nous venons de le faire, on mesure bien toute cette pression qui a été en permanence autour de nous depuis août dernier. Alors oui, après ce coup franc, on a tous respiré et tout le peuple du Racing avec nous et même quasiment tous les Alsaciens : c’est ce soulagement que je retiens, c’est ce qui me rend heureux. Par-dessus tout… »

Le rêve et la fête continuent…

Et quand on lui fait remarquer qu’il vit un moment rare et un rêve quasi éveillé, lui qui a accompagné le Racing à quasiment toutes les étapes de sa remontée des tréfonds de la hiérarchie du football, Dimitri devient quasi volubile : « J’ai bien sûr été incroyablement sollicité depuis que j’ai rentré la praline contre Lyon. Mais je ne me prends sûrement pas pour Messi ou Zidane, ça il n’y a pas de risque. Je vais vous dire un truc : je suis resté amateur dans l’âme. Je suis devenu professionnel mais cette fraîcheur, je l’ai conservée. Je n’ai quasiment aucun filtre : je suis honnête, ouvert, joyeux, mon sourire est spontané et je ne triche pas. Je n’ai pas oublié qu’il m’a fallu me battre pour m’imposer et je crois que c’est cette fraîcheur de vie avec tous, quels qu’ils soient, qui a fait celui que je suis. J’ai beaucoup pensé à ça ces derniers jours : j’ai trente ans mais je me sens plus frais que certains footeux de vingt-cinq ans qui sont passés par les centres de formation et qui ont déjà cinq ou six ans de professionnalisme derrière eux. Si je parviens à continuer à jouer sans me prendre la tête, je sens que je peux encore gratter de petits exploits (sic) comme celui de la semaine passée… »
Réellement impressionné par cette « boule de positivité » qui nous faisait face, on n’a pas pu s’empêcher d’évoquer avec Dimitri les mois et années à venir et les limites qui s’imposent à tous, en football comme ailleurs. Il a souri, et toujours aussi calmement, a répondu : « Où est ma limite ? Sincèrement, je n’ai jamais senti que j’en avais une jusqu’à présent, et sans vantardise, je n’en ai toujours pas. Je suis naturel depuis toujours, alors peut-être que ça va me jouer des tours dans l’avenir, mais je n’ai pas l’intention de changer quoi que ce soit. On verra bien… En tout cas, c’est bientôt fini quand on est footballeur professionnel à trente ans ? Non, certainement pas… »

Comment dire ?.. Après le si beau retour du Racing au sommet du football français vécu il y a pile un an et que nous avons tous fêté comme il se doit, le rêve et la fête continuent après le maintien, surtout acquis de cette façon-là par un groupe de joueurs qui aura tout donné pour y parvenir.
Après, le scénario contre Lyon, le coup franc de Dimitri Liénard, ce fut… la praline sur le gâteau, tout simplement… Et le pâtissier est un mec bien, pour parfaire le tableau.

Dimitri a raison : à Strasbourg, à la Meinau, rien n’est normal… Tant mieux !

Encore + Or Piste

Tout Or Norme format poche

Restez connectés avec l’Art, la Culture et les projets Or Norme.

  • Télécharger dans l'AppStore
  • Disponible sur Google Play

Or Norme : tous les jours.

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières actualités strasbourgeoises.