Une évolution verte à opérer en urgence ⎢IHU
Article publié en juin 2026 dans notre hors-série dédié à l’IHU
Ancien directeur médical adjoint de l’IHU Strasbourg, le Professeur Patrick Pessaux alerte sur la nécessité de tenir compte des impacts environnementaux du système de santé. Il préside notamment le Collectif écoresponsabilité en santé et l’Institut européen de la transition écologique en santé qu’il a contribué à fonder au coeur de la capitale alsacienne.
Le système de santé est responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau français, contre 5 % pour l’aéronautique. Quelque 16 000 tonnes de médicaments prescrits par la médecine de ville sont récupérées chaque année en pharmacie d’officine pour être incinérées. Bien que les ressources s’amenuisent, 400 à 1 200 litres d’eau sont consommés chaque jour pour un patient hospitalisé. Environ 20 % des déchets des blocs opératoires correspondent à du matériel ouvert, mais non usité… Une opportunité à saisir « Toutes ces réalités, on ne les évoque pas assez, expose le Professeur Patrick Pessaux. Elles démontrent pourtant qu’il y a urgence à revoir le système de santé sous le prisme de la transition écologique. Cette évolution ne doit pas être perçue comme une contrainte. Au contraire, elle doit être considérée comme une opportunité de redonner du sens à l’hôpital, d’améliorer la prise en charge des patients et les conditions de travail de l’ensemble des professionnels de santé. »
« La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. Pour les soins, c’est la même chose. » Patrick Pessaud
Dans ces perspectives, Patrick Pessaux a, par exemple, travaillé dès 2017 avec l’équipe d’anesthésie du service de chirurgie viscérale et digestive qu’il dirigeait au Nouvel hôpital civil de Strasbourg. Appliquées dans la plateforme clinique occupée par le service au premier étage de l’IHU Strasbourg, leurs réflexions ont conduit à la suppression de substances anesthésiantes à l’impact carbone trop lourd et à la mise en place d’un tri sélectif notamment de plastiques en vue de leur recyclage. Elles se traduisent également par la revalorisation d’ustensiles chirurgicaux et le remplacement de plateaux d’anesthésie et de dispositifs médicaux à usage unique par des produits à usages multiples.
Données et sensibilisation
Plus généralement, des modèles et des indicateurs doivent désormais être générés pour évaluer scientifiquement l’empreinte environnementale de l’ensemble des pratiques de soins. Y compris chirurgicaux. Grâce à la donnée, ils doivent aussi afficher les bénéfices des mesures prises pour le patient et le financement de la santé. Cet enjeu est tel qu’il figure parmi les principaux objectifs de l’IETES, l’Institut européen de la transition écologique en santé que le Professeur Pessaux a contribué à fonder à Strasbourg en septembre 2025 et préside depuis.
Cet institut a également pour ambition de sensibiliser les décideurs, les praticiens et les industriels de la santé aux transitions et de les former en adéquation. Il vise par ailleurs : à accompagner les établissements hospitaliers dans leur stratégie durable ; à impulser un réseau européen pour comparer et partager des pratiques ; à créer une plateforme documentaire ; à favoriser l’émergence d’innovations en soutenant des start-ups.
Innovation et prévention
« L’innovation est un levier intéressant pour intégrer des considérations environnementales poussées dès la conception des instruments de demain. Au travers de ses recherches sur un bloc du futur reposant sur la robotique et l’IA, l’IHU de Strasbourg joue un rôle important dans cette démarche », pointe Patrick Pessaux. Les avancées technologiques ne feront néanmoins pas tout. Une modification de pratiques plus communes s’impose aussi. Exemple : « Lors d’une chirurgie ambulatoire, donner du paracétamol en comprimé à un patient a un impact carbone douze fois moins élevé que le faire par intraveineuse. »
En parallèle, relève encore l’expert strasbourgeois, un renforcement des politiques de prévention ainsi que des pratiques prédictives et personnalisées est attendu. Et pour cause ! « La meilleure énergie est celle que l’on ne consomme pas. Pour les soins, c’est la même chose. Pour le patient comme pour la planète, le meilleur soin est celui que l’on n’a pas besoin de réaliser. »

©Laetitia Piccarreta