Billet d’humeur – Oh comme tout me manque encore…

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Oh comme tout me manque encore…

Voici ce qui me vient à l’esprit, alors que nous sommes déconfinés depuis un mois… Tout me semble encore bancal, je me suis encore cassé le nez à la porte d’un musée la semaine dernière (réouvert depuis samedi, en principe), il y a du gel à l’entrée de tous les magasins (sauf à la poste de mon quartier qui n’ouvre que trois heures par jour alors que les barricades de plexiglass sont montées depuis belle lurette et que le comptoir est large, bref… Mes amis reçoivent leurs colis ou courriers très tard, l’un d’en eux très âgé, n’a rien reçu pendant trois semaines. La Poste est première au top 10 des entreprises ayant raté le coche de la réactivité – et du savoir vivre : aucune information sur où acheter des timbres, faire avoir son mandat, bureau fermé et débrouille-toi. Je me suis fait vertement tancée par un chauffeur de bus car j’avais oublié de mettre le masque en montant dans le bus (il avait raison mais il y a la manière…), la ville est sale, les gens se croisent plus froidement que jamais, la cathédrale est ouverte une heure trente le matin pas beaucoup plus l’après-midi (deux heures trente me semble-t-il), je ne parviens pas à comprendre ça, un personnel rogue vous toise à l’entrée et à la sortie, impossible de s’asseoir à l’intérieur sauf dans un coin, je n’ai pas souvenir qu’une église soit aussi peu hospitalière, moi qui ne suis pas croyante.

Je me souviens de mot accueil, juste celui-là, le premier qui me vienne à l’esprit.
Accueil : main tendue, ah non, ça c’est fini, c’est vrai, et moi-même j’évite de le faire. Alors un regard au-dessus du masque avec les si jolies rides du sourire aux coin des yeux.
Sourire ? Les masque transparents vont bien arriver. Mais sourire se sourit aussi dans les yeux.
J’en ai marre qu’on m’accueille comme un chien, j’en ai marre d’avoir la sensation de déranger quand j’entre acheter quelque chose, j’en ai marre de tous ceux qui se plaignent quand il suffit quand même de tourner la tête pour voir qu’il y a plus malheureux, ici et ailleurs.
Accueil, colligere en latin veut dire : cueillir, précédé de ad, qui veut dire vers. Cueille-moi, accueille-moi, voire recueille-moi je veux bien te cueillir, t’accueillir, te recueillir, comme la fleur que tu es par principe, que je te connaisse ou non. L’accueil n’est pas rester figer derrière son comptoir de réception en laissant l’autre se faire tout petit, déjà pétrifié de sa demande à faire qui a toutes les chances de recevoir une réponse désagréable, c’est se préparer à l’autre, s’attendre à l’inattendu. J’entre chez toi, certes donc moi aussi je te respecte, je me désarme devant toi, j’ai besoin de ton conseil, mais je t’apporte aussi quelque chose, un achat, de l’argent, une livraison, une idée, que sais-je ? Et des mots de politesse : bonjour, s’il vous plaît, merci, bon courage.

Hospitalité.
C’est au fond tout ce que j’attends. Etait-ce ainsi durant le trop fameux avant, jamais si bien qu’on veut le penser ? Et le non moins fameux temps d’après alors ? C’est ça ? Des horaires restreints, des visages fermés, des remarques punitives ? Sans doute. Mais alors, rien ne nous sert de leçon ? Rient ne peut jamais changer ?
J’ai pratiqué très longtemps un métier de communication, je sais qu’il est difficile d’être toujours « accueillant », souriant, détendu, empathique etc. J’ai pu être fatiguée ou triste. Mais ce que j’ai constaté c’est que dans les plus mauvais moments pour moi-même, c’est toujours l’autre qui m’a rendu le sourire. Pas d’appli, que je sache, à ce sujet. Mais à ma première terrasse un sourire échangé avec une femme qui mangeait, seule, tout au plaisir de sa dégustation, au soleil. Rien d’autre.
Un sourire. La serveuse rouspétait, le chien mal éduqué d’une jeune fille mécontente s’était laissé aller non loin. Il y avait mon amie en face de moi, que je retrouvais enfin, cette femme non loin de nous, le soleil, nous étions rescapés de notre minuscule tragédie. J’ai souri. Pour rien, pour rien.

 

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