Strasbourg veut bâtir son avenir économique

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Article publié dans Or Norme N°62 (septembre 2026)

En créant un Conseil métropolitain de l’économie, l’Eurométropole ne veut pas se contenter d’installer une nouvelle instance de dialogue. Inspirée des méthodes de l’entreprise, elle ambitionne de rapprocher durablement élus, dirigeants, universitaires et acteurs du territoire pour faire de la création de valeur le moteur de son développement. Un changement de culture autant que de gouvernance.

Strasbourg sait raconter son patrimoine, ses institutions européennes, sa qualité de vie. Plus rarement son économie. C’est précisément ce récit que la nouvelle équipe municipale entend réécrire. « L’économie doit être au coeur d’un projet de société », résume Nathalie Roos, ancienne dirigeante internationale de Mars, Lipton ou L’Oréal, aujourd’hui chargée de concevoir le futur Conseil métropolitain de l’économie. « On continuera évidemment à parler de Strasbourg pour son histoire, sa culture ou ses institutions européennes. Mais il faut aussi que demain on parle d’une ville innovante, capable d’exercer un leadership économique européen et d’aider l’Europe à rayonner dans le monde. »
Cette ambition s’inscrit dans la volonté affichée par Catherine Trautmann de replacer le développement économique parmi les priorités du mandat. La création du Conseil métropolitain de l’économie, présentée le 9 juin 2026 au Club de la Presse, constitue la traduction opérationnelle de cette orientation. L’objectif n’est pas seulement de consulter davantage les entreprises. Il est de modifier la manière dont la puissance publique construit sa stratégie économique.

Favoriser l’économie

Le lancement du Conseil métropolitain de l’économie, le 9 juin 2026, marque le point de départ d’une nouvelle démarche de concertation entre l’Eurométropole de Strasbourg et les acteurs économiques du territoire. ©Laetitia Piccarreta

Pour Nathalie Roos, le point de départ est simple : « Ce n’est pas la politique publique qui fait réussir l’économie ; ce sont les entreprises. En revanche, la politique publique peut créer les conditions de leur réussite. » Cette conviction irrigue tout le projet. Inspirée par ses vingt années passées chez Mars, elle transpose au territoire une philosophie qu’elle résume par un principe : « Un bénéfice n’est durable que s’il est partagé. » Une idée qui dépasse le seul monde économique. « Je ne veux pas entrer en concurrence avec Bâle, Stuttgart ou Karlsruhe. Je veux que Strasbourg contribue à rendre toute l’Europe plus forte. » Cette vision rompt avec une approche où collectivités et entreprises évoluent parfois côte à côte. « Il y avait clairement un manque de dialogue entre les entreprises et le monde politique », constate-t-elle. Le Conseil entend précisément recréer ce lien.

Un conseil conçu comme un conseil d’administration

Le fonctionnement retenu s’inspire directement de la gouvernance d’entreprise. Le Conseil s’articulera autour d’une assemblée d’une cinquantaine de membres – représentants des entreprises, des organisations professionnelles, des universités, des collectivités, de l’économie sociale et solidaire et des partenaires transfrontaliers – qui se réunira trois fois par an. Un comité stratégique composé d’une douzaine de dirigeants préparera les travaux, définira les priorités et suivra leur mise en oeuvre. « Le Conseil métropolitain représente les entreprises comme un conseil d’administration représente les actionnaires », explique Nathalie Roos. « Le comité stratégique, lui, fonctionne comme un comité exécutif : il prépare les décisions, construit les feuilles de route et suit les indicateurs. »
L’instance ne disposera toutefois d’aucun pouvoir décisionnel. Elle formulera des recommandations destinées à éclairer les choix de l’exécutif métropolitain.

Ancienne dirigeante de Mars, Lipton et L’Oréal, Nathalie Roos pilote la conception du futur Conseil métropolitain de l’économie, dont la première réunion est prévue à l’automne 2026. ©Laetitia Piccarreta

Des priorités très concrètes

Avant même la constitution officielle du Conseil, une vaste consultation a été lancée auprès des acteurs économiques du territoire afin d’identifier les principaux freins au développement. Elle s’est achevée le 30 juin 2026. Logement, foncier économique, mobilité, simplification administrative, recrutement, transition énergétique ou attractivité devraient naturellement figurer parmi les premières priorités. Nathalie Roos souhaite néanmoins aller plus loin en recherchant rapidement des « quick wins », ces améliorations visibles susceptibles d’entretenir la dynamique collective. « Il ne faut pas perdre le momentum », insiste-t-elle.
Au-delà des difficultés immédiates, plusieurs filières apparaissent comme stratégiques : intelligence artificielle, défense, nouvelles énergies, mobilités, santé ou encore technologies industrielles. La proximité de l’Université de Strasbourg, du port autonome, des institutions européennes et des bassins économiques allemands et suisses constitue autant d’atouts que le Conseil entend mieux articuler.

Catherine Trautmann, présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, et Pernelle Richardot, vice-présidente chargée du développement économique, portent la création du Conseil métropolitain de l’économie, appelé à rapprocher durablement entreprises et collectivités. ©Laetitia Piccarreta

Faire émerger un écosystème

Au fond, le Conseil métropolitain de l’économie ne poursuit pas seulement un objectif de compétitivité. Il cherche à créer un espace où dirigeants, chercheurs, étudiants, collectivités et partenaires transfrontaliers construisent ensemble les conditions d’un développement partagé. « Je veux que tout le monde réussisse », résume Nathalie Roos. « Les grandes entreprises, les PME, les ETI, les indépendants, les jeunes entrepreneurs, l’économie sociale et solidaire. Le succès des uns entraîne le succès des autres. » Les premiers enseignements de la consultation ont été analysés dès juillet. Les priorités seront arrêtées à la rentrée, avant une première réunion officielle du Conseil métropolitain de l’économie prévue à l’automne, a priori à la mi-octobre. Une étape qui dira si Strasbourg parvient réellement à transformer une ambition politique en une nouvelle manière de gouverner son économie.

↑ De gauche à droite : Anne-Pernelle Richardot, Catherine Trautmann et Nathalie Roos ©Laetitia Piccarreta