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Le Off d’Avignon : une véritable foire d’empoigne, cruelle à souhait, où pendant trois semaines, plus de 1600 spectacles ( !) -chiffre officiel 2019, un record- cherchent à trouver leur public et surtout, séduire programmateurs et journalistes. Pour une troupe théâtrale, participer à Avignon est tout à la fois un défi insensé, un rêve, un exploit ou un véritable cauchemar, quelquefois.

Tout cela, le metteur en scène strasbourgeois Lionel Courtot le sait par cœur. Alors, quand il décide de se lancer dans l’aventure avignonnaise avec son « Crépuscule » présenté pour la première fois au Préo de Oberhausbergen il y a deux ans et demi, c’est en parfaite connaissance de cause.
Il connaît ses atouts : une adaptation quasi magique du livre de Malraux Les chênes qu’on abat qui met en scène De Gaulle et son ministre le 11 décembre 1969 à Colombey les Deux Eglises, dans la résidence du général. Et, pour jouer ces deux personnalités majeures de l’Histoire de France, Lionel Courtot sait pouvoir compter (mais il lui a fallu les convaincre avant) sur deux comédiens d’exception jusqu’alors plus habitués de la cour d’honneur du Palais des Papes avec les créations d’Olivier Py. Bien sûr, leur présence dans le Off est de nature à attirer les journalistes, cette situation est quand même rarissime…

Et… ça marche ! A l’heure où ces lignes sont écrites, une semaine après l’ouverture du Festival, Lionel Courtot et son équipe (formidable, elle aussi…) affichent un sourire-banane du meilleur effet. Chaque jour à 18h15, la salle Présence Pasteur est bien remplie. Et une heure plus tard, au tomber du rideau, de longues salves d’applaudissements saluent la performance.
C’est mérité : en un peu plus de deux ans, le spectacle, déjà très bien né, a superbement gagné en densité. Et, l’air de rien, c’est un pari fou qui est gagné. Ce dialogue cinquantenaire entre deux « monstres » historiques, sur des thèmes aujourd’hui si anciens, n’a pas pris une ride et sonne même limpidement (et habilement…) à nos oreilles qui ne perçoivent aujourd’hui que des bribes d’expressions où il est question de « start-up nation ou de nouveau monde » au milieu du tintamarre nocif des réseaux sociaux. La pseudo modernité se dissout facilement au détour des piliers de l’histoire nationale…

Oui, le pari est merveilleusement réussi. Et, Off oblige, on ne peut que jubiler gaillardement quand vingt minutes après chaque représentation, on peut échanger en toute simplicité avec les immenses Philippe Girard (De Gaulle) et John Arnold (Malraux), l’un presque timide et d’une saine discrétion, l’autre l’œil malin sous son Panama. Ils sont fantastiques de talent et de professionnalisme et leur passion du théâtre est impressionnante.
A deux pas, Lionel Courtot qui a trouvé la clé pour les réunir (ce qui en laisse plus d’un pantois) n’est pas avare de dialogue, lui aussi.

Chaque année, à la fin de la première semaine du Off, Télérama (l’hebdo de référence pour beaucoup ici) publie son best-of des meilleurs spectacles du Off avignonnais. Y être correspond quasi à coup sûr à l’assurance d’un succès encore grandissant pendant la dernière quinzaine du Festival.
Bien sûr, Le Crépuscule en est, cette année.
Champagne !

Jusqu’au 28 juillet à Présence Pasteur à 18h15. Relâche les 15 et 22.
Le Crépuscule sera présenté au TAP’S Scala du 28 janvier au 1er février 2020.

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