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Lettres orientales

Depuis que vous êtes au Japon, une de vos hantises (avec celle d’aller régler votre loyer à votre logeuse) est qu’on vous livre un colis.

Évidemment vous êtes toujours content de recevoir du courrier et encore plus un paquet venu de France (souvent des livres et parfois des mets et autres sucreries), non, le véritable souci c’est quand vous ratez justement ladite livraison vous obligeant à devoir vous rendre à la Poste. Service proprement japonais s’il en est, la Poste et ses fonctionnaires ne parlent pas un mot d’anglais ce qui peut vite s’avérer compliqué quand il faut tenter de savoir où se trouve votre colis ou au contraire en envoyer un. Les traducteurs en ligne aidant, vous arrivez dorénavant à déjouer certains pièges de l’administration mais leurs bureaux restent pour vous le théâtre de toutes vos angoisses.

Pourtant, de prime abord, la Poste japonaise (yubin kyoku) laisse rêveur. Au logo rouge et avec comme mascotte un gros nounours (kawaii !!), ces comptoirs au nombre de 24 000 dans le pays sont ouverts parfois jusqu’à 21h, souvent en continu et même le week-end ! Les livraisons quant à elles se font 7 jours sur 7 et jusqu’à 20h. Un bel exemple d’organisation et de logistique à la japonaise. Dans les bureaux, pas de files d’attente interminables ou de cohue, ici on se saisit avant tout d’un ticket et c’est assis qu’on attend sagement son tour. Attendre est un bien grand mot, il y a effet souvent plus de guichets que de clients et vous serez très rapidement pris en charge (mince, vous n’aurez même pas le temps de réviser dans votre demande en japonais).

Une fois en tête-à-tête avec le personnel, vous présentez avis de passage et carte de résident comme on glisse un sésame à un physionomiste devant une boîte de nuit. A partir de là, deux options : soit le fonctionnaire s’incline et file chercher votre colis (sauvé !), soit on vous presse de questions (aïe !). Avec votre peu de vocabulaire, impossible de savoir pourquoi mais au Japon vous n’aurez jamais deux fois la même interaction. Alignement des planètes, excès de zèle ou panique d’avoir affaire à un gaijin, à force vous ne vous étonnez même plus de ces variations de scénarios et avez appris à improviser. Cette fois, heureusement tout va à l’essentiel, on vous ramène votre carton sans encombre sauf que vous profitez de votre venue pour poster vous aussi un petit pli. Panique, excuses et sortie de comptoir, on vous amène gentiment à celui des envois et on refile la patate chaude à la collègue. Pour elle c’est beaucoup d’informations d’un coup. Un étranger, un colis sous le bras (récupéré ?) mais qui en tend un autre (à envoyer ?), votre entrée en la matière va donner le ton de ce prochain quart d’heure. « Kono yubin butsu o kokubin de Furansu made okuritai desu » (j’aimerais envoyer ce colis en France), demande simple mais à laquelle on vous répond par une longue phrase accompagnée d’un papier à remplir.

Adresse, menu du jour, petit mot d’amour ? Vous ne savez quoi écrire sur ce formulaire quand vous comprenez qu’il vous faut décrire le contenu de votre courrier. A ce moment précis vous regrettez de ne pas savoir dire « masque de beauté en forme de tête de chat » et, pétri de honte, vous lancez dans une séance de mime digne d’un télé-achat. Même si le ridicule ne tue pas, la dame en uniforme prend pitié de vous et tamponne gravement le courrier de ce gaijin aux mœurs étranges. Une fois à la maison, vous ouvrez votre colis. A l’intérieur des bières locales alsaciennes, des livres et un gentil mot d’un couple d’amis qui aimerait beaucoup que vous leur envoyiez des gâteaux traditionnels… Heureusement que le ridicule ne tue pas !

(Re)découvrir l’épisode précédent > Un Alsacien au Japon – épisode 67

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