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Pourquoi choisir entre street food, alimentation saine, production locale, et bonne musique ? Si l’on en croit les 5 000 gourmands déplacés dimanche sur le corner malgré la pluie, l’association Street Bouche a trouvé le parfait accord.

« On t’invite chez nous ! » me lâche Thierry, quelques jours avant le Corner Street Bouche, juste après s’être assuré que je m’y rendrais. Et effectivement, malgré la pluie et le printemps qui tardait à se montrer, j’ai ressenti une chaleur familière, une fois arrivée place de Zurich. Et les sourires sous les capuches m’ont confirmé que je n’étais pas la seule. Ce quartier, c’est celui de Thierry et Laurent, deux des fondateurs de l’association Street Bouche, que je retrouve derrière le bar.
Ce festival, qui a accueilli 30 000 personnes dès sa première édition, est parti d’une blague, comme me l’a expliqué Thierry. Laurent et lui avaient pour habitude de sillonner les festivals de street food européens et asiatiques. Jusqu’au jour où l’un d’eux lâche, simplement : « Pourquoi pas en Alsace ? ». C’est vrai ça, pourquoi pas ?

Thierry a toujours questionné sa manière de consommer : « J’allais interroger les mecs dans les supermarchés sur les provenances des produits. » Laurent, lui, s’inscrit dans le plaisir pur, une street food de qualité. Les deux s’allient à merveille. Il ne manquait plus que le coup de pouce de Phil, puis d’Alain Fontanel, pour le lancement de la première édition à la Coop en septembre 2016.
Depuis, la forme et les équipes ont évolué, mais le principe de base reste inchangé : « Créer des moments éphémères, avec des restaurateurs qui proposent des produits locaux et sains, dans des lieux différents à chaque édition, pas trop loin du centre, en famille, où l’on peut aller aux toilettes sans galerer… » Aussi pragmatique qu’optimiste, Thierry ne manque pas de rappeler la raison d’être éthique de Street Bouche : allier plaisir et éco-responsabilité.

©Quentin Cogitore

Car Laurent et lui ne s’arrêtent pas aux estomacs : « Dans les festivals qu’on avait testés, t’attends 1h, tu manges ton truc et tu t’en vas. Alors que nous, on propose au public d’y passer la journée. » Ils veulent partager, et en profiter pour sensibiliser. Leur objectif est de faire oublier le raccourci street food = malbouffe, de s’éloigner de l’image réductrice du camion à pizzas et fricadelle. « On a utilisé le créneau du burger pour fédérer lors de la première édition, ça parle à tout le monde, et on a démontré qu’il existait des alternatives de qualité. Mais on a aussi à coeur de présenter les nombreux restaurateurs qui proposent d’autres choses sympas. »

C’est comme si on t’invitait à manger chez nous. Du coup, y’a une bonne ambiance !

On peut y ajouter la musique, indissociable de Street Bouche depuis le premier événement. Thierry et Laurent se sont d’ailleurs rencontrés alors qu’ils mixaient. « C’est comme si on t’invitait à manger chez nous. Du coup, y’a une bonne ambiance ! », précise logiquement Thierry. Jusqu’ici, des DJs intervenaient systématiquement. Par la suite, des concerts devraient même venir étoffer la programmation, sans négliger le lien avec la cuisine.
Avec le Corner, le but était de créer une plus grande récurrence. Le statut d’association* leur apporte la souplesse nécessaire pour évoluer, en limitant les frais et ouvrant l’accès aux subventions, pour les grandes manifestations. Mais leur souhait, depuis le début, est d’être auto-géré. Même lorsqu’ils ont dû mettre en place une entrée payante sur le 1er Corner, 3 200 personnes se sont pressées sur une seule journée, preuve que le public est conquis.

Forts de ces performances, leur dernier challenge est un magazine gratuit : 3 mois de travail, un crowdfunding qui a surpassé les objectifs, 100 pages et 15 000 exemplaires. Le premier numéro paraîtra en mai, mais ils planchent déjà sur les suivants, à raison d’un numéro par saison. Ils seront disponibles dans plus de 250 points de dépôt, de l’Alsace jusqu’à Paris. Par ce nouveau canal, l’association espère pouvoir mieux communiquer sur ses valeurs, ce que les événements ne permettent que partiellement.
Car au-delà des restaurateurs participants au festival, l’association est elle-même engagée dans une démarche 100% éco-responsable. Attenant à leurs bureaux à la Plaine des Bouchers, on retrouve un grand atelier où ils conçoivent eux-mêmes le mobilier pour le festival, conçu à partir de matériaux récupérés. Pour l’année prochaine, ils se sont fixés un objectif 0 déchet, et sont d’ores et déjà en contact avec un prestataire, qui propose des gobelets biodégradables en amidon.

©Henri Vogt

Qu’est-ce que tu voulais devenir, quand tu étais plus jeune ?

Des projets, Street Bouche en a encore plein la tête (et le ventre) : exporter le festival, de nouveaux formats, de nombreux numéros du magazine, des concerts … Et même si Thierry reconnaît dormir peu, être soumis à des contraintes financières et humaines toujours plus pesantes, il n’échangerait pas sa place : « Je suis fier d’être libre, même si je galère. Je fais ce que je veux et ce que j’aime. […] Les gens ont besoin d’un autre travail pour quitter un travail. Mais c’est pas ça ! Il suffit d’avoir envie de faire des choses, de les concrétiser. »
À la question « Qu’est-ce que tu voulais devenir, quand tu étais plus jeune ? », Thierry répond : « J’y travaille toujours ». Et c’est peut être la meilleure façon de présenter Street Bouche : un festival dont la forme ne cesse d’évoluer, fidèle aux valeurs et au travail acharné des membres de l’association.

* Pour plus d’informations concernant le statut d’association, cliquer ici

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