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On frôle l’incident

 

Aujourd’hui, c’est le jour du loyer ! Ce qui veut dire rendre une petite visite à votre logeuse et linguiste préférée, Mme Takahashi… Car oui, ici on paie son loyer en cash, dans une enveloppe avec pour toute quittance un joli tampon. La confiance règne on vous dit.

Cela fait déjà trois fois que vous sonnez à la porte de la vieille dame sans réponse. Mais là vous venez de l’entendre crier dans la cage d’escalier (Madame Takahashi a le verbe haut), elle est donc de retour. Vous vous précipitez dans l’ascenseur et arrivez au rez-de-chaussée, elle doit être en pleine séance d’ikebana (car l’entrée de l’immeuble est toujours décorée de magnifiques arrangements floraux). Chou blanc, elle est dehors, avec le jardinier à arroser la verdure devant l’immeuble.

L’oeil aiguisé de Mme Takahashi

Que faire, avec votre enveloppe en main et votre pot de confiture Ferber (car cette fois vous avez décidé que ça serait à votre tour de la gâter) ? Vous voulez vous acquitter de votre loyer aujourd’hui, un retard serait très mal vu. Comment couper Mme Takahashi en plein jardinage, sans là encore passer pour un rustre, surtout que votre japonais n’a pas franchement progressé ces dernières semaines et que seule cette bonne dame est déjà compliquée à aborder alors qui sait ce que cela peut donner si elle est accompagnée ?…

C’est à ce moment qu’elle décide de rentrer, vous trouvant pile-poil devant elle. Tout sourire, elle vous hurle « konbanwa » (bonsoir), l’œil aiguisé elle a bien remarqué l’enveloppe que vous tenez, mais le jardinier derrière elle pense, lui, que vous vous apprêtiez à sortir et vous tient la porte, se confondant en « dozo, dozo, dozo » (je vous en prie).

furansu kara desu

Ça y est, c’est la paralysie, vous ne savez plus quoi faire entre votre deal de loyer, votre confiture à la framboise de Niedermorschwihr et ce bedonnant Japonais qui se plie en deux comme un automate. Heureusement, Mme Takahashi, qui ne perd pas le Nord, lui fait comprendre que vous ne voulez pas sortir, tout va rentrer dans l’ordre. Vous tendez enveloppe et cadeau en récitant la phrase apprise par cœur, « furansu kara desu » (cela vient de France).

A nouveau panique à bord, vous venez de dynamiter le protocole ! Mme Takahashi ne peut plus embarquer les sous comme ça, il faut qu’elle vous offre à son tour quelque chose. Après une bonne dizaine de « aligato » (merci), elle vous entraîne vers le bouquet qu’elle était en train de composer avant l’arrivée du jardinier et se lance dans un de ces monologues dont elle a le secret. Vous, dans le doute, vous vous contentez de renifler ses pivoines, c’est toujours ça de contenance quand on n’a rien à dire. Mme Takahashi remarque votre intérêt puis résume son laïus par un « Blümen ».

Vous ne savez pas d’où sort cette référence en allemand mais ça au moins vous l’avez compris. Et la fleuriste de vous mettre dans les bras un grand bouquet improvisé avant de partir ranger vos économies et vous coller un coup de tampon. Votre enveloppe vide mais tamponnée, les bras chargés de fleurs, vous reprenez l’ascenseur. La prochaine fois, vous glisserez le pactole sous la porte !

 

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