Éric Kaija Guerrier, la voie intérieure

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Dossier paru dans Or Norme N°61

Le café Brant est calme, presque en retrait du monde. Éric Kaija Guerrier parle vite, pense vite, relie des univers que l’on n’associe pas spontanément : Georg Wilhelm Friedrich Hegel, les mystiques rhénans, les rituels maçonniques. Chez lui, tout converge vers une même idée : celle d’un chemin intérieur, exigeant, presque invisible.

Musicien et auteur, fondateur et ancien membre du groupe Weepers Circus, il ne vient pas à la franc-maçonnerie par tradition, mais par une quête intellectuelle. « Je suis arrivé à la maçonnerie par la philosophie », explique-t-il. En explorant la pensée de Hegel, il découvre l’influence de Jacob Böhme et, à travers lui, tout un héritage spirituel encore vivant. Cette découverte agit comme un déclencheur. Initié à Strasbourg en 1998, il s’inscrit aujourd’hui dans la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique « Opéra ». « Très vite, c’est devenu quelque chose d’intérieur », confiet- il. « Ce qui m’intéresse, c’est une dimension verticale, vécue. »
Dans cette perspective, les rituels prennent une épaisseur particulière. « Ce sont des formes qui agissent », insiste-t-il. Le passage par les épreuves initiatiques, puis la figure d’Hiram (mentionné dans la Bible, il est l’architecte du Temple de Salomon), constituent autant d’étapes d’un processus de transformation. Une traversée.
Dans la tradition du Rite Écossais Rectifié, cette lecture prend une dimension explicitement spirituelle. « La Passion, la mort et la résurrection ne sont pas seulement des symboles. C’est une matrice initiatique », expliquet- il. Ce qu’il décrit n’est pas un savoir au sens classique, mais une expérience. « C’est une perception du réel », précise-t-il. La tenue maçonnique devient alors « un temps hors du temps », un espace où le rituel agit comme une liturgie, à condition d’y entrer pleinement. Cette exigence irrigue également son travail artistique, où se croisent initiation, transformation et sacralité.

« La Passion, la mort et la résurrection ne sont pas seulement des symboles. C’est une matrice initiatique. »

©Christophe Urbain

 

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