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Mercredi après-midi, 16h. Quand il pénètre dans la salle blanche de la librairie Kléber qu’il traverse d’un pas un peu hésitant pour gagner le fauteuil de l’interviewé sur l’estrade baignée de lumière, Pierre Ménès se sent déjà un peu chez lui, comme il le dira un peu plus tard au cours de l’interview. Et le tonnerre d’applaudissements des plus de 200 fans qui l’accueillent l’atteste…
Parmi eux, énormément de jeunes. Pour eux, Pierrot est une vraie idole. Peu d’entre eux, sans doute, savent cependant que sa carrière a d’abord débuté par la presse écrite, il y a plus de trente ans. Peu d’entre eux, tout simplement parce qu’ils n’étaient sans doute pas encore nés, savent que cet excellent journaliste a dès le départ imposé sa plume ironique, son ton décalé qui étaient loin d’être la norme à l’Equipe et à France-Football où il officiait. Très vite, nous nous sommes alors aperçus que Pierrot était un très fin connaisseur et analyste du football qui était encore un jeu, à l’époque, et pas forcément le grand barnum qu’on connaît aujourd’hui. Ses articles sur les matches, les coulisses et ses plongées au cœur de l’ADN des clubs ont vite fait le régal des amoureux du foot.
Puis est venu le temps de la télévision, qui ne pouvait pas rester longtemps à l’écart d’un tel tempérament. Dès le milieu des années 2000, il enchaîne les émissions sur M6, RTL, Canal+, pour ne citer que les médias majeurs qui se l’arrachent. Sa parfaite connaissance du football (il faut le dire et le répéter), sa faconde fleurie, son physique généreux et son ton railleur de titi parisien font merveille. Ses innovations aussi : il fut l’un des tout premiers journalistes à s’emparer des nouvelles technologies et à créer ses propres médias sur le net.
L’an passé, Pierrot est tombé gravement malade. Il le raconte dans son livre « Deuxième mi-temps » qu’il présente ce mercredi après-midi à la librairie Kléber. Une saleté de cirrhose du foie, lui qui ne touchait jamais une goutte d’alcool. La cirrhose « des buveurs d’eau » comme il la nomme avec ironie dans son livre où il raconte tout et ne cache rien. Son état de plus en plus faible, sa dépendance qui s’accroit inexorablement, ce « parcours d’humiliation » comme il dit, quand la maladie le submerge, le ravage et menace de l’engloutir. Et la nouvelle qu’il faut encaisser (seule une double greffe foie-rein peut le sauver), l’attente de cette greffe alors qu’une immense faiblesse le gagne, le miracle d’un donneur providentiel, le réveil après une longue opération, le miracle de la vie qui revient…
Pierrot raconte aussi (et surtout) celles et ceux qui l’ont si puissamment aidé. Sa compagne Melissa, une amoureuse de choc, une acharnée de la vie, une pasionaria de la solidarité sans condition. Et, parmi le monde du football, le « premier de ses amis » comme il le dit, Marc Keller, qu’il a connu au FC Mulhouse à la fin des années 80. Une incroyable et belle amitié est alors née, a grandi, et n’a jamais cessé de se renforcer, y compris bien sûr durant les longs mois de la maladie.
Il n’a rien perdu de son humour et de son incroyable sens de la répartie, le bon Pierrot. Plus d’une fois, il fait se gondoler de rire les fans venus à Kléber. Il persiste à ne pas être avare d’un bon mot. Parfait. Mais quand il parle d’amour, quand il évoque la solidarité, quand il dit le poids de l’amitié, quand il évoque les malades et les donneurs d’organes et quand il fait mesurer à quel point « la vie est belle », les mots ont tendance à s’étrangler dans sa gorge et l’émotion est à fleur de peau.
Elle le sera également ce vendredi soir à la Meinau quand il donnera le coup d’envoi d’un match décisif qui pourrait quasiment, en cas de victoire, « signer le retour du Racing en Ligue 1 », on le cite.
Soyez certain qu’elle sera immense cette émotion quand vous applaudirez du haut des tribunes Pierrot le Grand, superbe amoureux et ambassadeur du football, homme de cœur et de fidélité, un mec bien et qui ne prétend aujourd’hui qu’à « être heureux ».
Ce sont les deux derniers mots de son livre…

Retrouvez l’interview complète sur notre Vlog :

Rencontre avec Pierre Ménès : Deuxième mi-temps

Crédit photo : Raphaëlle Beauvais

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