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C’est l’exposition la plus ambitieuse jamais présentée par la Fondation Beyeler à Bâle. 75 œuvres parmi les plus grands trésors artistiques des périodes bleue et rose du génial catalan, toutes réalisées entre 1901 et 1906 quand le jeune Picasso n’avait pas encore abordé les rives du cubisme et peignait en pleine quête esthétique. Evidemment, il ne vous faudra pas rater cette fabuleuse exposition d’ici le 26 mai prochain, jour de sa fermeture…

En 1901, Picasso avait à peine vingt ans quand il a peint la plus ancienne de ses toiles exposées à Beyeler. Il vivait alors à Madrid, juste avant d’entamer son deuxième séjour parisien et le bleu allait devenir sa couleur d’expression dominante. Tour à tour profond, grisâtre, rarement clair, ce bleu accompagne les portraits de celles et ceux qui l’entourent alors, des êtres au psychisme tourmenté, tous quasiment en marge de la société. Ce sont des mendiants, des prisonniers, des handicapés, des prostituées… La faim, la misère, la solitude sont le lot quotidien de ces abimés de la vie.
Femme en chemise
Le jeune Picasso, qui vit parmi eux, s’applique à restituer leur dignité et quelquefois leur grandeur, lui qui est sans doute un des rares à les apercevoir derrière le masque de la douleur et du désespoir. Femmes assise au fichu (1901), Le Repas de l’aveugle (1903) et surtout, œuvre emblématique de cette période bleue, le formidable La vie (1903) – cette toile jusqu’alors jamais prêtée par le musée américain de Cleveland va faire accourir nombre de fans de Picasso à Bâle – et La Célestine (1904) sont parmi les toiles de cette période bleue du peintre. Peut-être parce qu’ils recèlent en eux tant de fantaisie et suscitent de si belles idées d’évasion, seuls les artistes de cirque que Picasso adore déjà échappent alors à ce bleu permanent et omniprésent.
Ce sont eux qui vont marquer la subtile transition avec la période rose du peintre, qui s’ouvre après son installation définitive dans un atelier de la cité d’artistes du Bateau-Lavoir, à Montparnasse, en 1904. Toutes ses toiles dès 1905 parmi lesquelles Acrobate et jeune arlequin qui, grâce à sa fluidité entre le bleu et le rose, symbolise bien cette transition, Famille de saltimbanques avec un singe , Tête d’arlequin, le sublime Arlequin assis sur fond rouge , confirment l’évolution de Picasso. Parmi les dernières œuvres présentées par l’exposition bâloise, le sublime Nu sur fond rouge prêté par le Musée de l’Orangerie à Paris et surtout Femme (1906) toile clairement annonciatrice qui fait réaliser que le cubisme « est déjà dans les pinceaux » de Pablo Picasso qui s’apprête alors à peindre les fameuses Demoiselles d’Avignon.

Incroyable Fondation Beyeler

Le 1er février dernier, lors de la conférence de presse 48 heures avant l’ouverture des portes de l’exposition, les 150 (!) journalistes venus du monde entier ont abondamment eu de quoi remplir leurs colonnes ou leurs émissions de radio ou de télévision. Quelques minutes avant de se rassembler au bar du sous-sol de la Fondation comme à chaque fois entièrement redécoré aux couleurs de l’artiste (ici, un Café Parisien du meilleur goût), on pouvait croiser Claude Picasso, le fils du peintre, en grande et savante discussion avec Sam Keller (le directeur de la Fondation est une des quatre ou cinq « pointures » de l’art mondial) sous l’œil frénétique de nombreux photographes et cadreurs TV.
Une scène qui ne devait bien sûr rien au hasard tant le talent de la communication est indissociable du haut niveau artistique de tous les événements produits par la Fondation. Les chiffres le prouvent : cette exposition a nécessité quatre années de préparation. Elle s’étend sur 1622 m2 , une surface jamais encore atteinte par une exposition dans ces lieux. Avec l’expo conjointe de toutes les œuvres de Picasso déjà possédées par Beyeler, c’est en fait l’ensemble de la surface disponible de la Fondation qui est consacré à un seul et même peintre. Une première…

Femme au Fichu

Les œuvres accrochées proviennent de 41 prêteurs dont 28 musées majeurs (le Musée national Picasso de Paris, le MOMA de New-York, la Tate de Londres, le Pouchkine de Moscou, le Museu Picasso de Barcelone, entre autres…). Tous ces trésors artistiques ont une valeur d’assurance de, tenez-vous bien, près de 4 milliards de francs suisses (3,6 milliards d’€). Ces chiffres se passent de commentaires, la Fondation Beyeler évolue dans une galaxie interstellaire sans équivalent.
Pour autant, la grosse tête n’est pas trop le genre de la maison. Fun Facts Picasso, un document figurant en bonne place dans le dossier de presse, nous fait lui aussi naviguer entre les chiffres. Entre 1 (Picasso avait une souris qu’il avait apprivoisée dans un tiroir de son atelier du Bateau-Lavoir) et 50 000 (le nombre d’œuvres qu’il a réalisées au cours de sa vie !), on apprend que le génie mesurait 163 centimètres, que 19 mots composent son nom complet (on vous laisse le soin de questionner Wikipedia à ce sujet), et que le galeriste parisien Ambroise Vollard lui acheta, en 1906, une vingtaine de tableaux de sa période rose pour la somme de 2 000 francs de l’époque (environ 7 700 € d’aujourd’hui). Une petite fortune pour le jeune Picasso d’alors, qui l’éloigna de la misère de sa condition quotidienne.
La suite allait être prodigieuse…
« J’ai voulu être peintre. Et je suis devenu Picasso… » Cette parole du Maître s’impose en force sur un mur, à la sortie de l’exposition.

 

Le jeune Picasso – Périodes bleue et rose
Prolongée jusqu’au 16 juin
Fondation Beyeler à Riehen (banlieue immédiate de Bâle).
Ouverte tous les jours de 10h à 18h (le mercredi jusqu’à 20h).
Tarifs : adultes : 30 CHF – groupes à partir de 20 personnes, étudiants et handicapés : 25 CHF. Gratuit pour les – de 15 ans.
Réservations en ligne hautement recommandées : http://www.fondationbeyeler.ch

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