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Le choc des titans

Ce matin en vous habillant vous avez pris soin de choisir une belle paire de chaussettes, car aujourd’hui est un jour spécial : vous allez assister à un combat de sumo. On vous a prévenu, dans le stade de Tokyo, le Ryogoku Kokugikan, pas de strapontins, mais des boxes où vous serez assis en tailleur, à même la moquette.

Car le sumo (littéralement « frapper mutuellement »), est un sport qui a plus de 1500 ans

Avec deux amis, vous arrivez devant la bâtisse, accueillis au bruit du tambour. Autour de vous, on se presse de toutes parts (mais avec toute la politesse japonaise, personne ne resquille).  À l’entrée, des rikishi (« homme fort« , le nom donné aux lutteurs) font bonne figure et posent avec leurs fans. Vous êtes là en effet pour assister à une démonstration, la saison des combats à proprement parler est terminée, l’ambiance est détendue et le public comprend beaucoup d’enfants.
Des rikishi vous en avez déjà croisé dans la rue ou au hasard d’un métro, difficile de les rater avec leur carrure, surtout qu’ici la majorité des gens sont plutôt fins. Pourtant, au-delà de leur bien portance, on reconnaît les combattants à une sorte d’aura. Portant chignon (chonmage) et yukata (kimono léger), ces hommes ont une prestance toute particulière, ils appartiennent à un autre univers. Car le sumo (littéralement « frapper mutuellement« ), est un sport qui a plus de 1500 ans et qui trouve ses racines dans le rite shinto. Un univers empreint de religieux donc, avec ses codes et ses rites.

Une fois à l’intérieur, on vous guide vers votre place en ne manquant pas de vous faire remarquer que vous pouvez acheter à boire et à manger (au Japon, le moindre événement inclut invariablement de quoi se sustenter), puis vous vous installez dans votre carré content de votre choix de chaussettes. Au centre de la pièce trône le dohyo, cette arène de 4,55 mètres de diamètre matérialisée par des ballots de paille. C’est là que tout va se jouer, le but pour les combattants étant d’éjecter l’adversaire hors du cercle (ou de lui faire toucher le sol par une autre partie du corps que les pieds). Pour ce faire, il existe pas moins de 82 prises différentes et vous allez vite comprendre qu’il ne s’agit pas que de pousser de tout son poids. Pour le moment, on s’échauffe, on s’étire (certains font même le grand écart).
Démonstration oblige, plusieurs rikishi s’affrontent amicalement à tour de rôle. Ça discute, ça rigole, on se met des tapes dans le dos. Avec leurs 150 kilos, vous vous dites que vous ne préfériez pas blaguer avec eux !

L’affrontement est aussi rapide que violent, il dure moins de vingt secondes mais est exténuant

Soudain, on entend à nouveau un tambour : le vrai spectacle va commencer. On a prévu quelques petites animations, des enfants jouent avec les combattants, on chante, les officiels font des discours puis vient le moment des affrontements. Là, on ne rigole plus. Ceux qui combattent sous le regard du gyoji (l’arbitre) sont des yokozuna, le rang le plus haut dans la hiérarchie des lutteurs. Même si ici leur titre n’est pas en jeu, ces hommes sont là pour se battre. Avant le combat, le rituel veut qu’on chasse les esprits et qu’on purifie l’arène. Ainsi, on frappe le sol avec les pieds (shiko), on lance une poignée de sel (kiyome no shio) et on prend une gorgée d’eau que l’on recrache (chikara-mizu). Une fois le mauvais sort conjuré, on prend ses marques et le combat commence.
Le premier combat vous l’avez raté. En fait vous avez raté l’action. Un cri, un bruit sourd, un autre cri, c’était fini, un des deux hommes était hors du cercle. L’affrontement est aussi rapide que violent, il dure moins de vingt secondes mais est exténuant. Les deux lutteurs se percutent de tout leur poids, se poussent avec les mains dans une série de coups rapides, voire s’accrochent et se soulèvent par la ceinture (mawashi). Un spectacle d’une force mais aussi d’une vitesse et d’une souplesse impensables pour des gabarits pareils. Vainqueur et vaincu quittent l’arène, stoïques, toujours concentrés. Les yeux écarquillés, vous suivez ces colosses rejoindre les vestiaires, le corps marqué par les impacts.

L’événement terminé, vous et vos amis reprenez le métro. Sur un des écrans du wagon, on diffuse une publicité mettant en scène un jeune homme bodybuildé: vous vous dites que la beauté et la force peuvent prendre bien d’autres formes.

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