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Le phénomène Yea !

Ses trente Smart affichent orgueilleusement le logo Yea ! depuis un an à Strasbourg et facilitent la vie de nombre d’adeptes du partage de véhicules. Rencontre avec ce jeune cinquantenaire à qui l’audace n’a jamais manqué au moment de faire des choix importants pour lui-même ou pour les autres…

Il a posé ses valises à Strasbourg il y a vingt ans et notre petit doigt nous dit qu’il n’est pas pressé de les reprendre. Né en région parisienne, Jean-Baptiste Schmider a tour à tour été administrateur de compagnies de théâtres (une activité découverte alors qu’il était objecteur de conscience, à l’époque du service militaire encore obligatoire) puis consultant en management, formation et gestion de projets. C’est d’ailleurs cette dernière activité qui l’a amené à Strasbourg pour répondre aux besoins en matière d’organisation de la CUS. « Strasbourg m’a plu immédiatement » se souvient-il. « J’ai aimé l’animation, ce monde très cosmopolite, ces rencontres multiples que j’y ai faites en peu de temps. Alors, quand la collectivité m’a proposé un contrat à plein temps, je n’ai pas hésité ! »

Quand la voiture devient un problème

Une première expérience parisienne avait déjà bien refroidi la famille Schmider. « A un moment, on avait eu l’idée de quitter la capitale pour la banlieue. La maisonnette, le jardinet… ça nous avait tentés. Mais très vite, les trois heures de transport par jour nous ont gavés. A Strasbourg, nous avons tout de suite emménagé dans l’hypercentre. Au bout de deux ou trois ans, on s’est posé la seule question qui compte : au fait, a-t-on vraiment besoin d’une bagnole ? La réflexion n’a pas été longue. A part emmener notre fille une fois par semaine faire du poney à Eckwersheim, on ne l’utilisait pas. Quelquefois même, on oubliait où on l’avait stationnée ! Irrationnel, cet objet qui coûte cher, qui occupe de la place et qui est donc quasiment inutile dans une ville où le tram est hyper performant. Je n’étais pas le seul à vivre cette situation, d’autres parents d’élèves que je côtoyais avaient le même raisonnement… »

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Le beau parcours de l’auto-partage à Strasbourg

Ils ont donc été une poignée qui sont allés au bout de leur raisonnement et de leurs convictions. Une vingtaine qui ont chacun avancé 2500 F de l’époque pour acheter trois voitures d’occasion stationnées au parking des Halles. « Il a fallu beaucoup évangéliser » se souvient Jean-Baptiste. La Ville, le Conseil général nous ont aidés avec quelques subventions. Au départ, Roland Ries n’était pas très convaincu, il n’hésite pas à le rappeler aujourd’hui en riant. L’alternance municipale ne nous a pas affectés : l’auto-partage, n’est ni de droite, ni de gauche, c’est intelligent ! En 2002, en fin de contrat avec la CUS, je suis devenu tout naturellement  directeur d’Auto’trement. J’étais absolument convaincu que ça pouvait marcher… »

L’audace de la poignée de pionniers a en effet payé. Et tout s’est enchaîné quasi naturellement : 2003 a vu la naissance du réseau national Citiz (France Auto-Partage à l’époque) à l’initiative de la structure strasbourgeoise qui a poursuivi son développement, créant notamment le premier abonnement combiné avec la CTS.

L’arrivée de Yea ! au début de l’été dernier a représenté un sacré challenge à réaliser. « Nous sommes un peu passés sous les radars médiatiques qui se sont focalisés sur l’adaptation du modèle parisien de Vélib » raconte Jean-Baptiste. « Autolib de Bolloré a cartonné sur Paris et est devenu la référence là-bas. Nous savions que des contacts avaient lieu entre cet industriel et la Ville de Strasbourg. Il nous a fallu beaucoup phosphoré pour rester innovants. Et tout ça  a débouché sur Yea !, nos trente Smart qu’on peut utiliser en toute liberté et laisser là où on veut, dans le périmètre qui leur est pour l’heure dédié. Yea ! représente la vraie souplesse et la flexibilité qui nous était demandées. Le bilan est assez formidable : on a gagné 700 nouveaux utilisateurs en un an et atteint 10 000 trajets. On a dépassé une utilisation par jour et par voiture. Notre objectif reste deux et demi à trois utilisations/jour/voiture. Les moins de trente ans représentent la moitié des utilisateurs… »

L’aventure ne s’arrêtera pas là. Dans un an, le projet de Yea ! prévoit la mise en service de 70 à 80 véhicules supplémentaires et l’extension de la zone desservie au niveau de l’Eurométropole.

De quoi réjouir l’innovant Jean-Baptiste Schmider : « C’est sûr, vingt ans comme ça, c’est le pied » sourit-il. Tout ce que je vis me correspond intimement, j’exprime mes valeurs personnelles, mon mode de vie est celui-là. Je continue à m’éclater, à approfondir, c’est passionnant. Je n’ai pas oublié les débuts où je connaissais personnellement les 400 premiers abonnés ! (grand éclat de rire). Aujourd’hui, je gère l’innovation et je fais en sorte qu’on garde une longueur d’avance, le tout sans céder aux sirènes de la pseudo-modernité : on a des vrais voitures et on sert de vrais salaires, nous ! » conclut-il l’œil malicieux, en faisant allusion au thème « en vogue » de l’uberisation de la société…

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Photos : Médiapresse

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