Édito ON36 // Séductions

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« La séduction représente la maîtrise de l’univers symbolique, alors que le pouvoir ne représente que la maîtrise de l’univers réel. »

Jean Baudrillard – De la séduction – 1979

Quand il fallut trouver le titre de ce numéro 36 d’Or Norme, et que pour ce faire, j’en parcourais le sommaire, c’est presque immédiatement que « Séductions » s’est imposé.
Évidemment, les élections municipales (voir page 90), sont un exemple probant de ce que l’exercice de la séduction comporte, à la fois de nécessaire, et pourtant de périlleux, surtout pour l’électeur ! (Séduit ou pas) : comme le dit Pierre Rosanvallon, cité par Thierry Jobard dans son parti-pris sur la séduction (page 120) « être un bon candidat est une chose, être un bon élu en est une autre. »
Sur un tout autre sujet, le #BalanceTonPorc, a, semble-t-il, déclenché un vrai débat sur le futur de la « séduction à la française », et pas que chez les hommes ! On se souvient ainsi que Catherine Deneuve et cent autres personnalités féminines ont signé une lettre dénonçant le mouvement comme une offense à la galanterie et à la séduction françaises, pointant que le féminisme en France serait devenu vulnérable au puritanisme américain, considéré comme un affront au libertinage français.
Le débat n’est bien sûr pas le même quand il s’agit de la condition des femmes dans une société tout entière. (Lire le témoignage de Laura Martin sur son expérience en Inde, page 60).
En revanche, ce que nous montre l’évolution des rapports hommes/femmes en Amérique du Nord ou en Asie doit en tout cas nous interpeller, pour que, tout en étant impitoyables face aux comportements de violeurs et de prédateurs sexuels, nous n’obérions pas pour longtemps les relations, et donc les rapports de séduction entre nous. Il n’y jamais loin du Capitole à la Roche Tarpéienne, et la séduction peut très vite basculer vers la répulsion, retournement d’émotion classiquement vécu à l’issue d’une belle histoire d’amour.
Et la séduction dans l’art alors ? N’est-ce pas peut-être là qu’on peut le plus aisément la réconcilier avec l’authenticité ?
Pablo Picasso disait que « c’est dans le travail d’une vie que réside la véritable séduction ». Dans ce numéro vous aurez l’occasion de vous faire une opinion sur le sujet, en vous laissant notamment surprendre par le Grand Entretien que Nikos Aliagas nous a accordé, à l’occasion de l’exposition à Strasbourg de son remarquable travail de photographe (page 12), et en vous attardant sur l’interview de Wim Wenders au sujet de l’événement Hopper chez Beyeler (page 38).
Ce qu’un artiste nous propose avec son œuvre constitue souvent un miroir, symbole ultime de la séduction envers soi-même : se séduire, s’aimer, avant de pouvoir séduire, aimer l’autre.
La séduction comme preuve de l’amour, et pour paraphraser Baudrillard, à l’opposé du pouvoir.

Patrick Adler
Directeur de la publication

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