Le FEFFS ne s’est pas dissout dans le Covid

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Si l’édition 2020 du Festival européen du film fantastique de Strasbourg a été annulée en raison des conditions sanitaires, Daniel Cohen et ses équipes ont réussi à mettre sur pied une belle programmation d’événements: les 18-20 septembre, 30 octobre-1er novembre et 27-29 novembre auront lieu les Week-ends du fantastique avec des longs-métrages inédits, des films de rétrospectives et des courts-métrages dans toutes les salles de cinéma de la ville. La passion des organisateurs ne s’est pas dissoute dans le Covid…

Rencontré à la mi-juillet dernier, le directeur-fondateur du FEFFS, Daniel Cohen, nous a une nouvelle fois épaté par la passion incroyable qui l’anime dès qu’il parle de son cher Festival. Et pourtant, notre question introductive avait la gaieté d’un soir de brouillard dans la banlieue de Washington, filmé par William Friedkin, juste avant l’apparition de la silhouette de Max von Sidow en ombre chinoise : on lui demandait ni plus ni moins de nous raconter comment la décision d’annuler l’édition 2020 avait été prise.

Pas démonté pour un sou, Daniel Cohen détaille les événements des derniers mois : « Cette décision finale est survenue en juin dernier mais elle s’est élaborée au fur et à mesure du confinement et de l’évolution de la situation sanitaire. On est passé par des stades successifs quelquefois incroyables : pour l’anecdote, j’ai été tous les quinze jours en visio-conférence avec mes collègues organisateurs de festivals du même type en Europe, notamment ceux qui avaient un événement en septembre également: Lisbonne, Vienne ou en novembre avec les organisateurs de Trieste. On s’est marré plus d’une fois en réalisant qu’on changeait tous d’état d’esprit en l’espace de deux semaines, en fonction bien sûr des informations que nous avions. On constatait qu’on était raccord sur une formule puis l’un d’entre nous disait : mais, dis donc, on n’avait pas dit complètement le contraire il y a quinze jours ? Au début du confinement, on s’est dit qu’on avait de la chance d’organiser le FEFFS en septembre, car nos pauvres collègues de Bruxelles ou Amsterdam, prévus en avril avaient bien sûr annulé direct. Cannes en mai et Neuchâtel en juillet ont annulé eux aussi. Mais au fil du temps qui passait, on s’est aperçu qu’il était de plus en plus probable que nous allions devoir annuler le festival, du moins sous sa forme traditionnelle avec la richesse de notre programmation qui est vraiment notre « marque de fabrique », des projections sur dix jours et cette grosse programmation événementielle sur le domaine public qui est bien connue des Strasbourgeois. Ensuite, on s’est dit: qu’est-ce qu’on fait ? Pas question de travailler sur la très grosse rétrospective que nous envisagions puisque il était déjà évident que nous n’aurions aucun réalisateur ou acteur venant de l’étranger puisque les compagnies aériennes étaient toutes à l’arrêt que qu’à l’évidence, rien ne reprendrait normalement avant longtemps en matière de transport aérien. Bref, il nous a fallu faire preuve d’imagination,… en restant humble et prudent. Ne prendre aucun risque sur le plan sanitaire, bien sûr, mais aussi sur le plan financier. Notre association organisatrice ne pouvait pas se permettre le moindre écart dans ce domaine… »

« On s’est finalement arrêté sur cette formule de trois week-ends de trois jours, en septembre, octobre et novembre poursuit Daniel Cohen. « La ligne habituelle du Festival sera respectée puisqu’on aura des films de genre, horreur, fantastique, science-fiction, thriller. On aura aussi des films d’animation, de rétrospective sur différentes thématiques avec des sorties de films classiques remasterisés. Du côté de la venue de réalisateurs, on s’est promis de faire le maximum en fonction de l’ouverture des frontières et des vols disponibles. on va traiter ça au cas par cas et évidemment, on sait très bien que tout ce qu’on pourra imaginer ou développer sera toujours susceptible d’être remis en cause au dernier moment. On n’y peut rien, c’est comme ça… »

La culture, cette grande oubliée…

De lui-même, Daniel Cohen engagera ensuite une vraie réflexion sur le secteur de la culture en France. « La culture a été le parent pauvre des décisions qui ont pu être prises depuis le printemps dernier » commente-t-il. « Un très long délai a été nécessaire pour commencer à parler des intermittents du spectacle et encore, au détour d’une conférence de presse un rien surréaliste de notre président de la République. Des zones très floues subsistent encore au jour où je parle (le 13 juin dernier -ndlr). Et puis n’oublions pas aussi que dans le domaine culturel, des tas d’indépendants ne bénéficie pas du moindre statut et sont en grande souffrance. On a l’impression que la culture est peu considérée alors qu’outre son importance dans la construction d’une société, son poids économique en France est considérable. Supérieur à celui de l’industrie automobile, par exemple, et pourtant cette dernière a été considérablement et très rapidement aidée par les mesures gouvernementales… En fait, je crois qu’on a encore à faire avec beaucoup de préjugés comme la culture qui, au fond, ne serai qu’un simple divertissement avec un faible impact économique, malgré des études précises et récentes qui prouvent lumineusement le contraire. Ces préjugés-là me semblent encore bien ancrés, du coup la culture est reléguée très loin dans l’ordre de priorité des questions à régler. On a vu que tous les pays n’ont pas réagi de la même manière : on a vu en Allemagne, par exemple, une très forte et immédiate mobilisation d’argent public en faveur des institutions culturelles. C’était d’autant plus impressionnant que la tradition d’argent public dans la culture paraissait plutôt jusqu’alors une exception française… Je crains beaucoup, pour finir, les effets de ces manques dans les politiques publiques dans les années à venir : une baisse des subventions publiques serait catastrophique, après les effets de la crise économique qui vont aussi sans doute remettre en cause les partenariats aves les entreprises privées… Notre société croit-elle encore au rêve, à l’enrichissement culturel personnel ? Notre société est-elle encore une société d’espérance ? Je me pose vraiment ces questions-là, maintenant… » conclut le directeur du FEFFS.

 

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