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Pop, soul, rock et surtout reggae. Des pointes de blues et de hip-hop. Un sourire à décrocher les étoiles. Musicien de rue à ses débuts, Christopher Giroud s’est fait un nom sur la scène alsacienne.  Des Illuminations de Noël à Strasbourg mon amour sans oublier la Tramfest ou l’Industrie magnifique, il est partout.  Pour le moins singulière, sa trajectoire brouille les pistes sans dévier de son objectif : comprendre le monde et y jouer une partition « dansante et consciente ».

Une enfance africaine entre son Cameroun natal, le Nigeria et le Cap Vert avant « une scolarité tranquille à Grenoble » où ses parents étaient enseignants. Christopher Giroud était très bon élève. On sent qu’il a aimé et qu’il aime encore apprendre.

La musique ? Il en écoutait dans le casque, « plutôt soul, R&B, hip-hop mais… en « chantant faux ». « Aucun indice » d’une future vocation, tout au plus formait-il son oreille à l’anglais grâce à ses deux parents qui le parlaient fluently. Des parents au parcours d’« expat », ce qui – peu ou prou – « casse les murs » dans l’imaginaire familial, constate-t-il.

Orienté en 1re S à l’heure du Bac. Il y passera un mois avant de poser ce qu’il appelle son « premier choix personnel imposé contre ce que l’on attendait de lui. J’ai voulu retourner en L. Je voulais des langues, de la philosophie, de la littérature. Des mots, un regard sur la vie et sur l’humain. »

« Des premiers accords, la voix qui se pose… wow ! »

Bachelier à 17 ans, il se voit proposer de passer un an à l’étranger. Il choisit le Brésil et se retrouve « seul Noir de la classe » dans « un pays dont le gros de la classe moyenne est très blanche ». Plus diverse et même internationale, la communauté des jeunes boursiers l’a happé pour le meilleur. « Mon envie de musique a commencé là-bas, avec eux, dans des petits shows… »

Sa mère lui offrira sa première guitare, en 2007, à son retour en France. « Des tuto sur You Tube, de premiers accords, la voix qui s’y pose… Woaw !» Ont suivi deux années d’Hypokhâgne et Khâgne, entre sciences humaines et musique avec une passion pour la philo et son « analyse du monde ».

Cette volonté de comprendre orientera Christopher vers l’Ecole de management de Strasbourg. Un choix déroutant mais logique : « les intérêts industriels et économiques mènent la danse, je voulais comprendre ! »

La ville l’a séduit. « Dès que j’y suis arrivé, je me suis dit,  « ça matche », il faut que tu y restes quelques années… Internationale et dynamique tout en restant calme et posée. Strasbourg est très belle.» Sans compter que son cursus à l’EM lui a permis de reprendre le large toute une année en Colombie où il a intégré un groupe de reggae. « On s’est lancés, j’ai adoré. Le groove, le chaloupement…».

L’aventure de la rue

Au retour, l’attendait le tempo de sa dernière année en école de commerce et la recherche – ardue – d’un stage en alternance. « C’est à cette époque que j’ai remarqué des musiciens de rue. J’ai eu envie de voir comment ça se passe et je me suis lancé avec mes quelques chansons au compteur »… 20 ou 30 euros récoltés… « une expérience renouvelée et en fin de compte de vraies rémunérations au bout de la journée. »

L’essai étant concluant, Christopher a demandé une année sabbatique non sans réfléchir « comme un entrepreneur définissant un Street Business plan » avant de se lancer dans « l’aventure de la rue. J’ai découvert combien c’est gratifiant de voir ce que la musique peut provoquer. Les visages changent, les gens retrouvent le sourire… J’avais le sentiment d’avoir trouvé mon rôle et de pouvoir en vivre ».

Un deuxième CD fin 2019

En 2013-2014, il relève le défi « Nouvelle Star » et fait partie des 50 derniers sélectionnés sur 5 000 candidats. Fort de cet encouragement, il demande une deuxième année sabbatique « pour se professionnaliser et écrire ses textes ». À la clé : « Bling Bling » sur le matérialisme, « War » contre la guerre, « Mister Officer » sur la rue, « Don’t you worry », une autre encore plus funky… « Tout un univers dansant et conscient » réuni sur un premier CD produit par BE MAJOR RECORD en 2017.

Pour l’heure, il travaille son premier texte en français et sait déjà qu’il sera slammé. Il décrira sa trajectoire au cœur de « ce monde où l’on vit » et figurera sur un deuxième CD dont la sortie est prévue fin 2019 avec plusieurs autres textes en français.

Strasbourg port d’attache d’un musicien nomade

Strasbourg a souri à Christopher qui multiplie les scènes : La Laiterie en 2017, en première partie des mythiques « Toots and the Metals », ceux-là même qui ont inventé le mot « reggae » en 1968. Des soirées privées au Hilton, au Bouclier d’or, au Hannong, au BOMA, La Laiterie à nouveau en 2018 avec Alborosie, autre figure incontournable du reggae mais aussi des « expériences inédites et hyperintenses » telles que la Fête de la musique, Place Kléber, en première partie de Catherine Ringer ou le spectacle Disney, au Zénith en décembre, avec l’Orchestre philarmonique.

Devenu intermittent du spectacle, Christopher tourne régulièrement. Prochaine date le 15 juin au festival Arkedi’art de Turckheim.

Strasbourg reste sa ville mais il sent que « le moment d’une nouvelle exploration s’impose ». Il rêve de l’Australie où l’un de ses deux frères s’est installé : « Je reste un nomade de la musique, je veux garder un sentiment de liberté, déambuler dans des rues inconnues, sentir l’atmosphère, trouver les spots, apprendre à recevoir sans réclamer. Parfois des fleurs, du chocolat, un objet insolite, juste quelques mots… » dit-il joliment.

Qu’on se rassure, il a terminé son cursus à l’EM.  « No border » et bon élève. Musicien poète expert en commerce international.  Paradoxal ? Non… la cohérence est réelle. Pour Christopher, il s’agit de comprendre le monde et d’y trouver sa place, fut-elle singulière.

« Il faut de la conviction, de l’envie », dit-il en évoquant Jacques Brel. « Des vibrations et des réflexions ».

Être au plus juste de soi et au plus proche de l’autre.

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