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En 2015, lorsque Émilie Vauban décide de devenir auto-entrepreneur, c’est le coup de foudre : des opportunités qu’elle ne peut laisser passer, un statut souple qui lui ouvre des perspectives prometteuses. Trois ans plus tard, elle a accepté de dresser un premier bilan de sa vie de « slasheuse » à plein temps.


Émilie appartient à la fameuse génération Y, examinée comme une bête curieuse. On dit de celle-ci qu’elle définit ses propres codes et qu’elle est très (voire trop) connectée. Vaste programme. Ce que l’on dit moins d’elle, c’est que son extrême créativité est avant tout motivée par la nécessité de construire sur les cendres d’un monde du travail à bout de souffle. Fini donc de passer toute sa vie dans une même entreprise ou dans une même profession. Désormais, les diplômes d’études supérieures ne mettent plus à l’abri du chômage et la quête de sens est passée au premier plan. Capricieux, les millennials ? Émilie se montre réaliste : « Je sais qu’il est très peu probable que je parvienne simultanément à vivre de ma passion, gagner confortablement ma vie, et me dégager du temps libre. Quitte à choisir, je privilégie ma passion sans hésiter, j’ai besoin de savoir pourquoi je me lève tous les matins ».

Paresseux, les jeunes?

À l’aune de ce choix, Émilie a donc façonné sa vie à la manière d’un puzzle. Le milieu scolaire n’est jamais parvenu à la stimuler, elle décroche une licence en communication. Alors qu’elle est encore étudiante, elle rejoint la team des Wings de Red Bull (ambassadrice). Une opportunité qui lui ouvre les portes du siège de la marque durant quelques mois à la fin de sa scolarité, parallèlement à la création de son statut d’auto-entrepreneur pour la gestion de l’agenda Coze et la mise en oeuvre des relations presse pour l’association Nouvelle Ligne. Ce statut s’est donc dans un premier temps imposé à elle. Malheureusement, la flexibilité offerte par sa nouvelle position a laissé apparaître ses limites.

Rapidement, Émilie est obligée de multiplier et diversifier ses missions, pour s’assurer des revenus corrects. Forte d’expériences encourageantes, elle collabore régulièrement avec plusieurs agences parisiennes sur des projets d’envergure. Mais derrière le rythme grisant et les paillettes, le manque de stabilité pointe le bout de son nez. Lorsque l’on vient la chercher pour lui proposer de revenir en Alsace et de devenir rédactrice en chef de l’agenda culturel Coze, elle n’hésite pas. Deux ans plus tard, à 25 ans, Émilie cumulait 4 casquettes : rédactrice en chef de Coze et responsable de la partie agenda, attachée de presse pour l’association Nouvelle Ligne (organisatrice du NL Contest), l’association Longevity, les Hopl’Awards, Street Art Map ainsi que blogueuse (Oh bim !). Loin de l’étiquette de paresse que l’on assigne un peu trop hâtivement aux jeunes, Émilie est devenue une « slasheuse » : mot qui vient du signe de typographie «/» qui caractérise les personnes exerçant différentes activités en parallèle, généralement en auto-entrepreneur. Ce profil se démocratise, le nombre de ses adeptes croit de manière exponentielle, autant par nécessité que par attrait.

© Bartosch Salmanski

Honorer le 12ème homme

Lorsqu’on lui demande pourquoi elle cumule autant d’activités, Émilie avance deux motivations : financière, tout d’abord, mais également passionnelle. Son blog, par exemple, lui donne l’occasion de parler plus librement des sports extrêmes, qui la captivent. Elle s’est créée cette opportunité. Depuis mai 2018, le football et le prêt-à-porter sont venus compléter sa palette. Peu de temps après son retour à Strasbourg, elle assiste par hasard à un match opposant le Racing Club de Strasbourg Alsace au Paris Saint-Germain : « Quelque chose de magique s’est produit : j’ai été autant captivée par ce qui se passait sur le terrain qu’en dehors. Pour moi, c’était un truc de fou de voir la ferveur dans les tribunes. Strasbourg, c’est l’un des meilleurs clubs de supporters en France. Ça m’a bouleversé ! J’y suis retournée dès le match suivant, et je n’en ai loupé aucun de la saison. »
Elle veut alors honorer le 12ème homme : « Pourquoi personne ne rend hommage aux supporters ? On se concentre sur les équipes, mais sans les supporters, l’équipe ne carburerait pas comme ça. » En mai 2018, elle lance une ligne de t-shirts brodés localement et 100% coton bio, appelée Hors Jeu. Elle y appose des « punchlines » issues des chants de supporters de 8 grands clubs français. Elle les sort des stades et de leur contexte, pour les détourner avec malice : ainsi, « Un seul amour » peut aussi bien être porté par un supporter que par un néophyte.

© Bartosch Salmanski

Malheureusement, Hors Jeu constitue le pas de plus, voire de trop, vers les limites de cette vie éparpillée. Émilie consacre la majorité de son temps à Coze, et tente d’intégrer son blog et sa nouvelle marque dans un planning déjà surchargé. Comme de nombreux entrepreneurs, elle combine plusieurs journées en une seule, mais elle a désormais la sensation que lorsqu’elle se consacre à une activité, cela se fait au détriment d’une autre. Près de 3 ans après sa première expérience d’auto-entrepreneur, Émilie aspire à plus de stabilité : « Moi aussi, j’aimerais retrouver un rythme « comme tout le monde » : pouvoir me consacrer pleinement à une seule activité, avoir des horaires de bureau, ne pas me poser de question quand je vais chez le médecin… ». Elle n’est pas pour autant prête à faire de compromis sur ses passions : « Je serais aujourd’hui prête à retourner vers un emploi salarié, mais uniquement si celui-ci me passionne*»

© Bartosch Salmanski

Et si c’était à refaire?

Si c’était à refaire, elle ne changerait pas une ligne de son jeune parcours professionnel. Ce statut lui a permis de répondre à des opportunités riches et diverses. Cependant, la solitude commence à se faire sentir, malgré les nombreuses rencontres qu’elle fait quotidiennement. La situation de slasheur, permise par le statut d’auto-entrepreneur, s’avère particulièrement adaptée aux phases de transition : Émilie cherchait à préciser ses aspirations professionnelles et à répondre aux opportunités qui s’offraient à elle, dans un contexte tendu. Mais la réalité financière reste maîtresse, même pour les plus motivés et passionnés.

*Émilie est depuis quelques mois salariée Coze, en parallèle de ses activités d’auto-entrepreneur. 

 

 

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