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« Je quitte mon bac à sable…

Une page se tourne pour une des plus attachantes des artistes strasbourgeoises. Horéa a quitté son atelier de la rue de Molsheim pour un atelier-galerie superbement niché dans une cour intérieure d’un immeuble de la rue des Juifs qu’elle vient d’aménager complètement. Le public n’y perdra pas au change : de douces ondes émanent déjà de ce lieu central qui devrait permettre de bien belles rencontres…

HOREA | Or Norme

« J’ai fait le grand saut ! ». Et, à peine ces mots prononcés, Horéa éclate de rire.

Nous sommes au 11 rue des Juifs à Strasbourg et cette tranquille cour intérieure d’un bel ensemble immobilier au cœur de l’hypercentre de Strasbourg est déjà illuminée par les chaudes couleurs qui parviennent de la galerie que cette artiste, toujours pleine d’idées et de peps, vient d’ouvrir.

« Cette galerie existe car j’ai pris conscience de la nécessité de mieux rencontrer mon spectateur, comme je l’appelle » poursuit Horéa. « Je deviens une artiste responsable, il me faut parler, convaincre, vendre mes œuvres, aussi… En fait, je quitte mon bac à sable de la rue de Molsheim, je grandis… »

Un projet de vie

Le bac à sable de la rue de Molsheim, l’atelier d’Horéa. Un de ces endroits que le tout Strasbourg amateur d’art aura pu à un moment ou à un autre fréquenter tant elle y aura organisé des rencontres, des vernissages ou des sessions où tout un chacun pouvait s’emparer d’un pinceau et, fort de ses conseils, réaliser enfin son rêve de peindre.

L’Atelier Galerie d’Horéa | Or Norme

Oui, Horéa, on l’a beaucoup aimé cet endroit et pour tant de raisons dont une, essentielle : on pouvait s’y rendre à tout moment, pour boire un café sans même s’être annoncé tout comme pour répondre à une invitation formelle : jamais le lieu ne changeait vraiment. C’était toujours un atelier d’artiste, avec ce bordel très organisé, à ta façon puisque tu n’y égarais jamais rien, avec ces milliers de taches de toutes les couleurs qui parsemaient le gris d’un sol allègrement arpenté tant par les baskets des bobos que par les talons-aiguille des épouses de certains de tes clients fortunés. Et, vers le fond, cet entassement de toiles où tu nous entrainais souvent : « Faut que je te montre quelque chose… ». Bref un lieu de vie à ton image, pas prise de tête pour un sou…

« Ce changement, c’est aussi mon côté liberté absolue » poursuit Horéa. « Depuis vingt ans, ma vie est remplie de la joie de créer et des émotions qui vont avec. Mais si j’ai ce parcours derrière moi, c’est parce que je vis de mon art, j’ai des clients réguliers et d’autres nouveaux, tous les ans. Ces vingt ans de vrai bonheur artistique, je les leur dois. C’est en pensant à eux que j’ai ouvert cette galerie qui va être rejointe au printemps par mon nouvel atelier, qui lui fera face. Du coup, un calme va s’instaurer, j’en suis certaine. Je me sens moins « sauvage » qu’auparavant, l’atelier-galerie va réguler certains côtés chaotiques et va me donner une visibilité et une accessibilité régulières. Je me suis dit que c’était très important pour la suite de mon parcours… »

Si on imagine bien volontiers ce que l’on retrouvera dans la partie atelier, on la questionne pour savoir quel esprit règne dans la galerie. Là, Horéa est catégorique : « Il y a bien sûr mes œuvres » confirme-t-elle « mais pas que ! Je souhaite y exposer le travail de beaucoup de particuliers  qui ont en eux la passion de créer et dont les œuvres me touchent : ça pourra être une sculpture, des photos, des toiles bien sûr. Voire des show-case avec des groupes musicaux… L’important est qu’on y ressente la jubilation de la création et l’envie de la partager avec le public. J’en connais tant de ces gens anonymes qui réalisent de si belles choses et qui ne franchissent pas l’étape de les montrer. Dans ma galerie, ce sera possible. Je la vois comme un lieu, mieux même, comme un carrefour d’émotions ! »

Il a déjà belle allure, ce carrefour d’émotions avec ces voutes arrondies qui mettent encore mieux en valeur les espaces où Horéa a commencé à accrocher ses toiles. Et puis, ces objets qui le parsèment : une haute lampe design dont les couleurs varient du rouge carmin au chaud orangé, un vieux cheval d’arçon de gymnase aux pieds bien rétrécis sur lequel on peut donc s’asseoir originalement, un grand miroir convexe où on rigole de voir sa bouille déformée, une petite table en métal rouge toute en longueur, de très anciens sièges de théâtre au beau bois ciré… toute une atmosphère s’est déjà mise en place qui donne envie de découvrir très prochainement le nouvel atelier où seront notamment organisés des stages de peinture.

Quelque chose nous dit que l’aspect « bac à sable » restera d’actualité…

L’Atelier-Galerie d’Horéa
11, rue des Juifs – Strasbourg
www.horea.net

Emma

Lors de notre visite à la galerie d’Horéa, c’est un tourniquet pour cartes-postales qui attire notre attention. Il est chargé de quantité de petits tableaux aux couleurs chatoyantes qu’on devine sans peine peints par des enfants.

HOREA | Or Norme

« Par une enfant » corrige Horéa. « Elle s’appelle Emma. Il y a deux ans, je fais la rencontre d’Alain Léonard, le vice-président du Rotary-Club de Schiltigheim qui me parle de cette jeune handicapée mentale qu’une association qu’il préside soutient dans le cadre de sa vie quotidienne. Elle adore peindre, acceptez-vous de la rencontrer ? ajoute-t-il.

J’avoue que deux choses me retiennent alors. J’ai déjà peint avec un enfant trisomique et je sais que ce n’est pas évident. Je ne suis pas thérapeute, je n’ai pas de compétences particulières sur ce sujet.  Et puis, à ce moment-là, je sors à peine d’un douloureux épisode : lors d’une exposition, j’ai été violemment agressée, comme d’autres personnes, par une peintre handicapée mentale. J’ai subi une méchante entorse du pouce de ma main droite ! Dans les semaines qui ont suivi, j’ai eu très peur : ma main droite est mon vrai outil de travail, est-ce que j’allais retrouver toutes les sensations d’avant ? Au prix d’un long travail de rééducation, ce fut heureusement le cas… »

Malgré ces réticences, Horéa va accepter cette rencontre. « Ce fut un choc » se souvient-elle. « Emma est venue avec sa maman, Sylvie, qui se consacre à elle 24h sur 24 au point qu’elle n’a quasiment plus de temps pour entretenir une vie sociale normale. Ce jour-là, je découvre une enfant hystérique de joie car elle comprend tout de suite qu’elle est arrivée dans un atelier d’artiste. Son premier geste a été de me tirer violemment les cheveux et les personnes qui l’accompagnaient ont eu un peu de mal à la maitriser. Tout le monde était inquiet quand on a commencé à peindre mais moi, je me suis très vite rendu compte qu’Emma est une vraie artiste. Une heure de peinture avec elle, c’est réellement impressionnant ! Très vite, j’ai su qu’elle pourrait bien se débrouiller car c’est une passionnée et elle est très appliquée. On a vite été en harmonie toutes les deux. On a fini par créer « Les joies d’Emma »,  une collection de ses œuvres, de petits tableaux 20 X 20 très colorés, sur lesquels elle écrase son point de pinceau comme si elle voulait exploser la couleur ! Mais sa touche, après un an de travail, elle parvient à parfaitement la moduler pour en faire comme une fleur. Elle a donc créé cette série, une sorte de jardin qu’on a appelé « les Cœurclicots ». Chaque tableau se vend 35 €, intégralement reversés à l’association « Les amis d’Emma ». Ils ont en vente à la galerie. Bien sûr, mon cours est gratuit et le produit de ces ventes finance son cours sur le langage des signes, ce qui lui permet d’avancer dans sa communication avec l’autre… »

Une expérience telle que celle-là a beaucoup représenté pour Horéa.  « J’ai une peur panique de la maladie quand elle concerne les enfants » confie-t-elle. « Mais quel bonheur de créer ainsi de la joie pour une enfant si prisonnière de son handicap. Je vois Emma mais je vois aussi sa maman, qui lui est si dévouée. Aujourd’hui, j’accueille Emma à l’atelier comme une copine avec qui je joue. Et quand je vois où nous en sommes arrivées toutes les deux, je ne peux que remercier ce vice-président du Rotary qui m’a permis de vivre tout ça avec Emma. Je crois que ce que nous faisons ensemble a du sens, j’espère que la galerie va leur donner la visibilité qu’ils attendent leur et j’espère les accompagner très longtemps… »

Association « les Amis d’Emma »
www.lesamisdemma.fr

Photos: Médiapresse

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