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L’entreprise que Francis Hentz a créée il y a trente ans est devenue un groupe de plusieurs concessions, comme des temples dédiés à l’automobile et dirigés par Michel, l’un de ses trois enfants. Le groupe Espace H est présent à Strasbourg, Obernai et Haguenau. Rencontre avec un patron singulier que la passion de l’auto n’a jamais quittée…

Sa vie bascule quand il achète sa première BMW en 1981 : « Une très belle auto, fabriquée par des prodiges de la technologie. C’est la technique qui me passionne, pas l’esthétique » dit-il. Pour lui, ceux qui savent dessiner, les artistes, ceux qui savent écrire ou imaginer des voitures sont des génies, c’est une donnée importante pour comprendre qui il est.
Francis Hentz, 69 ans, est un homme de conviction, inévitablement controversé, peut-être même incompris. Pas de ce monde. Ou à l’image du monde au contraire, un peu rêveur aussi. Il croit à l’amour, à l’amour de son prochain, pas en Dieu, plutôt à une présence. S’il est en confiance, il se raconte facilement, des petites aux grandes voitures, de ses flashs intuitifs à ses moments les plus durs, de ses passions à ses paris un peu dinguos, sans fanfaronner, sans trop évoquer les victoires et les chiffres, car il connaît la fragilité des choses, la tôle froissée de la vie.

Il se souvient de tous les modèles, de toutes les plaques…

Pour lui, conduire une auto, avoir son autonomie, c’est un rêve d’enfant : « Quand on a un volant entre les mains pour la première fois, c’est comme si l’on apprenait à voler » dit-il. Voilà ce qu’il a toujours fait, lui qui n’a cessé de prendre son envol, mais à un détail qui fait toute la différence, il n’oublie pas d’apprendre aux autres à voler. Rien que pour lui, il serait temps d’inventer les voitures volantes, car sa vie, c’est la bagnole : « Mon papa changeait de voiture chaque année. Je me souviens qu’il rentrait à la maison et qu’il disait à ma mère qu’il avait acheté une nouvelle voiture. Elle était étonnée à chaque fois. Pour moi, c’était comme une fête. Je n’ai jamais oublié ses plaques d’immatriculation : une R4 avec 592 MT 67, une R16 8636 QA 67, une autre R16 verte 1461 RJ 67, une 403 avec 280 FM 67, et d’autres encore. Je me souviens de ses voitures comme si c’était hier… Une Vedette, une 204… j’ai appris à connaître ce qui est devenu mon univers, à travers les voitures de mon père », affirme-t-il en poursuivant l’énumération des modèles et des chiffres.
Paradoxalement, quand d’autres n’ont jamais eu de ballon rouge, lui, ce sont les petites voitures qui lui ont manqué, on ne lui en a jamais achetées, comme à tous les petits garçons ! Alors, un jour, à dix ou onze ans, il vole un peu de monnaie dans la caisse de la boutique d’électricité de ses parents, il s’achète deux modèles réduits, dont une camionnette Citroën, et les cache dans le poulailler. Il se souvient bien de l’énorme raclée qui a suivi. Du coup, il a passé sa vie à jouer aux grandes voitures et, depuis trois décennies, il vend des bagnoles.

Dans la vie, j’ai envie de réussir, j’ai envie d’être sur le podium, ou pas loin.

Après une école d’ingénieurs, il reprend l’entreprise d’électricité familiale et passe rapidement de dix à cinquante personnes, mais ça ne lui suffit pas : « Dans la vie, j’ai envie de réussir, j’ai envie d’être sur le podium, ou pas loin. Pour devenir concessionnaire BMW, j’ai fait une lettre de candidature spontanée à la direction nationale, j’avais moins de 40 ans, pendant quelques mois c’était l’incertitude, mais j’ai gagné la partie ».
Nous sommes en 1988, à Haguenau. L’histoire accélère avec le rachat de la concession BMW/MINI située au pôle automobile d’Hœnheim en 2008, un pari un peu dingue, le seul cas en France où le petit a acheté le grand : « C’était compliqué, car il fallait mettre beaucoup d’argent sur la table, les discussions ont été âpres », se souvient Michel Hentz. Sur son élan, il ouvre d’un troisième site à Obernai. Aujourd’hui, plus de cent collaborateurs travaillent au sein d’un groupe automobile aux valeurs humaines reconnues. Mais tout n’a pas été simple, pendant les quinze premières années, obligé d’investir, il gagne le SMIC, pas plus. Parfois, son lit c’était sa voiture.

Un patron redoutable

Sa vie a été jalonnée de coup d’éclat, de grands moments et d’autres plus difficiles : « Si quelqu’un me fait un sale coup, ce qui est une manière de me sous-estimer, je deviens redoutable. On ne fait plus la route ensemble. Alors oui, on a réussi, les résultats ont suivi, c’était parfois phénoménal, on est passé de vingt à cent dix personnes, mais, si nous sommes parmi les meilleurs chez BMW, c’est grâce à ceux qui travaillent avec nous », conclut cet homme pour qui le désir de réussir et d’être un bon chef d’entreprise reste un moteur. Un moteur qui tourne rond…

 

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