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Il travaille sur une péniche et habite dans celle d’à-côté… Alexandre Früh, qui a créé l’Atelier Caravane, ne vit pourtant pas au fil de l’eau…

En effet, ce scénographe et muséographe, né à Paris d’un père strasbourgeois et d’une mère colmarienne, a su très tôt prendre les décisions qui l’ont porté vers le métier de passion qu’il exerce aujourd’hui.

Après un passage à l’école Boulle, et une expérience de menuisier, Alexandre Früh a exercé en tant qu’ébéniste pour les antiquaires du Louvre.C’est après cette expérience qu’il rejoint Strasbourg pour intégrer les Arts Déco. C’est là qu’il découvre « la liberté d’être artiste ». Élève de Sarkis qui l’a beaucoup influencé et lui a ouvert les yeux sur la scénographie, il obtient son diplôme et participe à des expositions pendant deux ans à travers l’Europe, dans le cadre du programme Germination. Mais, devant la nécessité de gagner sa vie, il va intégrer une agence de communication dirigée par André Rodeghiero auprès de qui il participe à sa première exposition en tant que scénographe.

C’est la révélation : il découvre ainsi que ce métier réunit de manière extraordinaire tout ce qu’il avait appris aux Arts Déco, à l’école Boulle, et à l’occasion des expositions auxquelles il a participé.
Manipuler du son, de l’image, du public, et en tenir compte, tout cela l’a de suite passionné, et l’idée de raconter une histoire par le cheminement qu’on propose au public avec les oeuvres qu’on manipule l’émerveille à chaque fois.Deux ans après cette première expérience de scénographe il crée son entreprise et met son savoir-faire au service de premières expositions plutôt régionales.

Très vite cependant le regard qu’il porte sur la peinture intéresse des conservateurs et des commissaires d’exposition qui comprennent qu’ils ont affaire à quelqu’un capable de raconter une histoire aux visiteurs. Sans doute, la conviction qu’Alexandre a, qu’on peut faire comprendre au public qu’il est possible de regarder des œuvres et suivre une exposition sans lire de suite les cartels, mais simplement en ressentant d’abord les émotions et le mouvement de l’exposition, constitue son principal atout.
Ce talent le conduit en 2004 à être contacté par le Louvre qui lui confie trois expositions coup sur coup : sur les primitifs français et la peinture du XIVe siècle, sur l’histoire des Ivoires et enfin sur Rosso Fiorentino.
Au rythme de cinq à huit expositions par an, l’Atelier Caravane a de très belles références et vient de réaliser récemment une superbe exposition intitulée Nicolas Régnier, l’homme libre au musée d’arts de Nantes.

Mais les yeux d’Alexandre s’allument quand il évoque la première exposition qu’il a réalisée intégralement, à la fois en tant que scénographe et commissaire d’exposition, et pour laquelle un musée suédois lui a fait entièrement confiance.
Dada is Dada, présenté en 2017 au musée d’Umeå fut ainsi la première d’une activité qu’il souhaite développer.
« L’idée c’était: qu’est-ce que ça veut dire de faire une exposition Dada aujourd’hui ?… A priori c’était une expo à ne pas faire… Mon idée était de faire une scénographie déplaçable, où tout était sur roulettes ! J’ai dessiné tout le mobilier et le Guardian a cité l’exposition parmi les 20 à voir absolument en Europe l’an dernier ! »

Alexandre Früh est également enseignant en muséographie et scénographie à la HEAR, où son grand-père a été professeur, et c’est une activité à laquelle il tient énormément. Transmettre ses convictions sur la scénographie est un engagement, presque un acte politique, et pour lui ce n’est en aucun cas un problème de forme ou de décor… « Il s’agit de faire danser le public et de l’emmener sur un chemin auquel il ne s’attendait pas… »
Artiste dans l’âme, Alexandre a également repris les couteaux et les pinceaux pour sa pratique personnelle et passe aussi du temps sur le théâtre pour lequel il travaille avec la compagnie Talon Rouge et Catherine Javaloyès mais aussi avec Lionel Courtot.

L’homme est riche de toutes ses rencontres et, à l’évocation de l’invitation du musée Picasso de Barcelone à la prochaine foire d’art contemporain ST-ART 2018, il ne peut s’empêcher d’évoquer Emmanuel Guigon, directeur du musée catalan, avec qui il a adoré travailler : il est celui qui lui a laissé le plus de liberté et avec qui il a fait plusieurs expositions qui ont marqué ceux qui ont eu la chance de les visiter à Besançon : Fourier en 2010, et Grandville, un autre monde, un autre temps en 2012.

La tête pleine de projets, Alexandre Früh espère pouvoir montrer un jour son talent au Musée d’art contemporain de Strasbourg (MAMCS), au pied duquel la péniche de Caravane pourrait même venir accoster !

En savoir plus : Atelier Caravane

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