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« La nouvelle gouvernance est porteuse de réussites »

Après Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin et Philippe Richert, président de la Région Grand-Est (lire nos numéros 20 et 21), Or Norme donne la parole à Robert Herrmann. Un peu plus de deux ans après son élection, le président de l’Eurométropole de Strasbourg tire un bilan plutôt favorable de la nouvelle gouvernance de l’ex-CUS et parle aussi d’avenir…

Il y a deux ans, à la faveur des résultats des élections municipales une alliance s’est mise en place pour gérer l’Eurométropole de Strasbourg et vous en êtes devenu le président. Quel est le bilan de cette nouvelle gouvernance ? « Elle est plutôt positive. Cette alliance de la gauche d’une grande partie de la droite et des verts nous a permis de faire beaucoup plus de choses que si elle n’avait pas existé.

Alliance est le maitre mot : au niveau de la gestion de l’Eurométropole, mais aussi en direction des autres institutions : la Région, le pole métropolitain dans lequel Colmar nous a rejoints, le département ou encore le sillon lorrain dans le cadre des nouveaux dispositifs territoriaux. Sans parler de nos relations avec les services de l’Etat. La première vertu de cette stratégie aura été de préserver nos capacités d’investissement et donc de soutenir l’économie locale. Elle nous aura permis d’absorber la première vague de baisse drastique des dotations budgétaires alloués par l’Etat à travers les renégociations de nos emprunts et surtout par la baisse de nos dépenses de fonctionnement et notamment le non remplacement de fonctionnaires partant à la retraite.  Cela s’est également traduit par la mise en place d’une commission de la sobriété budgétaire pour rechercher en permanence de nouvelles sources d’économies par nous mêmes.

Ainsi nous avons pu assurer nos priorités au rang desquelles la construction de 3000 logements par an mais aussi le soutien aux universités, à la recherche et au développement économique, en intégrant la transition numérique et la transition énergétique.

L’originalité et la force de cette forme de gouvernance sont la forte cohésion d’une équipe, le travail,  et la loyauté, loin des clans et des postures. Ce travail est salué aujourd’hui par de bon indices économiques. Depuis cinq trimestres maintenant, l’Eurométrople enregistre un solde positif net en matière de création d’emplois et un accroissement de sa démographie. Ce sont deux éléments importants pour le rayonnement de notre territoire.

Par ailleurs dans les semaines et les mois qui viennent un grand nombre de projets vont rentrer dans leur phase concrète de fonctionnement.  Ils sont déjà une réalité dans le domaine de la recherche et des universités avec EASE l’école-usine en salle blanche qui sera une référence sur le plan national et européen. Avec l’ IHU (Institut hospitalo-universitaire), avec la confortation à Strasbourg de l’ISU (Université international de l’espace) ou encore la mise en service complète du nouveau PMC, un des plus beaux Palais des Congrès de France, qui sera un atout important pour l’attractivité du territoire. Les investissements en faveur de la transition énergétique dans le domaine de la biomasse, contribuent aussi au dynamisme économique. Les travaux de dépollution de la raffinerie de Reichstett et le projet de création d’écoparc à vocation économique sur le même site, la refonte totale de la 1ère zone commerciale de France à Vendenheim, l’extension du Tram vers Kehl, nourrissent également un superbe plan de charge qui contribue activement à la sauvegarde et à la création d’emplois et au développement économique de la métropole strasbourgeoise qui prend ainsi une longueur d’avance au sein du Grand-Est…

Accéder au statut de métropole, au sens administratif des lois sur la réforme territoriale, était un enjeu importantissime pour Strasbourg… Oui, à l’évidence. Le statut même de métropole a représenté un facteur accélérant remarquable pour Strasbourg et son agglomération, c‘est absolument certain et on l’a bien vu dès qu’on a abordé les conséquences des lois sur la réforme territoriale. On est aujourd’hui clairement entré dans un processus qu’on ne connaissait pas auparavant, celui de la coopétition entre les différentes villes et agglomérations de cette nouvelle région : aujourd’hui, on discute plus avec Nancy, Reims, Metz etc… sur les investissements dans les universités, les hôpitaux et autres. On voit bien là qu’il y a une attention réelle portée à des voisins que, très souvent, on ignorait trop par le passé. J’en veux pour preuve les rencontres, travaux et colloques organisés conjointement à l’automne sur la qualité de l’air, la transition énergétique, l’environnement mais aussi sur le statut et le devenir de notre région transfrontalière commune, le Rhin supérieur, le Luxembourg et la Belgique. De nombreuses personnalités annoncent leur venue à Strasbourg pour ces travaux : les maires des grandes villes et les présidents d’agglomérations de la Région Grand-Est mais aussi des ministres allemands, suisses, etc. Tout cela me fait dire que cette grande région est aujourd’hui adoptée par de nombreux responsables et que nous sommes nombreux à vouloir contribuer à son développement. En son sein, le rôle de l’Eurométropole de Strasbourg s’est pleinement s’affirmé. Je crois même que beaucoup sont heureux de sa présence dans la nouvelle Région. Nous pouvons faire le constat que l’Alsace gardera son caractère particulier mais que, plongée dans ce changement d’échelle, elle peut à coup sûr se renforcer.

La loi sur la réforme territoriale est claire sur le secteur du soutien à l’activité économique. C’est la Région qui hérité de cette prérogative et les métropoles bénéficient d’une autonomie réelle en la matière. Or, il existe une situation inédite en Alsace : l’Adira, devenue l’agence de développement économique des deux départements alsaciens réunis, entend aussi jouer ce rôle au niveau régional. C’est une situation susceptible de poser nombre de problèmes, non ? Je crois qu’il faut se baser sur l’esprit de la loi portant réforme des collectivités territoriales. En tout premier lieu, respecter le principe de simplification des compétences qu’elle engendre me paraît être un minimum. La loi affirme que les métropoles, bien que bénéficiant d’une certaine autonomie, se doivent d’être en cohérence avec le schéma régional. Les relations que nous entretenons avec la Région me font dire que nous n’aurons aucune difficulté à garder nos propres priorités et à les voir intégrées dans ce plan général. Nous sommes dans le cas d’une relation de qualité et de confiance. Concernant l’Adira, j’ai fait savoir, lors de sa dernière assemblée, que la logique serait qu’elle rentre dans le giron de la Région. Philippe Richert a même émis le souhait que les départements restent dans le tour de table. Le blocage au niveau des départements me paraît être d’une autre époque. Le changement d’échelle (le passage à la Grande région) aurait pu être l’occasion de l’unité entre le Bas-Rhin et le Haut-Rhin.  En effet on voit bien aujourd’hui que pour accompagner une entreprise de niveau international sur notre territoire l’ensemble des instruments consulaires au niveau national sont en relation avec le chef de file prévu par la loi en matière de développement économique, c’est à dire la Région qui, de plus, gère les aides possibles, notamment d’origine européenne. La logique, je le répète, est donc que l’Adira soit intégrée dans la grande Région. On atteindrait ainsi un niveau de cohérence qui serait tout à fait bénéfique pour la Région et pour l’Alsace. C’est une nécessité ! L’Alsace, sur la plan économique, a certes beaucoup de talent. Mais il faut prendre en compte de manière réaliste la dégradation forte des indicateurs économiques que ce soit en termes de capacité d’exportation, d’augmentation du chômage, de production de richesses. Nous sommes dans une situation difficile. Pourquoi ne parvenons-nous plus à être meilleurs que d’autres territoires ? Je pense qu’il y a un phénomène de repli sur soi qui nous empêche d’utiliser au mieux un certain nombre de moyens. L’Adira en est un exemple. Je propose d’exploiter complètement la somme de nos compétences, de nos atouts et de nos talents. Si nous parvenions à bien positionner nos outils, alors nous en tirerons des conséquences positives…

Juste avant l’été, la décision de fermer l’usine d’incinération des ordures ménagères a été prise. C’est un dossier qui va s’avérer très coûteux. Nous en sommes où ? La fermeture totale de cette usine d’incinération pour deux ans et demi va nous permettre d’assurer le désamiantage de la quasi totalité du site. Nous avons obtenu de l’Etat une dérogation exceptionnelle pour utiliser des reliquats de budgets annexes relatifs à l’assainissement et aux ordures ménagères. Nous allons les affecter à ce chantier ce qui nous permettra, sans hausse d’impôts et sans impact sur nos capacités d’investissements, de remettre ce site à niveau et de le rouvrir dans trente mois. A la fin du contrat avec l’exploitant, cette usine sera amortie…

Cinq nouvelles communes vont intégrer l’Eurométropole au 1er janvier prochain. L’union fait plus que jamais la force ?.. Effectivement, Osthoffen, Breuschwickersheim, Achenheim, Kolbsheim et Hangenbieten vont nous rejoindre avec leurs presque 6500 habitants. Au passage, je note avec plaisir que tout ce vieux vignoble qui avait jadis été le fer de lance financier pour la construction de notre cathédrale nous rejoint enfin. C’est une vraie chance ! Je suis de ceux qui pensent que nos territoires sont un peu trop petits, ce qui est un handicap, par exemple en terme foncier. Ces six communes vont donc être intégrées à l’Eurométropole au 1er janvier prochain. La loi dit que l’ensemble de l’exécutif doit être réélu à cette occasion. Je serai candidat à la poursuite de mes fonctions et je propose le maintien de l’exécutif actuel.

Des questions plus politiques maintenant. D’abord concernant votre position personnelle et votre choix dans la cadre de la Primaire de gauche prévue à la fin de l’année. Les candidats se manifestent. Vers qui ira votre choix ? Je ne me positionne pas encore. D’abord, il faudrait savoir si le président de la République se présente. Les jugements le concernant sont très durs et très abrupts. J’admets un certain nombre de faiblesses mais je remarque aussi que jamais, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, un exécutif n’aura eu à affronter des problèmes aussi nombreux et aussi graves. Si le président se présente à cette Primaire, je serai loyal. Pour l’heure, les autres candidats connus à ce jour ne sont pas du niveau attendu.

Ma priorité pour l’heure est celle de l’Eurométropole. Je souligne qu’avec cette coalition politique nous réussissons une performance qu’aucune échéance électorale, départementale ou régionale, n’aura réussi à remettre en cause. Je souhaite bien sûr que les prochaines élections présidentielles soient vécues localement de la même manière. Chacun soutiendra bien sûr son propre camp mais, une fois l’élection passée, raisonnera ensuite pour le seul bien commun de l’Eurométropole…

Semestre après semestre, les enquêtes le confirment. Jamais l’image de l’élu politique, tous partis confondus, n’aura été aussi négative. Comment analysez-vous cette désaffection spectaculaire ? Elle vient de loin et elle s’inscrit dans le cadre de l’usure de notre démocratie, de nos difficultés à raconter un récit et dire vers quel horizon nous souhaitons emmener les citoyens. Pêle-mêle, les immenses accélérations technologiques, pour le meilleur comme pour le pire, les ruptures économiques et sociales, le renforcement des inégalités et les angoisses des parents pour leurs enfants et pour leur propre devenir, les doutes sur l’Europe et les conflits dans le monde, ont rendu complexe l’élaboration d’un récit porteur d’espoir. Les plus démagogues et les plus réactionnaires racontent toujours une histoire tournée sur le passé. Or, pour la première fois, et on ne le souligne pas assez, on constate que l’amélioration des conditions de vie, du moins dans des pays comme le nôtre, fait que nous sommes quatre générations à vivre simultanément sur la planète. Voici un changement considérable dont on est encore loin de mesurer toutes les conséquences. Par ailleurs, beaucoup de jeunes peuvent aujourd’hui voyager infiniment plus facilement qu’auparavant ; leurs lieux d’études sont variés ; ils créent des start-up et pour eux les possibilités et les opportunités sont réellement extraordinaires. C’est bien la transition avec ce monde nouveau, l’articulation avec ce que nous avons connu qui est difficile et reste d’ailleurs encore à inventer.

Warren Buffet, le multimilliardaire américain, a déclaré très cyniquement : « Oui, la lutte des classes existent bel et bien. Et c’est la mienne qui est en train de la gagner… » Les curseurs politiques historiques ont explosé en vol, la gauche de l’époque de Mitterrand n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Elle a bien dû se l’avouer sous peine d’ignorer le monde réel.  Aujourd’hui, il y a plus d’accointances par exemple entre les ouvriers et les patrons des TPE ; entre eux la lutte des classes que vous citiez n’existe plus. Je suis personnellement de plus en plus demandeur de la réécriture d’une nouvelle doctrine social-démocrate qui associerait une forme de souplesse du libéralisme et une nécessaire régulation publique afin de contrer les effets nocifs de l’ultra-libéralisme ambiant. »

Photos : Médiapresse

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