Michel Gerhart « La franc-maçonnerie est une transformation de Soi »
Dossier paru dans Or Norme N°61
Ancien « Grand Expert » de la Grande Loge de France, Michel Gerhart, 79 ans, revient sur plus de cinquante ans de parcours maçonnique. Entre expérience personnelle, quête spirituelle et attachement au rituel.
Si vous deviez expliquer à quelqu’un qui n’y connaît rien ce qu’est la franc-maçonnerie, que lui diriez-vous ?
« C’est une expérience extraordinaire dans une vie. D’abord par les liens fraternels que l’on tisse : ils sont profonds, durables. Mais c’est surtout un travail sur soi. Une transformation réelle. J’ai changé – en prenant du recul, en apprenant à lâcher prise. Ce que certains appellent une “transmutation ontologique” : passer du moi, de l’ego, à quelque chose de plus profond, que j’appelle le Soi. Et cela apporte une forme d’apaisement, vis-à-vis de soi-même et des autres.
Cette transformation passe notamment par le rituel. Quel rôle joue-t-il ?
Le rituel est fondamental. Il fonctionne par répétition, comme un ancrage. À force de le pratiquer, il devient naturel, presque inscrit en vous. Mais attention : il ne s’agit pas de répéter mécaniquement. Il faut chercher le sens. Derrière chaque mot, il y a quelque chose à comprendre. C’est une démarche intérieure.
Vous évoquez une quête spirituelle. Comment la définir dans votre parcours ?
Je suis croyant, mais très critique visà- vis des religions institutionnelles. Pour moi, ce sont des constructions humaines. La franc-maçonnerie m’a permis de développer une relation personnelle avec ce que nous appelons le Grand Architecte de l’Univers – ou, comme je préfère le dire, un “principe”. Cela évite de figer les choses dans une image ou une définition. C’est une spiritualité sans dogme, mais avec une véritable exigence intérieure.
« L’idée est simple : se transformer soi-même pour agir ensuite, en tant que citoyen, dans la société. »
Qu’est-ce qui caractérise la Grande Loge de France dans ce paysage ?
La Grande Loge de France s’inscrit dans une tradition qu’elle a su conserver malgré les évolutions historiques. Sa particularité est d’être une maçonnerie spiritualiste et traditionnelle, centrée sur la transformation de l’individu. L’idée est simple : se transformer soi-même pour agir ensuite, en tant que citoyen, dans la société.
Vous évoquez souvent l’initiation. Peut-on en parler sans la trahir ?
C’est très difficile. L’initiation est une expérience personnelle, presque indescriptible. Je peux en parler, mais je ne peux pas transmettre ce que l’on ressent. Ce que je peux dire, c’est que l’initiation ébranle. Elle ouvre une porte. Mais le véritable travail commence après.
Quel rôle la franc-maçonnerie peut-elle encore jouer aujourd’hui ?
On ne peut pas arrêter une société lancée à grande vitesse. Mais on peut s’y adapter en restant fidèle à des valeurs. La franc-maçonnerie peut apporter du sens, en encourageant des comportements simples, mais essentiels : le respect de l’environnement, l’attention aux autres, une certaine éthique personnelle. C’est une manière de revenir à l’essentiel.
Qu’est-ce qui pousse encore aujourd’hui à entrer en franc-maçonnerie ?
Le désir, toujours. Souvent, ce sont des personnes qui ont réussi leur vie, mais qui ressentent un manque. Une forme de quête : une profondeur, une spiritualité, une transcendance. Et c’est une belle démarche, à condition qu’elle soit sincère. »

Chez Michel Gerhart, le rituel se vit comme une expérience autant qu’une réflexion. ©Christophe Urbain
Un passage, une épreuve, un chemin
L’initiation maçonnique marque une entrée dans un chemin et, souvent, le franchissement d’une épreuve. Elle met symboliquement le candidat face à lui-même, dans une expérience qui peut déstabiliser autant qu’elle éclaire. Comme dans La Flûte enchantée, où les personnages doivent affronter des tourments pour accéder à la lumière, elle ouvre un passage plutôt qu’elle n’apporte des réponses. Car en franc-maçonnerie, l’initiation n’est pas une fin, mais un commencement. Le travail s’effectue dans la durée.
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