Prix Strasbourg 2026 : les premiers lauréats d’un prix littéraire engagé
Les Prix Strasbourg ont dévoilé le 25 août 2026, à la Bibliothèque Alsatique, les lauréats de leur première édition. Portées par le groupe EBRA, les Bibliothèques idéales, et le groupe Crédit Mutuel, ces distinctions dotées de 55 000 euros veulent défendre des œuvres engagées et installer un prix de référence hors de Paris.
« On ne voulait pas d’un prix parisien. » Mathilde Reumaux, directrice d’EBRA Éditions, résume ainsi l’ambition des nouveaux Prix Strasbourg, imaginés avec le festival des Bibliothèques Idéales et financés par le Crédit Mutuel.
Premier prix désigné à l’unanimité, le Prix Strasbourg Bibliothèques Idéales revient à Yannick Haenel pour La solitude des professeurs est infinie (Gallimard). L’ancien enseignant y revient sur ses années dans les collèges de banlieue parisienne, à travers un jeune professeur confronté au manque de moyens, à la violence et à la solitude.

Marion Dubreuil remporte le Prix Strasbourg EBRA avec Pelicot, un procès pour l’Histoire (Futuropolis). Chroniqueuse judiciaire et dessinatrice, elle restitue par le dessin le procès des viols de Mazan. Le jury a retenu le caractère « dérangeant » de l’ouvrage et cette manière de mener une enquête journalistique autrement.
« L’ouvrage d’une vie »
La principale surprise vient du Grand Prix Strasbourg Crédit Mutuel. Initialement pensé pour distinguer un écrivain pour l’ensemble de son œuvre, il revient finalement aux journalistes russes Roman Badanine et Mikhaïl Roubine pour Le Tsar en personne (Les Arènes). Le livre figurait dans la sélection du Prix EBRA. Ses quelque 800 pages, fruit de plus de vingt ans d’enquête et de centaines d’entretiens sur Vladimir Poutine et son système, ont convaincu le jury de le sortir de sa catégorie. « Ce n’est pas une œuvre d’une vie que nous récompensons, mais l’ouvrage d’une vie », résume le jury composé de journalistes, de passionnés du livres, salariés d’EBRA et du Crédit Mutuel, et de bénévoles. Le choix fut lui aussi unanime.
Enfin, le Prix Strasbourg Espoir CIC distingue Thélyson Orélien pour son premier roman C’était ça ou mourir (Grasset), l’odyssée d’un professeur haïtien contraint de quitter son pays face à l’emprise des gangs. Le jury a salué une écriture qui traite l’exil sans réduire son personnage à sa condition de migrant, tout en conservant humour et ironie.

55 000 euros de dotation
Les dotations atteignent 20 000 euros pour le Grand Prix, 15 000 euros pour les prix EBRA et Bibliothèques Idéales, et 5 000 euros pour l’Espoir CIC. Un montant rare, qui ne doit rien au hasard.
« Ce sont des prix qui respectent les auteurs », souligne François Wolfermann, directeur des Bibliothèques idéales, rappelant la difficulté actuelle à vivre de l’écriture. Le festival revendique aussi des formats ouverts, du roman à l’essai en passant par l’enquête dessinée.

Les partenaires des Prix de Strasbourg souhaitent désormais inscrire le rendez-vous dans la durée et en faire « un grand prix de référence pour la francophonie littéraire ». Les distinctions officielles seront remises le 29 septembre durant la rentrée des Bibliothèques Idéales, au sein de l’église Saint-Guillaume de Strasbourg.
