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Alerte blanche

 

Vous êtes tranquillement au bureau quand soudain vous apercevez par la fenêtre de doux flocons de neige qui flottent dans le ciel. C’est vrai que ce ciel était bien gris mais la neige en plein Tokyo est très rare. La journée suit son cours, vous ne faites pas attention à ce qui se trame dehors, surtout que vous aviez pris soin d’embarquer un bento au konbini en arrivant ce matin.

Snow panic

La nuit tombe (un peu avant 17h00) et vous êtes toujours devant votre ordinateur quand les premiers messages d’alerte arrivent. Des amis tokyoïtes vous bombardent de textos, vous renvoient vers des liens météo, voire même vous prennent en photo leur écran de télévision. Absorbé par votre travail, bien calé dans votre fauteuil avec un thé, vous ne vous étiez pas rendu compte que dehors, la petite brume s’est transformée en véritable tempête provoquant dans toute la ville la snow panic ! Maintenant vous êtes sur le balcon et effectivement, ça tombe dru mais bon, de là à imposer la loi martiale…
De retour à l’intérieur (vous êtes tout de même en chaussettes, on ne va pas s’attarder sur les toits blancs) vous allez consulter les news et effectivement, c’est la panique. Vous apprenez que c’est la première alerte neige en 4 ans et qu’il y a bien 30cm dehors. Le chef de l’agence météorologique en personne (M. Sakiko Nishioka) a lancé, il y a déjà plus de trois heures, un appel à quitter les lieux de travail et ce pour être sûr de pouvoir encore emprunter les transports en commun. 330 vols intérieurs ont été annulés, on dénombre pas loin de 70 blessés (des mauvaises glissades) et les konbinis sont pris d’assaut de peur du manque de nourriture. C’est la panique on vous dit.

 

Une panique toute japonaise, pleine de protocole et bien organisée

Après plusieurs mois à leurs côtés vous avez appris à nuancer les réactions de vos voisins nippons qui en font souvent des tonnes pour pas grand chose (en bon comme en mauvais). Après tout, ces gens sont parés pour les typhons, les tsunamis et les tremblements de terre, un peu de neige ne devrait pas leur faire peur. Confiant, vous vous dites qu’il s’agit là encore d’un emportement à la japonaise et ne tenez pas vraiment compte des mises en garde. Vous aviez tort.
Au moment de quitter enfin le bureau (et avant que votre Wi-Fi de poche ne tombe en panne), le dernier message que vous recevez est celui d’un couple d’amis vous proposant de loger chez eux pour la nuit si jamais ! En baskets dans la neige, quasi seul sur le chemin vers votre station de métro, vous enjambez des branches d’arbres. Là vous commencez à avoir des doutes, mais une fois arrivé c’est clair : c’est bel et bien la panique. Mais une panique toute japonaise, pleine de protocole et bien organisée.

Le quai est vide, et pour cause, le métro est à l’arrêt, bourré de salarymen qui attendent que le conducteur veuille bien mettre la rame en branle. Des annonces en japonais s’enchaînent en continu, vous arrivez à peine à attraper deux mots au vol, celui de la station où vous avez votre changement et celui qui désigne le quai. Le quai est-il bondé ? Attend-on qu’il se vide pour partir ? Y a-t-il un mètre de neige à l’autre bout de la ville ? Que faire ? Sauter dans ce métro et attendre collé-serré ou ressortir fissa se réfugier chez vos amis ? Surtout que rien ne vous promet qu’une fois arrivé à votre changement, le reste du trajet sera assuré.
La sirène se fait entendre, les portes automatiques vont fermer, le souvenir de votre lit douillet vous fait bondir comme un diable hors de sa boîte, on tortille des fesses et vous voilà coincé entre deux inconnus, direction chez vous. Le métro tourne au ralenti et enchaîne les stations à un rythme proche du petit train pour touristes (vous savez, celui qui passe près de notre chère Cathédrale, à Strasbourg) d’ailleurs autour de vous certains n’ont pas hésité à commencer leur nuit, la pression est telle qu’on tient debout sans rien faire. Vous arrivez enfin à votre changement, le wagon projette littéralement tout ce beau monde sur le quai, on grommelle un peu, ça coince à cause d’une sacoche, on a perdu un gant mais dans l’ensemble tout va bien. Des employés redirigent les usagers pour éviter les engorgements et vous voyez le nom de votre correspondance habituelle qui s’affiche au loin.

Boots calling

Au final, ni nuit chez les copains, ni au capsule hôtel, vous allez pouvoir rentrer chez vous. Arrivez dans votre quartier il est tout de même 22h00 passé, tout est calme et reposant sous cette magnifique ouate, vous trouvez même encore à manger sur le chemin et, à petits pas (ça gèle maintenant), vous atteignez enfin votre immeuble. Là, équipée comme une inuit, vous trouvez votre logeuse, Mme Takahashi, qui, pelle à la main, déneige vaillamment ! Vous voulez proposer votre aide mais la voilà qui fixe vos baskets et vous montre ensuite ses bottes. Ensuite elle vous chasse gentiment et retourne à ses travaux de terrassement. Dans l’ascenseur, les pieds mouillés, vous vous dites qu’il faut vraiment que vous achetiez une paire de bottes !

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