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Fondateur de la société de numérisation et d’indexation Numerize, Boris Coriol a eu le nez creux il y a dix ans en se lançant sur ce marché alors balbutiant. Aujourd’hui, le jeune PDG de 32 ans, père de 3 enfants, peut se targuer d’être leader français de la numérisation des registres d’état civil.

Il se rêvait pompier de Paris ou opticien. Le bac en poche, Boris Coriol passe avec brio les deux concours mais doit patienter quelques mois avant de commencer l’une ou l’autre activité. Quelques jobs en intérim plus tard, il tombe par hasard sur une boîte de numérisation d’archives luxembourgeoise, qui vient de décrocher la numérisation du livre foncier Alsace-Moselle. Très vite il gravit les échelons : d’opérateur à responsable de production, il apprend sur le tas un univers qu’il voit tout de suite, « comme un métier d’avenir. La révolution numérique commençait. Cette société était l’une des seules entreprises en France à proposer ce service. À l’époque, il y avait six scanners dans le monde : quatre à la Walck et deux chez Google à la Sillicon Valley ! ».

Depuis 1792, cela en fait des états civils à numériser… Et indexer.
Mais en 2007, la société se fait racheter et retourne au Luxembourg. Du haut de ses 22 ans, Boris ne l’entend pas de cette oreille. « Je me suis dit que l’Alsace avait un patrimoine hyper riche et que je pouvais répondre à une demande locale des musées, des mairies, des notaires… J’ai fait une petite étude de marché, et je me suis lancé. » Avec le soutien de sa famille, Boris acquiert trois scanners de compétition. Un premier pour les registres doté d’un balancier et d’une caméra sur le dessus permettant de traiter 3000 à 6000 pages par jour.
Un deuxième plus « classique », pour scanner des pages A4 à raison de 100 à 150 pages la minute. Et enfin un scanner à plans pour numériser les grands formats type des musées ou des bibliothèques en 2 à 5 minutes.
« Au départ, j’ai démarché les entreprises du Bas-Rhin et les maires du département pour leur montrer l’intérêt de sauvegarder en version numérique les registres d’état civil dont ils ont la responsabilité, rappelle-t-il. Depuis 1792, cela en fait des registres dans chaque commune ! Et au fur et à mesure, on s’est rendu compte que des pages étaient arrachées par des gens qui souhaitaient les conserver pour eux. Il existe des copies dans les tribunaux mais elles ne sont pas forcément à jour. » Deux ans plus tard, Boris innove en proposant aux maires d’indexer toutes les données de l’acte afin de faciliter les recherches. Il crée alors Numerize Madagascar et embauche à ce jour quelque 650 salariés pour la saisie des données.

PDG, papa, marathonien…

« Chaque acte compte trente-quarante champs à saisir, précise le PDG. C’est impossible financièrement de faire faire ça en France. En revanche, j’ai mis un point d’honneur à n’embaucher que des Malgaches. » Pour repérer les erreurs inévitables sur des heures de saisie, il invente la « double saisie » avec un opérateur arbitre pour trouver l’éventuelle faute. À ce jour, Numerize compte 4500 mairies clientes, faisant de la société de Bischwiller le leader du marché. « On a du mal à suivre la demande, toutes les semaines on découvre de nouvelles commandes. Nous avons d’ailleurs eu de grosses difficultés résolues depuis peu car la banque a décidé de nous lâcher car on grandissait trop vite… » Fonceur, le marathonien n’a jamais baissé les bras. « Je n’ai pas peur d’affronter le danger, on s’est accroché. On est passé d’un chiffre d’affaires de 20 000€ la première année à 1,6 million d’euros cette année. La banque nous disait de réduire l’activité. Ce qui était impossible, nous devions réinjecter le bénéfice dans le matériel. » Il y a peu la Banque publique d’investissement décide de les suivre. « On a aussi la chance d’avoir des clients qui payent… Même si les délais de paiement sont longs. Avec un creux d’activité, on aurait fermé. Mais on a persévéré sans aucun accompagnement. »
Grâce à son mental d’acier et au sport, le jeune papa de 3 enfants de 5 mois à 10 ans, trouve l’énergie nécessaire pour continuer. Tous les matins, il fait une à trois heures de vélo. À midi, il nage. Le soir, il court. « Je vais offrir un abonnement à mes collaborateurs pour qu’il fasse du sport entre midi et deux, c’est important pour leur équilibre. » Boris n’a que 32 ans, mais une maturité que beaucoup pourraient envier. Et les idées qui fusent.

Un coffre-fort numérique pour les entreprises

Prochain projet en date ? La création d’une « Numerize box » à l’attention des entreprises, une sorte de coffre-fort numérique où toutes leurs données seront dématérialisées pour faciliter le travail des experts comptables, des RH ou des big boss… Boris Coriol prévoit également de déployer des succursales de Numerize dans cinq ou six villes françaises d’ici à 2019 pour travailler avec les entreprises en direct.
Autre chantier d’envergure : accompagner les communes dotées d’une maternité qui doivent obligatoirement passer à la numérisation et intégrer le dispositif Comedec : « L’Etat a décidé de se moderniser, et c’est très bien ainsi », commente le PDG. Et quand tous les états civils seront numérisés ? « D’ici 5-6 ans, on aura en effet réalisé une grosse partie de l’état civil, mais il y aura toujours autre chose : les délibérations, les permis de construire, les fiches de payes, les demandes des mutuelles… » Et un Boris Coriol capable de donner des boîtes à outils à chacun pour retrouver en un temps éclair une précieuse information…

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