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Le grenier du monde

Un trait caractéristique des Japonais est qu’ils sont très précautionneux avec leurs affaires. Ils apprécient les beaux objets et quand ils investissent, ils veulent de la qualité. Bon goût, et soin de ce qui leur appartient : leur pouvoir d’achat combiné à leurs exigences et à leur attention font de Tokyo un véritable grenier du monde.

Vintage way of life

En effet, le vintage ici n’est pas qu’un terme, c’est une façon de vivre. On ne cherchera pas irrémédiablement à remplacer un objet beau et fonctionnel par sa nouvelle version: on utilise, on use, on répare, bref, on conserve. Dans votre quartier, très résidentiel, vous aviez déjà pu entrevoir, un dimanche matin, dans un garage, une vieille voiture de course sur laquelle travaillait son propriétaire (en tenue de mécano assortie). Même chose dans la rue, pas une journée sans croiser une voiture de collection qui semble tout droit sortie de chez le concessionnaire, flambant neuve. À Yokohama, dans la banlieue sud de Tokyo, se trouve d’ailleurs un célèbre garage de passionnés de sports mécaniques et où vous pouvez admirer des véhicules des années 30 en parfaites conditions.

si vous cherchez un objet rare, vous êtes certains de le trouver à Tokyo

Mais ce goût pour les choses anciennes ne s’arrête pas aux belles voitures ou aux belles motos. Ouverts aux influences occidentales, les Japonais aiment les vieilles Ford mais aussi le design scandinave des années 70 et les montres suisses du début 20ème. Dans une gare en rase campagne, vous vous retrouvez ainsi assis sur des chaises signées par un grand designer, même chose dans un bar sans âge où tout le mobilier ressemble à un décor de l’ex-RDA. Des vêtements, des lunettes ou des montres, vous trouvez des accessoires de collection extrêmement rares pour peu que vous sachiez où chercher. Il existe même des quartiers dédiés à chaque univers, du jouet au vinyle en passant par les consoles de jeux vidéo. À cela s’ajoute évidemment l’artisanat local, sculptures, céramiques et autres estampes de la période d’Edo (fin 1800), qu’on trouve dans de petites boutiques sombres tenues par de vieux papys ou de vieilles mamies. Machine à remonter le temps, paradis des chineurs, si vous cherchez un objet rare, vous êtes certains de le trouver à Tokyo !

Au milieu de cette mine d’or on se trouve vite une âme de collectionneur et les week-ends, vous commencez à traquer les lieux où se vendent tous ces petits trésors.  C’est ainsi que vous apprenez l’existence d’un immense marché aux puces qui se tient une fois par mois dans un parking en bord de mer. Sur l’équivalent de deux terrains de foot sont garées les typiques camionnettes nippones qui déchargent les unes à côté des autres leur fourbi. Même sous un soleil de plomb, il faut s’armer de patience, une brocante reste une brocante et tous les stands ne sont pas des vitrines de collectionneurs. Vous retrouvez donc forcément des jouets du Macdonald’s ou des DVD rayés mais aussi, moins classique, des bonsaïs ou des animaux protégés … empaillés (les lois ne sont pas les mêmes et vous pouvez acheter tortues et autres caïmans sans souci). Vous, ces bestioles, vous les préférez vivantes et dans leur habitat, vous passez donc votre chemin à la recherche d’un étalage qui vous parle plus. Après un arrêt ravitaillement (ici pas de pizzas-baguettes mais des brochettes de tentacules), vous repérez un stand avec de vieilles céramiques.

c’est un plaisir de faire des affaires au Japon.

Accroupi au milieu des bibelots, vous trouvez un vase parfait pour l’ikebana, celui-là il est pour bibi ! Ne reste plus qu’à s’enquérir du prix. Ça, vous savez comment demander (ikura desu ka?, prononcez « ikouladesska? »), mais la dame qui tient le stand est déjà en train de discuter avec un autre client. Vous attendez, votre vase à la main, elle termine et vous prononcez votre phrase. La dame vous donne un prix (l’équivalent de quelques euros), vous allez lui dire que vous le prenez mais la voilà qui rediscute avec un autre client. Vous attendez donc pour payer mais quand elle revient vers vous, spontanément, elle vous annonce un autre prix, plus bas ! Mystère du protocole nippon ? Amnésie passagère ? Envie de se débarrasser de son vase ou de vous ? Vous avez presque envie de rester faire le pied de grue, on finira peut-être par vous l’offrir. Vous repartez donc avec votre vase à la moitié du prix annoncé, joliment emballé dans les nouvelles du jour : c’est un plaisir de faire des affaires au Japon.

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