L’année de la consolidation|IS2026

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Article publié dans le hors-série Terriennes, paru en mai 2026

Internationaux de Strasbourg, Quarantième ! 2026 a un goût d’anniversaire pour le troisième tournoi de France, les Internationaux de Strasbourg. Une année de consolidation aussi pour le tournoi qui entre dans sa troisième année en catégorie WTA 500.

Hausse de la fréquentation, locaux réhabilités, météo clémente, plateau ultra relevé : 2025 a définitivement installé les IS comme un tournoi majeur ?

Denis Naegelen : C’était une très belle édition, avec le meilleur tableau de l’histoire des IS, comptant trois TOP 10, la TOP 12. On salue aussi la victoire d’Elena Rybakina, aujourd’hui numéro 2 mondiale – elle est passée devant Zwiatek – et qui a remporté dans la foulée le Masters et l’Open d’Australie. Elle avait obtenu une wild card au dernier moment… Les IS sont le marchepied de Roland-Garros. On est parfois surpris, comme pour la victoire de Barbora Krejcikova qui n’était pas une tête d’affiche et qui dans la foulée a remporté Roland-Garros. On ne peut pas jouer un tournoi comme le nôtre sans être une excellente joueuse. Notre plateau compte toujours de futures stars.
Jérôme Fechter : Nous avons aussi atteint les 40 000 spectateurs, soit une hausse de 45 % par rapport à 2025. On peut aller encore plus loin grâce aux courts 1 et 2 qui comptent 1 500 places avec des matchs de niveau exceptionnel.

Denis Naegelen ©Laetitia Piccarreta

À un mois du tournoi avez-vous des noms de joueuses à nous donner ?

J.F. : Les inscriptions se font toujours en dernière minute, mais nous avons déjà la confirmation des Françaises Loïs Boisson (35e) et Diane Parry (91e), Magdalena Frech (38e), et Barbora Krejcikova (52e). L’année dernière, lors de la clôture des inscriptions (trois semaines avant le tournoi), les vingt premières joueuses classées rentraient automatiquement dans le tableau. La moins bien classée était à la 35e place mondiale. Cela signifie qu’il y avait 20 joueuses parmi les 35 meilleures mondiales déjà inscrites. Le tableau de 32 joueuses était complété par les qualifications, les wild cards et les places libérées par les têtes de série exemptées de premier tour. Certaines wild cards, comme Jessica Pegula, figuraient parmi les meilleures mondiales.

Il faut dire que vous avez aussi la réputation de particulièrement les chouchouter…

J.F. : Nous avons obtenu une très bonne note des joueuses, de 4,1/5 alors que nous avions eu 3,3/5 l’année d’avant. La moyenne des tournois WTA 500 est à 3,9. Cela montre qu’elles se sentent comme dans un petit havre de paix. Elles apprécient la proximité de l’hôtel, la facilité de déplacements, surtout quand elles arrivent de Rome où elles passent 1h30 dans le trafic pour rejoindre le stade. Nous tenons à leur bien-être. Nous avons cette année créé une Quiet zone pour se relaxer avec les services du Head Spa Tohi Kéal, un nouvel espace de fitness sur un court intérieur en partenariat avec One fitness…

Le lifting du Tennis Club de Strasbourg est-il suffisant pour accueillir un tournoi dans le TOP 20 mondial ?

Christophe Schalk : Il nous faudra un jour un nouveau stade. Le bâtiment fonctionne, les conditions de travail sont correctes, et cela profite 50 semaines par an aux adhérents du Tennis Club de Strasbourg… Nous avons aujourd’hui besoin d’un stade, qui serve à d’autres événements, pour mieux accueillir le public et limiter le dispositif d’exploitation, notamment l’installation des gradins, qui s’élève à un million d’euros. Cela en coûte la moitié pour les autres tournois qui ont un stade.
J.F. : Cela n’aurait pas de sens que le stade ne profite qu’aux IS, mais nous avons besoin d’un stade pérenne de 3 000 places, avec une capacité d’extension en période de tournoi. Il y a un vrai besoin de restructurer toute la zone, le Rhénus, cet ensemble sportif magnifique mais qui a besoin d’être modernisé. C’est un vrai projet à mener avec la nouvelle municipalité.

Jérôme Fechter ©Chryslène Caillaud

Quel est le rôle du nouvel investisseur Philippe Dabi qui a récemment fait la Une pour avoir sauvé la Maison Gainsbourg de la faillite ?

D.N. : Nous avons ouvert notre capital pour lever des fonds, et cela a intéressé Philippe Dabi, partenaire du Paris Football Club (PFC).
C.S. : C’est un investisseur qui a fait toute sa carrière dans le médical. Depuis qu’il est en retrait, il s’intéresse au sport et aux émotions liées au sport. Ce n’est pas un partenaire au sens classique avec une visibilité sous sa marque.
D.N. : Il nous partage son expérience d’entrepreneur. Ses investissements vont stabiliser nos difficultés de trésorerie, car investir plusieurs millions d’euros depuis deux ans nécessite de marquer le pas. C’est quelqu’un qui aime le sport, et le sport féminin – le PFC s’est engagé pour les équipes féminines. Il aime faire passer des caps et aujourd’hui, nous en passons un, nous avons besoin de nous renforcer.

Vous avez également plusieurs nouveaux partenaires majeurs, à commencer par Mammotion, leader mondial de robotique domestique. Comment s’est noué ce partenariat ?

C.S : Mammotion est notre presenting partner. Ils ne cherchent pas à vendre des tondeuses à gazon à Strasbourg, mais une visibilité nationale voire européenne, un porte-voix.
J.F : Leur période-clé est le printemps, ils ont signé plusieurs tournois en Europe, dont Strasbourg. Le modèle économique des IS repose sur le sponsoring et l’hospitalité. C’est le plus gros partenariat que nous avons signé depuis le début du tournoi. Cela ouvre de nouvelles perspectives.

©T.C

À l’image du nouveau partenariat signé avec Mercedes-Benz.

D.N. : Mercedes-Benz vient de signer le plus gros deal de l’histoire de la WTA, le « WTA Tour drivers by Mercedes-Benz », dans l’objectif d’être le transporteur officiel de tous les tournois 1 000 et 500. En Europe, ils ont choisi Strasbourg pour son engagement écoresponsable, car le groupe s’est tourné vers l’électrique et les nouvelles mobilités.

Justement, le tournoi ne cessant de grossir, arrivez-vous à maintenir vos engagements écoresponsables ?

D.N : Cela reste un engagement fort pour les IS. En 2025, nous avons choisi de compenser notre émission de CO2 d’une autre manière que par la reforestation, les arbres mettant 20 ans à pousser. On a travaillé avec ReSoil, reconnue par l’ADEME, qui accompagne les agriculteurs pour une production sans produits chimiques. Nous continuons à être extrêmement attentifs au process de l’événement, et avons réalisé cinq bilans carbone en quinze ans. Nous travaillons sur les mobilités, en offrant des réductions pour ceux qui prennent les transports. Mais aussi sur les repas, en supprimant progressivement tous les fournisseurs au-delà de 40 km. Pour exemple, la moyenne en France d’un repas gastronomique est de 2 200 grammes équivalent carbone. Nous, on est toujours en-dessous de 500. Nous sommes quatre fois moins polluants. Par ailleurs, nous trions les biodéchets jusque sur les courts de tennis où les joueuses ont une poubelle dédiée, en vue de leur méthanisation.

Maintenez-vous vos engagements pour les enjeux sociétaux ?

D.N. : Nous avons une responsabilité d’être utile à la région et à notre ville. Nous avons ouvert notre tournoi aux quartiers défavorisés. Nous avons des partenariats avec l’association Fête le Mur de Yannick Noah pour former des jeunes aux métiers d’arbitre ou de ramasseur de balles. Nous accueillons trois fois plus de sièges réservés PMR que l’obligation légale et on dédie la journée du mardi au handicap. On essaye de faire passer des messages aux chefs d’entreprise pour qu’ils accueillent davantage de personnes en difficulté.

Vous ajoutez cette année un nouvel engagement pour le Tennis Santé.

D.N : Le docteur Alexandre Feltz à Strasbourg a été précurseur sur les questions du sport santé. Le concept Prescri’Mouv permet aux médecins de prescrire de l’activité physique. On a fait en sorte que le tennis rentre dans les sports prescriptibles. Pendant la semaine, nous allons inviter 40 médecins et 40 dirigeants de clubs pour les inciter à devenir des clubs labélisés Tennis Santé. Nous organiserons trois animations de Tennis Santé dans la Fan Zone gratuitement pour montrer les bienfaits du tennis sur le corps et le mental.

Les Internationaux de Strasbourg ont en effet cette particularité d’offrir une expérience au-delà de la compétition sportive internationale.

C.S : Les gens viennent en effet pour le sport, pour l’ambiance, pour le site. Les IS marquent le début de la belle saison. C’est sympa chaque année d’avoir les témoignages de gens qui se sont rencontrés aux IS et ont travaillé ensemble par la suite. Nous sommes un hub de mise en relations où les gens s’invitent, se réinvitent, se recroisent.

Christophe Schalk ©Laetitia Piccarreta

Prévoyez-vous de marquer le coup pour cette 40e édition des IS ?

JF : Il y aura des célébrations pour fêter et remercier tous ceux qui ont participé à son histoire : les directeurs de tournoi, les bénévoles, les ramasseurs de balles. On projettera un film avec des images d’archives de l’INA. Et une grande soirée le lundi soir, potentiellement avec les joueuses.

Le grand public pourra-t-il participer aux festivités ?

JF : Oui il y aura des animations et des concerts. On travaille avec De la Food pour une offre de foodtrucks écoresponsables. Une billetterie spéciale permettra aux gens de venir déjeuner aux IS entre midi et deux sans payer d’entrée.