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Izis Goïta a de la classe. Une classe « haute couture ». Mais il sait parler de son métier avec simplicité et chaleur. Rencontre « good vibes » avec un créateur persuadé que l’on peut se faire un nom hors des cénacles parisiens.

 

« C’est ma mère qui m’a donné ce prénom » confie Izis Goïta, troisième enfant d’une fratrie de sept né à Sikasso, une des plus grandes villes du Mali, à 375 km au Sud-Est de Bamako. Son père, diplomate, a été en poste en France et c’est à Paris qu’Izis a découvert la haute couture française dès l’âge de sept-huit ans. Sa mère l’avait emmené voir une exposition consacrée à Madame Grès et cela l’a « fasciné » .« J’avais l’impression de toucher à la perfection… »
Sa passion de toujours, le dessin, lui a permis de rester connecté avec le monde de la mode tout en se formant à un métier « très structuré » : le génie civil. Une étape qu’il ne regrette pas car il est persuadé que cela concourt à donner « une ligne architecturale » à ses créations.

 Strasbourg m’a choisi

Si c’est pour Paris qu’il a quitté le Mali à 21 ans pour travailler dans le mannequinat, c’est à Strasbourg qu’il a créé sa maison de couture. Strasbourg qu’il n’a pas choisie mais « qui l’a choisi ». Pour le meilleur. « J’ai eu l’impression d’y naître parce que c’est ici que ma passion s’est concrétisée. Elle est devenue mienne » dit-il. On lui avait pourtant répété que hors de Paris point de salut dans la haute couture mais il n’en a eu cure, sa passion est en lui et elle peut s’exprimer où qu’il soit.
C’est donc à Strasbourg où il s’est installé après son mariage en 2008 que tout a véritablement commencé. Installé dans une maison début de siècle du Conseil des XV, il s’est lancé dans la confection de robes et de costumes de mariage avec un succès qui lui a valu d’être lauréat « Talent d’avenir » de Fond’action Alsace en 2013.
Il tient au « sur mesure » mais en élargissant cette notion car « chacun est unique et créer un vêtement ne relève pas que de chiffres ». « À chaque fois, c’est une personne à part entière que j’ai en face de moi et aucune imprimante 3D ne pourrait tenir compte de la perception du regard», dit-il. « J’écoute beaucoup. C’est de la qualité de la rencontre que naît la création et cette création ne se décrète pas. Elle advient ou pas, les énergies se communiquent ou pas… Dès le premier contact, on sent si une connexion s’établit. »

Se rapprocher de la femme dans son quotidien

Il y a un an, Izis a élargi sa gamme aux « petites robes noires ». Pour toucher à cette pièce emblématique de la haute couture française, pour « sortir » de la robe de mariage et « se rapprocher de la femme dans son quotidien ». Il s’est aussi intéressé au jacketing qui s’est imposé à lui à la demande « des messieurs qui accompagnaient leur épouse ou leur future épouse dans l’atelier ». Ils souhaitaient « une veste portable partout, au travail et pour les sorties entre potes ». Elégante mais pas guindée. Dynamique. Des créations qu’il a complétées en revisitant le manteau Chesterfield aux lignes très architecturées. Le tout à chaque fois en « sur mesure » et aux prix du prêt à porter haut de gamme.

Des clients suisses et allemands

Strasbourg n’est pas Paris mais la ville de cœur du couturier présente des atouts dont la dimension transfrontalière n’est pas le moindre. « J’ai des clients qui viennent de Suisse et d’Allemagne, précise-t-il. Ils viennent chercher ici une touche d’élégance française, une fluidité, une manière de souligner la ligne sans pour autant coller au corps… Tout ce qui me passionne car pour moi un vêtement est fait pour bouger. »
Les matières sont essentielles à ses yeux. Soie, coton, alpaga, cachemire… Elles doivent « tenir dans le temps » y compris lorsqu’il s’agit de définir le dress code du personnel d’entreprises telles que l’Hôtel Hannong pour lequel il a créé des « tenues élégantes accordées à un lieu plein d’histoire » ou bien encore les salons de thé Christian où le personnel porte désormais des tenues inspirées des costumes alsaciens et créées avec les tissus de la maison Bossert de la rue des Bouchers.

 Le dress coding c’est s’imprégner de l’histoire d’une entreprise

« Cette activité va être au cœur de 2018 » assure Izis en évoquant un projet pour une enseigne prestigieuse de l’hôtellerie strasbourgeoise dont il préfère tenir le nom encore secret. La perspective le réjouit, lui qui au départ pensait que le dress coding ne représenterait « pas beaucoup de création ». Or, c’est tout le contraire, constate-t-il. « À chaque fois, il faut rentrer dans l’histoire d’une maison, s’en imprégner tout comme on le fait lorsqu’on rencontre une cliente. C’est très enrichissant et c’est un vrai défi d’aider l’entreprise à définir son identité tout comme on le fait pour le particulier ».

Travailler en musique

« Un vêtement dit beaucoup, souligne Izis, à soi-même et aux autres ». Il est donc essentiel de trouver le diapason lors de la rencontre et de ne pas le perdre lors de la phase de création. Izis travaille en musique. Musique de films lorsqu’il travaille à des pièces de la vie telle qu’elle va, musique d’exception lorsqu’il fait naître une robe de mariage. La Callas envahit alors l’atelier parce que « de la pureté de la voix naît la pureté de la pièce ».

Pour en savoir plus : www.izisgoita.fr

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