Last Train – Rock will never die

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C’était juste avant Noël dernier, une poignée d’heures à peine avant un de leurs derniers concerts de leur triomphale dernière tournée, à La Laiterie à Strasbourg. Difficile de les coincer ces quatre zèbres, ils donnent tout à la scène et à leurs fans du monde entier. Une déception cet après-midi-là, le chanteur, a déclaré forfait pour l’interview, devant impérativement préserver sa voix bien trop sollicitée ces derniers temps pour le concert du soir. Une déception bien vite surmontée : ses trois compères ont assuré avec un entrain très sympa. Et puis, ça nous donnera sans doute l’occasion de les revoir au complet cette fois-ci parce que notre petit doigt nous dit qu’ils ne sont qu’à l’aube d’un fabuleux parcours…

 

Fin décembre dernier. On est rue du Hohwald face à La Laiterie, dans les locaux du label Deaf Rock (dont on vous reparlera prochainement dans Or Norme parce qu’il semblerait que ça innove pas mal dans ces murs-là…). En jetant un coup d’œil par la fenêtre, avec ce pont de chemin de fer qui barre l’horizon, les murs tagués et le fin crachin froid qui dégouline du ciel, on se croirait presque dans un quartier de l’East End londonien.
C’est donc un très bel endroit pour une rencontre avec le groupe Last Train. Et notre première hâte est de savoir d’où provient une telle montagne de talent…

Tout le monde continue à écouter du rock…

« On s’est connus tous les quatre au collège de Dannemarie, dans le Sundgau » se lance Tim, le bassiste. « C’est une rencontre tout à fait classique de quatre potes de onze ou douze ans qui sont dans une même classe de collège ». « On a très vite fait de la musique ensemble » poursuit Antoine, le batteur. « Certains de nos potes faisaient du foot le mercredi, nous c’était la musique, chez Antoine d’ailleurs. Nos parents nous y convoyaient en voiture… » complète Julien, le guitariste qui est aussi le réalisateur vidéo des clips du groupe, mais on y reviendra…

Manque donc Jean-Noël, le guitariste et chanteur : « Il préserve sa voix, il est obligé… » s’excuse Tim qui mesure bien notre déception de ne pas avoir le quatuor au complet comme prévu mais qui nous confirme que « oui, si vous voulez venir l’année prochaine nous rencontrer à Lyon (où le groupe est basé -ndlr), c’est OK… » Une heure plus tard, à la fin de l’entretien, on lui confirmera qu’on ne manquerait ça pour rien au monde tant on a eu alors la confirmation que ce Last Train-là n’est pas près de se mettre en grève et promet encore de très, très beaux voyages sonores.

Jean-No

Une question nous titille depuis un bon moment et on réussit à la glisser en espérant ne pas trop passer d’entrée pour un vieux con de soixante-sept ans qui est tombé tout petit dans le rock : comment des mecs qui ont aujourd’hui 24 ans et qui avaient 11 ans à l’époque de leurs premiers accords ensemble, ont-ils tout de suite décidé que leur trip musical serait le bon vieux rock ? C’est Tim qui se colle le premier à un début de réponse : « Je crois que les ados, les jeunes, et même tout le monde continuent à écouter du rock, en fait. On le voit dans nos concerts : devant nous, il y a des gamins de dix ans avec leurs parents, des jeunes de seize ans des lycéens, des étudiants… » « On l’a vu aussi dans le ferry quand on est allé en novembre dernier en Angleterre » se souvient Julien. « Nous on voulait juste dormir mais eux ils écoutaient de la zik, même que ça nous emmerdait un peu, mais bon (rires) … Il y avait du rap et plein d’autres trucs actuels mais le rock revenait souvent. Des trucs que nous on écoutait au collège… »
Antoine est sûr de ce qu’il pense : « Bon, de toute façon quand t’es ado, il y a des trucs par lesquels tu es obligé de passer. Et le rock en fait partie. Un ado normal, il n’est pas toujours très content, il se révolte contre plein de choses. Et il rencontre le rock comme ça… À la base, on s’est rencontrés tous les quatre autour de cette musique et c’est parti comme ça, voilà… »
Et les voilà qui enchainent tous les trois les noms mythiques, comme des vieux briscards : « Quand t’a mis le doigt dans l’engrenage, c’est parti ! Tu te rends compte qu’il y a un monde à découvrir… Tu entends un morceau des Beatles et juste après, tu prends conscience de la discographie monstrueuse qui te reste à écouter, c’est incroyable… » dit Tim. Et Julien en rajoute une jolie couche, sur une thématique carrément inattendue : « En faisant du rock, on s’est aussi décalés par rapport à notre époque. Quand on était au collège puis au lycée, nos potes écoutaient la radio et il y avait ce RnB qui était omniprésent. Je pense que le fait de nous sortir de ce truc-là nous a permis de réfléchir par nous-mêmes en quelque sorte et de chercher, en fait. On est toujours aujourd’hui dans cette recherche de nouveaux sons… » Et Tim de se souvenir : « Quand je piratais les MP3, je me suis retrouvé avec des montagnes de trucs à écouter, c’était impressionnant… Je ne m’en suis jamais lassé… »
Rock’n Roll will never die. On savoure…

Tim

 Il n’y avait bien souvent que quelques dizaines de spectateurs

En les écoutant nous raconter leur essentiel, on a hâte qu’ils en arrivent à ce succès magique et pour une large part non programmée qui a fini par leur tomber dessus assez vite, au fond. « On a fait des concerts dans notre coin jusqu’à nos 18 ans puisque, de toute façon, on n’avait pas le permis et qu’il fallait compter sur nos parents pour nous trimballer aux quatre coins de la région » raconte Antoine avec plein de fraicheur. « On va en profiter pour faire un petit coucou à Jean Stempfel, un mec qui nous a aimés et aidés » se met à raconter Tim. « Il donnait un coup de main à quelques groupes de jeunes du coin, il nous servait de manager, ce qui était un grand mot mais je crois qu’il avait compris qu’on avait quelque chose, quoi… C’est grâce à lui et son énorme camping-car qu’on s’est mis à jouer un peu plus loin que notre région natale… ». Jean, si tu nous lis…

Est alors venu, il y a à peine quelques années, le temps des tournées régionales, puis nationales (même si « il n’y avait bien souvent que quelques dizaines de spectateurs » se souvient Julien) et tout ça grâce au travail de Jean-No, l’absent du jour, qui s’est alors mis à booker les dates du groupe. Et puis, début 2014, survient un moment charnière où les quatre se posent LA question, la seule question qui vaille : on a terminé nos études, quelle décision on prend maintenant. Un espèce de STOP ou ENCORE, d’où est heureusement sorti le jeton ENCORE…
« Alors on s’est dit qu’on avait quelques mois pour monter notre première tournée européenne et on a foncé » raconte Tim, « un truc quasiment inimaginable où on voulait partir plus de deux semaines dans tous les pays d’Europe…»
Le plus fort, dans tout ça, c’est qu’au moment de cette décision, le groupe était loin d’avoir tous les morceaux qu’il fallait et qu’il ne pouvait compter que sur lui-même pour booker ses dates. « Jean-No a travaillé des soirées et des nuits entières sur tout ça sur la base d’un énorme listing de toutes les salles envisageables et aussi en regardant de près comment certains groupes régionaux avaient fait avant nous pour tourner en Europe » se souvient Julien.
Côté album, il y a eu un EP de deux titres sorti tout spécialement pour cette première grande tournée (« On le vendait 2€ à l’époque » précise Tim). Et Julien intervient en rigolant : Tiens, j’ai appris hier qu’il se vend 200 balles sur internet…).

Plus de trois cent dates en trois ans

Mais c’est cette fameuse méga-tournée de trois ans qui a suivi qui impressionne le plus. Comment fait-on pour encaisser trois cents dates en trois ans, au Japon, au Canada, aux États-Unis, en Chine, en Inde… plus les très gros festivals et même un festival créé tout spécialement par et pour eux à Lyon ? La réponse de Tim est étonnante : « Et bien, contrairement à ce qu’on pourrait penser, on n’a quasiment jamais été sur les rotules en train de se demander comment ça allait pouvoir continuer. On avait une telle rage pour être à fond dedans, on était complètement focus dans le truc, c’était Last Train non-stop et on n’est jamais rentrés nous plus de deux ou trois jours consécutifs ! » Julien précise : En même temps, le peu qu’on était à la maison, on travaillait dans un fast-food. Alors, quitter ce travail de merde pour reprendre la tournée en van avec tes potes, c’était un vrai kif… »

C’est aussi à partir de ces années-là que nait l’idée de maitriser au maximum tout le processus issu du succès du groupe. C’est la création d’une boîte de production, Cold Fame Records, où Jean-No -et ses désormais cinq collaborateurs, à Lyon- fait preuve de son talent de logisticien et d’organisateur. De la contrainte initiale (« C’est tout simple, au début, on n’avait personne… » sourit Tim), les quatre complices, encore plus soudés à grands coups de décisions communes, en sont peu à peu arrivés à cette maîtrise globale qui fait leur force, aujourd’hui. La preuve avec ce clip de The Big Picture (10mn30 !), réalisé par Julien, à grands coups d’images d’archives de concerts de l’adolescence et plus récentes, une boule d’amitié et de tendre nostalgie qui a tout dévasté sur son passage quand le groupe a décidé de le balancer tout de suite en ligne au début du mois d’août dernier, une belle manière de teaser la sortie de leur nouvel album…

Antoine

Une critique dithyrambique…

Enfin, on en vient à aborder le travail de création musicale, tout spécialement en évoquant ce somptueux deuxième album, The Big Picture, sorti l’an passé. Parce que là aussi, parvenir à être aussi créatif tout en soutenant un tel rythme de spectacles, c’est un peu une énigme… Antoine répond : « Nos premiers EP et notre premier album, Weathering, il faut bien reconnaitre qu’on les a faits quand on était sur la route. Du coup, ils avaient un côté très cash, très scène. On a quand même fait une pause dans la tournée fin 2017, pendant dix mois, on a exploité au maximum les idées de Jean-No qui avait commencé à travailler sur quelques morceaux durant la tournée… » Julien renchérit : « On est tellement soudés tous les quatre, alors quand on se voit quasiment toutes les semaines pour faire deux ou trois grosses sessions de répétition, ça va assez vite au final…» 

Enregistré en Norvège (« On a eu le mood pour l’endroit et le studio et pour une fois on a été sédentaires un long moment » disent-ils), The Big Picture a reçu un très bel accueil d’une critique souvent dithyrambique : Francis Zegut (RTL2) déclare que « Last Train est la meilleure chose qui soit arrivée au rock français depuis Noir Désir », Dom Kiris (OUÏ FM) parle de la « sensation rock hexagonale », Les Inrockuptibles confirment qu’ils « redorent le blason du rock tricolore » et Rolling Stone parachève le feu d’artifice en parlant d’eux comme la « sensation rock que la France n’attendait plus… »

Parce qu’ils ont quand même un concert à assurer dans à peine quatre heures maintenant et que la sacro-sainte « balance » les attend en face à La Laiterie, on sait qu’il nous reste très peu de temps pour parler de ce phénomène Last Train qui est en train d’irriguer la scène musicale française. « On n’est pas les mieux placés pour parler de ça » dit Tim. « En tout cas, ce qu’on sait, c’est qu’entre ces trois cents dates de tournées et la quarantaine de dates de cette année, quelque chose nous est arrivé : on a grandi, on s’est posés à un certain moment, et il y a eu un truc avec le public : on joue de plus en plus devant des salles sold-out, pleines à craquer, comme ce soir à Strasbourg… » «En tout cas, on sait qu’on va continuer à travailler dans cette recherche de la perfection qu’on s’impose, ce perfectionnisme c’est ça qui fait sens à nos yeux… » rajoute Julien.

Après, quasiment en se levant pour se saluer parce qu’il fallait vraiment qu’ils y aillent maintenant, on s’est mis à parler de la quintessence de la création, de ces moments où on jubile si fort intérieurement parce qu’on sait « qu’on y est » mais il a bien fallu se quitter et on s’est dit que forcément, il y aurait une autre rencontre dans pas très longtemps, à Lyon ou ailleurs, parce que bon, un feeling comme ça, c’est vraiment pas tout le temps……

Et le soir, la voix de Jean-No a tenu et ils ont fait un carton à La Laiterie…

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