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Fleurs et foule

 

Les Japonais portent une attention toute particulière à la nature, le cycle des saisons étant l’occasion de nombreuses fêtes avec au pinacle l’arrivée du printemps et hanami : la floraison des cerisiers. La tradition de hanami (« regarder les fleurs« ) remonte à l’ère Nara (710-794), on célébrait alors l’ouverture des pruniers fraîchement importés de Chine. Il faudra attendre l’ère Heian (794-1185) pour que ce soit finalement les cerisiers (sakura) qui deviennent l’objet de tous les regards. Cette fête concorde avec la saison de la plantation du riz et revêt un double sens, on y célèbre à la fois la vie et son caractère éphémère, la fragile fleur symbolisant le temps qui passe… Reine des fêtes, elle est attendue avec impatience et fait même l’objet d’un bulletin météo indiquant en temps réel le taux d’éclosion des fleurs.

Si en principe hanami est une allégorie de l’existence, c’est en réalité surtout un festival de photographies. La floraison ne durant qu’une quinzaine de jours, les Japonais traquent le précieux arbre rose clair (ou blanc) pour figer le moment, quelle ironie ! Amateurs, téléphone à la main, ou photographes professionnels aux objectifs démesurés, on cherche la composition de carte postale ou le selfie parfait pour son profil Facebook (ou Line au Japon). Mais la tradition veut également qu’on se retrouve entre amis dans les nombreux parcs de la ville pour un pique-nique bien arrosé. Installés (en chaussettes) sur des bâches en plastique bleue, on grignote en admirant les fleurs sans oublier de lever le coude, le tout dans une ambiance bon enfant. Des stands de nourritures sont d’ailleurs installés un peu partout dans les parcs et jardins et l’on y trouve tout un tas de mets sautés, grillés ou crus ainsi que des pâtisseries, roses, évidemment.

La magie d’hanami

Vos amis japonais n’ont pas manqué de vous rappeler ces dernières semaines l’importance de cet événement et c’est tout logiquement que vous avez été invité le week-end dernier à fêter hanami avec eux. Un des membres de la troupe était chargé de réserver un emplacement, aux autres d’arriver ensuite avec le ravitaillement, le premier prenant soin d’envoyer sa position aux autres via son smartphone. Car le parc en question est le Yoyogi Park, un des plus grands de Tokyo et vous pouvez facilement perdre une journée à chercher un Japonais sur une bâche au milieu de quelques milliers de compatriotes. Le samedi de l’invitation vous sortez donc d’une bouche de métro, coordonnées Google à la main, direction l’oasis de verdure en plein quartier d’Harajuku (le temple de la mode). C ‘est là que la vraie magie d’hanami commence.

…des cerisiers à perte de vue, un océan de fleurs rosées

Imaginez une sorte de Fête de la musique mais encore plus concentré en terme de population. Tout Tokyo est quasiment là, aux abords du parc et à peine arrivé dans la rue vous comprenez que l’évanescence de l’instant va surtout se transformer en longues heures d’attente. Vous pensiez faire vos courses dans un konbini sur le chemin, ça tombe bien, la moitié de la rue a eu la même idée et pour peu qu’il y ait eu un cerisier devant la supérette, vous auriez pu vous installer là pour passer l’après-midi. Au bout de 30 minutes à faire la queue, vous entrez enfin dans l’échoppe qui a été littéralement pillée. Il y a tellement de monde à l’intérieur que les pauvres employés n’arrivent même plus à réassortir les rayons. Vous arrivez malgré tout à attraper un paquet de chips et un pack de bières. Enfin sorti de là, vous vous engagez péniblement dans la foule pour rejoindre le parc. Une fois arrivé, l’autre aventure commence car même avec un plan, difficile de retrouver vos amis surtout qu’à un certain point il vous faut slalomer entre les bâches et les gens qui, eux, ont déjà commencé à faire la fête. Il faut dire que le site est splendide, des cerisiers à perte de vue, un océan de fleurs rosées. Alors que vous vous apprêtez à vous asseoir n’importe où tellement vous êtes perdu, vous trouvez enfin vos amis. On vous souhaite la bienvenue en vous tendant à boire et au bout de cinq minutes vous figurez déjà sur une bonne dizaine de photos. La journée s’éternisera et à la nuit tombée, alors que le vent se lève, c’est sous une pluie de pétales que vous rentrerez, toujours accompagné par la foule.

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