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« La nature a horreur du vide… Alors, nous, on fonce ! »

Repérés au début de l’année dans le cadre des lauréats de Tango&Scan, un appel à projets innovants financés chaque année par l’Eurométropole de Strasbourg, Manuel, Yannick, Joël et Johan, quatre jeunes trentenaires, ont décidé une bonne fois pour toutes que leur start-up commune se bâtirait à Strasbourg et pas ailleurs. Et tout ça pourrait bien se développer autour d’une ingénieuse… lampe de vélo !

A première vue, c’est une lampe de vélo au design moderne (et très évolutif puisque, magie du numérique et de l’impression 3D, on peut le choisir, couleur comprise). Là, sans vouloir se faire prendre en grippe par les quatre trentenaires, on est encore dans le banal, tant les nouvelles techniques deviennent si vite courantes, finalement…

Non, la véritable innovation est invisible. Et c’est toute une histoire…

Vélo géolocalisé

Il y a quatre ans, Manuel Yguel, qui habitait déjà à Strasbourg mais travaillait alors à Karlsruhe sur des projets de véhicules autonomes « trackés » par GPS, s’est tout à coup brutalement énervé après avoir constaté que pour la troisième fois en moins d’un an, son vélo avait disparu. On a beau être plusieurs dizaines de milliers dans ce cas chaque année dans la capitale française du vélo, ça peut mettre en boule !

A quelque chose malheur étant bon, l’idée de pouvoir « tracker » le vélo dérobé afin de le situer matériellement après le vol est née ainsi. Etudes et sorties de prototypes se sont alors enchaînés, en parallèle avec l’incontournable application permettant d’exploiter le système.

C’est un autre de la bande des quatre, Yannick Jost, qui nous détaille l’ensemble du dispositif : « D’abord, du côté fonctionnel de base, cette lampe de vélo présente l’avantage de détecter automatiquement les transitions jour/nuit et elle éclaire dès que le vélo est en mouvement. S’il est manquant, alors son propriétaire peut, via le net, activer le système embarqué. Le vélo n’est donc pas « tracké » en permanence, ce afin de respecter la vie privée. Les objets connectés peuvent être très intrusifs dans nos vies, il faut veiller à ne pas devenir des esclaves de la technologie » souligne Yannick. « Dès l’activation de la recherche, l’appli va géolocaliser la position du vélo. Nous sommes tributaires, pour cela, du réseau GPS et des cinq mètres d’incertitude qu’il génère. Pour pallier à ca et permettre de localiser très précisément le vélo, l’utilisateur peut activer à distance, à partir de son smartphone, un bip assez fort qui est couplé avec le clignotement de la lampe. »

De l’ingéniosité à revendre

L’idée trouvée, les prototypes fabriqués, l’appli a vite été crée et testée. Pour autant, il fallait bien un réseau local efficace pour permettre au système de fonctionner. Le vrai « casse-tête » a été là. « On a pas mal essayé les différents systèmes de communication, mais il y avait toujours des problèmes, soit en matière de portée, ou alors de coût d’usage » se souvient Manuel. « Notre travail d’équipe a permis de trouver les solutions pour que ce réseau existe et fonctionne parfaitement… »

Voilà pourquoi ces fous d’innovation passent en ce moment pas mal de temps… sur les toits de Strasbourg. «  » On termine le maillage de la ville en LoRa, mais en version communautaire, comme le FreeWifi. Chacun étend le réseau et bénéficie de la connexion des autres et donc peut véhiculer les signaux des applis comme celle qui trace les vélos. Mais notre réseau est ouvert, les possibilités sont infinies… ». Une vingtaine de boxes sont en fonctionnement et maillent complètement Strasbourg intra-muros, chacune de ses boxes rayonnant sur 1,5 km.

Les enjeux

« Aujourd’hui, notre travail consiste essentiellement à dénicher les capitaux pour l’avancée définitive de notre projet » poursuit Yannick. « Les capitaux, voilà le point crucial qui attend toutes les start-up au tournant. « Il y a un énorme retard à Strasbourg dans ce domaine car l’écosystème d’investissement dans les startups n’est pas mûr ici. Mais on ne se plaint pas, on n’attend pas que tout tombe du ciel tout cuit. On est en train de rencontrer quelques gros industriels de la région et on a bon espoir qu’ils adhèrent à notre démarche. Nous, on propose un nouveau modèle auquel ils n’ont pas pensé, donc ça vaudrait peut-être le coup qu’on tente quelque chose ensemble…».

« Il nous faudrait 200 000 € pour créer une ligne de production pour que notre lampe à vélo soit disponible à un prix commercialement acceptable » nous précise Manuel. « Pour l’instant, Strataggem vend le matériel de réseau qu’il a déjà développé mais heureusement qu’on est soutenu à fond par nos familles respectives. En 2013, on a convenu, mon épouse et moi, que je me donnais trois ans pour gagner de l’argent avec nos idées. Elle a cru à ce projet et nous vivons depuis sur son seul salaire. On va y arriver même si, aujourd’hui, le seul dans la boîte qui soit payé est notre jeune stagiaire. On se donne six mois pour pouvoir dégager nos premiers salaires. Tous les quatre, on est très bien ensemble, on s’apprécie… »

Yannick opine de la tête et rajoute : « Chacun d’entre nous s’admire, voilà ! En fait, chaque jour, on se dit qu’on a bien fait tous les quatre de travailler ensemble… »

A l’autre bout de la grande table de son appartement qui, pour l’heure abrite la matière grise de Strataggem, Manuel acquiesce, tout en déballant le fromage de la savoureuse raclette qui va ponctuer cette belle rencontre…

STRATAGGEM | Or Norme

deux des designs possibles

STRATAGGEM | Or Norme

de gauche à droite : Joël et un exemplaire de la lampe à vélo, Manuel qui tient une des boxes du réseau et Yannick, l’incontournable tablette entre les mains. Le quatrième créateur de Strataggem, Johan, ne figure pas sur la photo…

Pour en savoir plus : www.strataggem.com et facebook.com/strataggem

Photos : Mediapresse – DR

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