À la galerie avec Frédéric Croizer
Une galerie d’art contemporain qui déménage et en profite pour tripler sa surface d’exposition : voilà qui est rarissime à Strasbourg, ville à la réputation redoutable pour les galeristes, dont beaucoup ont jeté l’éponge depuis longtemps. Découvrez le pari plein d’audace de la galerie Radial Art Contemporain et son créateur Frédéric Croizer.
Fred Croizer, c’est avant tout l’histoire d’un passionné d’art contemporain qui a trimballé son sac à dos sur les chemins de traverse les plus déroutants avant de se fixer à Strasbourg. L’intéressé raconte volontiers sa rencontre la plus déterminante : « Quand je vivais à New York, ma meilleure amie était journaliste et elle était la représentante du magazine Art Actuel pour tout le marché de l’art contemporain aux États-Unis. Avec elle, nous sommes allés à peu près partout où ça bougeait ; elle m’a ouvert plein de portes et fait connaître beaucoup d’artistes. Ma motivation pour ce métier est née là. Je peux dire que les innombrables briefings de visites d’expos que nous faisions systématiquement ensemble quasiment chaque soir ont fortement contribué à ce que je suis devenu ensuite… »

Radial Gallery, 4 Rue de la Douane à Strasbourg ©DR
Radial, seize ans déjà
À son arrivée à Strasbourg en 2010, le jeune quarantenaire n’avait pour autant aucune idée précise en tête si ce n’est « se poser et réfléchir à l’avenir ». L’occasion de ce vieux local du quai de Turckheim à l’orée de la Petite France était donc à saisir, d’autant qu’un appartement juste au-dessus faisait partie du bail. « Après maints travaux d’embellissement absolument impératifs, c’est là qu’est née l’idée de la galerie » se souvient Fred. Et quand on le questionne aujourd’hui sur son bilan, le fondateur de Radial réalise un superbe salto plein de malice : « Serge Hartmann (le journaliste des DNA, alors responsable du service Culture – ndlr) m’avait baptisé “le galeriste suicidaire” en raison de mes choix artistiques. Il n’avait pas tort, je crois, mais en attendant, pour un suicide, c’est un suicide plutôt réussi, non ? » rigole-t-il. La véritable surprise est survenue très vite : « Mes premiers clients n’ont pas été des Strasbourgeois ou des Bas-Rhinois comme je l’avais imaginé, mais plutôt des gens que je connaissais déjà et qui vivaient en Allemagne ou en Suisse. Leurs achats réguliers m’ont permis de tenir le choc et mon réseau s’est plutôt développé grâce à eux. La part de Strasbourg dans mon chiffre d’affaires est donc restée marginale… »

Bodo Korsig, oeuvre textile en feutre, 400 × 228 cm, 2026 ©Abdesslam Mirdass
Le nouveau Radial
En triplant sa surface d’exposition disponible, Fred Croizer a pour principal objectif de pouvoir enfin exposer toutes les oeuvres dont il dispose en stock, lui qui, sans le crier sur les toits, a réalisé le rêve de nombreux galeristes : voir les artistes créer spécialement pour sa galerie, « un privilège d’ordinaire réservé aux plus grands d’entre nous » souffle-t-il. Son opiniâtreté, sa rigueur professionnelle et la fidélité à ses engagements transpirent déjà dans son expo inaugurale White flag où pas moins de 21 artistes qu’il suit depuis très longtemps ont accepté d’exposer leurs créations pour la réouverture du lieu. « Cette grande salle accueillera donc l’expo temporaire comme je le faisais auparavant avec trois fois moins de surface, et la seconde salle, tout en longueur, me permettra d’exposer les oeuvres de mon stock, par roulement. Un stock visitable, quoi… » Le véritable objectif, Frédéric Croizer l’exprime en quelques mots : « Je sais où je veux aller. Je suis certain qu’à Strasbourg, en Alsace et aussi du côté des Vosges, il existe toute une clientèle qui n’a encore jamais osé pousser les portes d’une galerie d’art contemporain. Mon boulot est qu’ils entrent ici, beaucoup seront interpellés et quelquefois séduits par ce qui tombera sous leurs yeux, j’en suis intimement persuadé… »

©Abdesslam Mirdass