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Le 28 juillet dernier s’achevait le Festival d’Avignon Off, le rendez-vous incontournable du théâtre en France, de la scène au sens large et à destination de tous les publics. Nous avons eu la chance d’y participer avec Le Crépuscule, un spectacle adapté des Chênes qu’on abat d’André Malraux, dans lequel John Arnold et Philippe Girard, deux exceptionnels comédiens habitués du Festival d’Avignon In, ont incarné avec force et émotion l’homme de lettres et le général de Gaulle.

À ceux qui s’interrogent sur la nature et sur ce qui distingue les deux festivals, il m’est impossible en quelques mots de leur répondre. De toute façon, cela n’a que peu d’intérêt, car ce que nous avons vécu cet été tend à nous prouver que les cases dans lesquelles nous aimons ranger les objets culturels, en France, sont parfois ridicules et bien vaniteuses.
De la Cour des Papes, où il jouait en 2015 le Roi Lear lorsque je lui ai proposé le rôle, à cette scène improbable aménagée dans un vieux gymnase, Philippe ne s’est intéressé qu’à deux choses : au texte et à son métier d’acteur. Comme il aime à le dire, « le comédien doit devenir le sujet de la parole qui est proférée… Chaque écriture a sa parole. Comme en musique, il faut trouver le bon tempo, le style… Les poètes proposent un truc impossible à faire. Les comédiens essayent de réaliser le rêve ». Et ce rêve se vit, et peu importent le lieu et le moment car jouer la comédie est un exercice fascinant de rigueur et de précision, un labeur répétitif et exigeant, quelles que soient les conditions de la représentation.
Dans une troupe de théâtre, l’équipe administrative, l’équipe technique et l’équipe artistique ne forment qu’une seule et même entité toute entière vouée au bien commun. C’est une jolie métaphore de la société.

Et c’est de ce tout qu’il importe de parler dans une société en crise. L’Homme a besoin d’émotions, de partage, de communion, de ces éléments constitutifs du spectacle vivant. À l’heure des coupes budgétaires, il serait important d’imaginer l’art autrement que comme le luxe de certains. Pour Malraux, fondateur il y a 60 ans du ministère de la Culture, l’art est le plus court chemin de l’Homme à l’Homme. Si la culture est, toujours selon lui, ce qui a fait de l’Homme autre chose qu’un accident de l’univers, c’est précisément parce qu’il démontre qu’à la fin, il ne reste d’une civilisation que sa culture, c’est-à-dire les traces de son passage… une évidente quête de sens qu’il nous importe à tous de retrouver aujourd’hui.

Il est édifiant d’entendre parfois que le théâtre pourrait n’être qu’un divertissement élitiste, quand on sait en réalité toute la charge émotionnelle qu’il comporte et toute la magie qu’offre le spectacle vivant à qui sait se laisser emporter. Et Jouvet de conclure : « Rien de plus futile, de plus faux, de plus vain, rien de plus nécessaire que le théâtre ».

L’art est nécessairement populaire, sans lui, il n’y a plus de peuple.

Par Lionel Courtot, metteur en scène

 

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