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Densité urbaine, mobilités, urgence climatique et sociale… L’aménagement et le développement des villes, a fortiori ceux des métropoles, est au cœur des préoccupations et des besoins actuels. Il existe des sources d’inspiration qui peuvent être utiles et qu’évoque Syamak Agha Babaei, l’élu en charge de ces dossiers à l’Eurométropole de Strasbourg…

 

Or Norme : Face à un dossier d’une telle complexité, existe-t-il des villes dont la démarche en la matière pourrait inspirer la politique de l’Habitat de l’Eurométropole de Strasbourg ?

Syamak Agha Babaei: « J’en vois deux, une en France, Rennes, et l’autre à l’étranger, Vienne, la capitale autrichienne. A Rennes, on note que depuis très longtemps, et quelles que soient les municipalités en place, l’habitat a toujours été au cœur des politiques publiques. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne le foncier : la Ville de Rennes a accumulé des réserves foncières depuis énormément d’années, ce qui lui donne aujourd’hui une vraie maîtrise de ce secteur et cette politique publique pérenne lui permet de réguler le marché de l’immobilier grâce à l’aménagement de nombreuses zones d’aménagement concerté (ZAC) comme le sont chez nous la ZAC Danube ou la SPL Deux-Rives. On y met en place la gamme complète de ce qui peut se faire en la matière : partout, cela va du logement social au logement haut de gamme et tout cela fabrique une offre additionnelle très homogène et d’une densité exceptionnelle. A mon sens, Rennes est un exemple de politique publique bien menée. En premier lieu, il y a là-bas une réelle abordabilité des logements, due en grande partie à cette maîtrise parfaite du foncier mise en œuvre depuis longtemps. La densité des constructions est équilibrée et si la diversité des offres en matière tarifaire est bien réelle, elle l’est aussi sur le plan architectural : les aménagements intérieurs des appartements tiennent compte des réalités sociétales d’aujourd’hui et les aménagements extérieurs, les espaces verts, ne sont pas oubliés ou négligés. Toutes ces initiatives en matière de politiques publiques ont porté leurs fruits : aujourd’hui le manque de logement est devenu un phénomène résiduel à Rennes et cette ville est regardée par pas mal de décideurs comme un bel exemple. Par comparaison, ici à Strasbourg, nous sommes depuis longtemps sur un rythme de constructions d’au moins 3 000 logements par an, 1 500 logements sociaux et 14 500 logements dits aidés. Mais la demande reste forte : 24 000 foyers sont en attente d’obtenir un logement social…

Or Norme : En quoi la politique du logement de Vienne est-elle remarquable ?

S A-B : « Là encore, il y a de la détermination et de la constance en matière de politique publique. Depuis un siècle, les autorités viennoises ne se sont jamais départies d’un solide bon sens et ont délibérément tout mis en place pour loger au sein de la ville les gens qui font la ville, ceux qui y travaillent, y consomment. Aujourd’hui, les statistiques parlent d’elles-mêmes : 80% des logements de Vienne sont des logements sociaux ou classés comme « abordables » et visent dans ce cas les classes moyennes. Ces 80% de logements relèvent du secteur public. Il n’y a donc que 20% de logements relevant du privé, au sens où on l’entend en France. Cette politique est parfaitement assumée car elle régule le marché et elle le fait de façon durable. A Vienne, on est dans une vraie sociale-démocratie bon teint : l’auto-régulation du marché est un mythe, la régulation est donc au cœur des politiques publiques en matière de logement et d’habitat. Vienne proclame que le logement n’est pas qu’une marchandise… et ça marche !

Or Norme : En deux mots, comment définir ce que pourrait être la politique idéale à Strasbourg en matière de logement et d’habitat ?

S A-B : Une politique qui permet aux gens qui vivent et travaillent ici de s’y loger à des prix abordables. Rappelons que plus de 50% des emplois du Bas-Rhin se concentrent sur le territoire de l’Eurométropole. Ces gens doivent pouvoir se loger dans des logements qui respectent leurs modes de vie, je pense aux très nombreuses familles mono-parentales et aux familles recomposées, deux données sociétales qui bousculent l’offre traditionnelle de logements. Une politique conçue en tenant compte également des réalités de notre territoire : il y a un taux de pauvreté de 25% à Strasbourg. Je suis pour ma part tout à fait convaincu qu’on peut réduire ces inégalités grâce à une bonne politique du logement, en y incluant force diversité y compris environnementale. La place de la nature doit être accrue, replanter des centaines et des centaines d’arbres est une vraie priorité et cet enjeu environnemental est essentiel… »

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