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Ses éditoriaux des DNA, écrits d’une belle et juste plume, sont cités régulièrement dans les revues de presse quotidiennes, notamment sur les radios nationales. Ses reportages ont souvent été remarqués et même primés plusieurs fois, et il coordonne avec talent la rédaction et l’édition des Saisons d’Alsace. Moins connue est sa passion pour l’Afrique, et ce qu’elle révèle de lui-même…

Grand reporter et éditorialiste aux Dernières Nouvelles d’Alsace, où il est entré en 1992, Pascal Coquis est un homme discret, qui rechigne à paraître dans la lumière. Originaire de Briare dans le Loiret, petit-fils de paysans et fils d’ouvrier, il a conservé de ses racines une authenticité que l’on identifie au premier regard, et que l’on vérifie à chaque moment passé avec lui.
L’attachement à la terre et la proximité avec la nature ont vraisemblablement compté, et peuvent expliquer en partie, son attirance et sa passion pour la terre africaine. Mais sans aucun doute, le premier Tarzan (« que j’ai vu à la télé quand j’étais môme ») et ses rêves d’explorateur, ont construit le fantasme africain de Pascal Coquis, en tension entre rêve et cauchemar, et donc d’une attraction si puissante qu’elle perdure ainsi depuis son adolescence jusqu’à aujourd’hui.

Abandonné au bord d’une route…

Ses premières expériences avec le continent africain ne sont d’ailleurs pas particulièrement heureuses. Parti comme jeune pigiste pour le journal de Gien, à qui il avait proposé de financer son voyage en arguant qu’il se passait des choses en Algérie et qu’il pouvait ainsi combler l’absence d’envoyés spéciaux, Pascal, encore étudiant, s’était mis en tête de couvrir les émeutes liées au front islamique du salut. Ce voyage-là se termina pour lui, abandonné au bord d’une route en direction du Tchad, par un chauffeur de camion peu soucieux de son sort.
En souriant, il convient qu’en Afrique « c’est souvent pas de chance… », en se remémorant notamment ce périple en Centrafrique pour obtenir une interview de Bokassa, qui venait d’être libéré de prison pour être en résidence surveillée…mais hélas, ce furent à nouveau des émeutes qu’il découvrit en arrivant « donc pas d’interview de Bokassa, mais on a trouvé son trône sous le stade de Bangui et ça m’a fait une belle photo ! »

Moi j’ai deux mains gauches…

Constant dans sa passion africaine, Pascal Coquis, désormais journaliste aux DNA, propose en 1996 à son rédacteur en chef, Alain Howiller, de partir couvrir les événements au Rwanda et au Zaïre. C’est l’époque où Laurent-Désiré Kabila avait monté une armée pour renverser Mobutu. Cette fois-ci, Pascal embarque à bord d’un Transall de l’armée ukrainienne affrété par la Croix-Rouge et, de Kigali où il atterrit, il réalise ses premiers reportages «africains » pour les DNA, se déplaçant entre le Rwanda et le Burundi.
Mais pour lui, toutes les occasions sont bonnes pour fouler le sol africain, et c’est pourquoi de simples vacances, sa passion pour le sport, ou bien encore des missions humanitaires, nombreuses mais sur lesquelles, toujours pudique, il ne souhaite trop s’étendre, sont autant d’opportunités à saisir. Il réussit même l’exploit de parvenir à tout cumuler, quand il part ainsi à l’occasion de ses congés, au Burkina pour assister au Tour du Faso voir «  des gars en chaussures de ville sur des vélos improbables, rouler sur des pistes qui le sont tout autant » mais aussi avec l’association Vélos pour le Faso, pour réparer des puits : « Enfin, moi j’ai deux mains gauches… Je portais les sacs et les seaux d’eau, mais j’aime bien cette idée d’être la petite main… Juste donner un coup de main. »

À la recherche du Mokélé-mbembé…

Mais la facette la plus intime, et donc la plus mystérieuse de cet amour de Pascal pour l’Afrique, est liée à son inclination pour la littérature et les récits des grands voyageurs. Nourri par les écrits des explorateurs du XIXe siècle, et peut-être bien marqué par les traces laissées par Robert Louis Stevenson qui vécut un moment dans le Loiret, Pascal Coquis reconnaît que pour lui « l’écrit a toujours été la meilleure façon de voyager.»
Et ainsi l’on comprend mieux pourquoi il se passionne pour la quête de Michel Ballot, explorateur et cryptozoologue, à la recherche du Mokélé-mbembé, dinosaure légendaire (?) des forêts primaires du Congo, une des dernières zones vierges du globe.
Une passion qui le pousse à partir en expédition avec lui (voir à ce sujet, ses articles passionnants dans les DNA datées du 6 au 11 août 2013) pour un voyage à deux au fin fond de la forêt vierge, guidés par un pygmée. « De ces quelques semaines, je retiens la trouille que tu as en permanence, perdu dans un territoire grand comme la Belgique et les Pays-Bas, au milieu des insectes, des serpents, des gorilles… et des braconniers. »

Ces arbres qui montent au ciel…

On touche ici au ressort essentiel de la fascination de Pascal pour l’Afrique. Cette sensation, bien réelle, d’être en danger permanent dans une zone où l’on se trouve à cinq jours de marche des premiers secours. Même si Pascal n’est pas inconscient et qu’il sait, pour avoir travaillé dans des zones de guerre, être attentif à sa sécurité, il concède cependant que pour lui, se retrouver dans un monde inchangé depuis des millions d’années, se lever le matin dans cette forêt primaire, et contempler le même paysage que les hommes des origines, est quelque chose de complètement bouleversant et n’a pas de prix. « J’ai des images au sortir de ma tente, après une nuit terrible où tu as entendu les animaux sauvages rôder autour de toi…Et tu découvres le matin, au bord du fleuve, ces arbres qui montent au ciel de ce monde qui est en train de disparaître… Et c’est beau à en pleurer, et ça me transporte… J’ai aussi cette image de Michel, marchant devant moi dans la forêt, avec, à chacun de ses pas, des milliers de papillons autour de lui, dans des rais de lumière transperçant la canopée… Et c’était juste magnifique… Si beau que je n’ai même pas pensé à prendre de photos ! »

Repartir pour une expédition avec Michel fait partie des prochains projets de Pascal, tout comme retourner dans le sud de l’Éthiopie où il aimerait partir avec son ami Philippe Frey, ethnologue, et surtout aventurier.
Conscient des immenses disparités entre les pays de ce vaste continent, et même à l’intérieur de chacun de ces pays, le grand reporter est bien sûr inquiet de l’avenir pour certaines populations, pour la faune et la flore de cette terre du commencement. Pour lui, on assiste progressivement mais inéluctablement à la disparition d’un monde qu’il souhaite pourtant pouvoir encore arpenter souvent. Ce monde, qu’une femme, écrivaine et aventurière nous résume avec des mots qui résonnent sans doute de façon particulière aux oreilles de Pascal l’Africain : « L’on peut voir pendant des mois le matin se lever sur la brousse, et cette neuve fraîcheur et cette neuve beauté sont des choses à quoi l’on ne peut pas entièrement s’accoutumer. » Vivienne de Watteville (1900-1957) – Lumières d’Afrique

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