ST-ART, l’art de durer
Article publié dans Or Norme N°62 (septembre 2026)
ST-ART est née ici et n’a jamais vraiment quitté ses racines, même en partant à la conquête de la Bretagne. Voilà trois décennies que la foire fait de Strasbourg une capitale de l’art contemporain accessible, exigeante et vivante.
Trente ans, c’est à la fois une performance rare dans le paysage des foires françaises et une promesse tenue. Cette manifestation a en effet su se réinventer sans jamais renoncer à ses convictions fondatrices : exigence artistique, pédagogie et accessibilité.
Rétrospectivement, les chiffres donnent le vertige. Plus de 3 000 galeries accueillies, un demi-million de visiteurs, 50 000 oeuvres exposées dont 700 vendues en moyenne chaque année. Derrière ces volumes, c’est pourtant une autre arithmétique qui compte : celle des premières fois. Première acquisition d’un collectionneur intimidé ; première participation d’une jeune galerie ; première reconnaissance d’un artiste repéré ici avant d’être consacré ailleurs… Kamel Mennour, qui compte aujourd’hui trois galeries à Paris et une à Londres, a fait ses premiers pas dans une foire d’art contemporain sous les nefs du Parc des Expositions de Strasbourg.
ST-ART n’est pas de ces foires qui empilent. Elle sélectionne, avec un comité artistique indépendant dont la composition dit déjà beaucoup : Georges-Michel Kahn, collectionneur et galeriste spécialiste de l’abstraction, présent depuis 1998 ; Rémy Bucciali, dernier graveur éditeur en taille-douce de France, fidèle depuis 1997 ; Stéphanie Pioda, historienne de l’art et journaliste. Un trio de passionnés qui choisit les galeries, avec la complicité de Carole Schaller. « L’année dernière, on en comptait 60. Ce n’est pas un manque mais un choix éditorial : on préfère en avoir moins mais mieux pour garantir la qualité, laisser le temps de la découverte et inspirer confiance aux acheteurs », explique la responsable des salons culturels chez Strasbourg Évents, forte de huit ans d’expérience dans la galerie 1900-2000 à Paris. « Trop de stands peuvent vite submerger et changer la nature de la visite. On peut vite basculer de la posture de l’acheteur à la visite muséale, moins propice à l’achat », complète Christophe Caillaud-Joos, directeur général de Strasbourg Évents. Cette rigueur n’empêche pas la fidélité : les galeries Ritsch-Fisch et Arnoux sont là depuis les origines ou presque. Et des galeries de la trempe de Denise René ou Suzanne Tarasieve y ont posé leurs cimaises. En 30 ans, tous les pays ont été représentés dans les allées de la foire régionale.

Souhire Ehresmann, Carole Schaller et Christophe Caillaud-Joos. ©Salomé Dollinger
Démystifier sans dévaluer
ST-ART ne soutient pas seulement les artistes, elle fait aussi naître des collectionneurs. Lancé en 2025, l’espace ST-ART your collection ouvre la porte aux premiers pas : une sélection d’oeuvres proposées par les galeries participantes à moins de 1 000 euros.
Exigeante dans le choix, accessible dans le prix. « ST-ART, c’est le début », sourit Christophe Caillaud-Joos. Le début d’une collection, d’une relation à l’art, d’une confiance en son propre regard. Car chaque achat, quel qu’en soit le montant, commence par le même geste : poser les yeux sur une oeuvre et se dire que c’est elle.
La pédagogie, autre pilier de l’accessibilité
Visites guidées gratuites animées par des étudiants en histoire de l’art, partenariats avec la HEAR et le CERFAV, panneaux explicatifs intégrés au parcours, remise en avant d’un ADN historique lié au verre… Pour cette édition anniversaire, la soirée d’ouverture du 10 novembre 2026 accueillera également Hector Obalk, dont le spectacle Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures a déjà conquis près de 200 000 spectateurs.
Le flair pour les talents avant l’heure
Depuis 2024, le Prix de la Jeune Création Européenne, co-créé avec la SAAMS, distingue un artiste de moins de 35 ans basé en Europe, proposé par les galeries participantes. Karine N’guyen Van Tham, lauréate 2025, a depuis exposé à la Biennale de Venise. « Elle a livré un témoignage bouleversant en expliquant en quoi ST-ART et ce prix ont changé sa vie », se souvient Souhire Ehresmann, directrice de ST-ART et des manifestations Strasbourg Évents. En 2026, c’est Jonathan Tignor, représenté par la Pigment Galerie (Barcelone), qui porte cette flamme. À la clé : une dotation de 2 000 euros et un stand en solo-show offert. La Fondation François Schneider, partenaire historique dédiée à l’eau, a de son côté révélé Bianca Bondi, nommée au Prix Marcel Duchamp 2025.
Cap sur la Bretagne
En janvier dernier, ST-ART a franchi les frontières de l’Alsace pour poser ses valises à Rennes. 23 galeries, dont sept bretonnes, plus de 4 000 visiteurs… Un succès inattendu et déjà une deuxième édition confirmée pour 2027 ! Cette aventure illustre la capacité du modèle à voyager sans se trahir. Une troisième destination ? « Uniquement si le projet a du sens et peut s’appuyer sur une véritable identité territoriale. Mais on ne le fera pas à tout prix », sourit Christophe Caillaud-Joos. C’est peut-être là, finalement, ce qui distingue ST-ART après 30 ans : une certaine idée de la mesure.

En 30 ans, ST-ART a accueilli 500 000 visiteurs, 50 000 oeuvres et plus de 3 000 galeries ©Bartosch Salmanski