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Il y avait du vent ce premier week end de septembre, au pays cathare.
La tramontane évidemment… Mais qu’à cela ne tienne, l’inauguration du Théâtre de Ségure a bien eu lieu, dans un très ancien bâtiment restauré quelque part entre Tuchan et Palairac. Presque au milieu de nulle part…

Aux manettes, les Chevalier, un couple de Strasbourgeois assisté d’une joyeuse bande de potes. Cela fait quatre ans qu’ils portent ensemble ce projet fou et le public était au rendez-vous de ces trois jours de théâtre, de musique et de créations lumières époustouflantes.

Un public conquis…

« On savait qu’un lieu de culture allait être créé dans cette forge abandonnée depuis des lustres » commentaient deux dames à la sortie du spectacle Animal, ultime opus de la compagnie strasbourgeoise Flash Marionnettes, alors que les vieilles pierres du tout nouveau théâtre s’animait de poétiques mises en lumière créées par d’autres Strasbourgeois, Jean-François Zurawik – maître d’œuvre de la Fête des lumières de Lyon – et Daniel Knipper, illuminateur estival de la cathédrale.
« On savait que quelque chose se préparait, ont poursuivi les spectatrices, mais qu’il fallait surmonter les difficultés administratives, les craintes du voisinage… Le type qui a fait ça est un peu fou et… c’est une bonne chose! »

Fou de théâtre

Ce « type » est Strasbourgeois et s’il est fou, c’est de théâtre. Son nom est Patrick Chevalier, comédien depuis… pas mal d’années et fondateur avec son épouse Murielle de la Compagnie L’Ange d’or, en 1977, au Café théâtre qui portait ce même nom à la Krutenau, avant de devenir le Café des Anges. À dire vrai, ils étaient quatre car leurs amis de toujours, Dany Chambet-Ithier et Patrick Missoffe, étaient de l’aventure.
Patrick et Murielle racontent : « La ville bruissait pas mal à l’époque. Jean-Pierre Vincent dirigeait le TNS, le TJP naissait, le Maillon allait apparaître un peu plus tard. Du beau monde musical passait par chez nous. On a accueilli les débuts de Bernard Lavilliers mais aussi Catherine Sauvage en fin de carrière, de grands orchestres de jazz, Pierre Moerlen du groupe Gong , membre des Percussions de Strasbourg, batteur-percussionniste pour Mike Oldfield, sa sœur Geneviève flûtiste, son frère violoniste … toute la famille était musicienne.
Côté théâtre, Bernard-Marie Koltès est venu avec « La Nuit juste avant les forêts », quinze personnes dans la salle, on avait dix ans d’avance. Germain Muller faisait partie de nos habitués – il a très vite compris que quelque chose se passait – et Pierre Pfimlin réservait en toute discrétion, sous un faux nom… »

Naissance des Scouts

Souvenirs à foison… Et puis, en 1979, création de la Revue des Scouts juste parce que leur bande des quatre avait envie « de faire un truc très déconnant pendant l’été en parodiant la politique ». « Juillet-Août ont été  remplis de chez remplis, alors on a repris à la rentrée. Murielle a été la première fille de la troupe, elle écrivait les textes à la main et devenait « Hamster jovial » sur scène. »
Jaguars et Mercedes dans la rue des Orphelins, la revue a fait un carton !  Et Raymond Barre en a pris pour son grade…

« En 1982, on s’est dit qu’on avait fait le tour, se souviennent Patrick et Murielle. On avait une fille, Claire, aujourd’hui comédienne, un deuxième enfant en route, plus possible de se coucher à deux heures du matin et se lever à sept ».
Murielle a été engagée au TJP et Patrick est entré à la radio pour animer avec Jean-Pierre Schlagg une émission satirique intitulée Les Cigognes en folie .
Leur compagnie L’Ange d’or qui avait joué, outre ses propres créations, des textes de Molière, Ionesco, Tardieu, Obaldia, Grumberg, Albee, Pinget, Camus… fut mise en sommeil avant de renaître en 2001 avec Village cherche idiot d’après la nouvelle de Michel Rietsch. Viendront ensuite Des souris et des hommes  de Steinbeck, J’avais rêvé d’une république de… Patrick Chevalier, La Victoire à Ventoux, ode au tour de France… mais aussi Le meilleur des trois, déclaration d’amour au foot et à ses champions jouée en septembre au théâtre de Ségure en alternance avec d’autres spectacles parmi lesquels Animal, Petites musiques clandestines, un seul en scène de Claire Chevalier ou bien encore Doute de John Patrick Shanley dans lequel jouait Vincent Witz, l’un des nombreux et précieux amis de Patrick et Murielle, sans lesquels rien n’aurait été possible.

La forge des possibles

Car ne l’oublions pas, ces deux Alsaciens de cœur et de vie que sont Patrick et Murielle ont fait souffler le vent de leur passion jusqu’au cœur du pays cathare. Une forge du XVIIIe siècle leur a tapé dans l’œil il y a quatre ans, ils savaient qu’elle serait idéale pour diffuser le théâtre vivant dans des lieux où il s’est fait rare, ils l’ont acheté et y ont mené d’impressionnants travaux pour y aménager une salle de 50 places ainsi qu’un lieu d’hébergement pour des résidences d’artistes.
Mené sans argent public, à l’huile de coude des propriétaires et de leurs amis d’Alsace ou des Corbières, ce projet fou n’a pas pour but de faire du profit. Il se veut à la disposition de « qui les investira » pour des projets publics ou privés, théâtraux ou musicaux. « Les utilisateurs paieront ce que ça coûtera, sans plus ».
Le but est de « rêver à une société plus solidaire, plus fraternelle et qui, si elle doit se mondialiser, est censée n’oublier personne en chemin ! », dit Patrick…

Une programmation entre Alsace et Corbières

À la première AG, le dimanche matin, le nouveau maître de la Forge de Ségure a annoncé la couleur : « Les Alsaciens ne font jamais rien comme tout le monde mais ils le font bien ».
Il a parlé de son projet mêlant théâtre et cinéma, une saga de 80 ans en pays cathare entre Palairac, Tuchan, Ségure et le fier château d’Aguilar qui domine le paysage. Il a aussi lancé une invitation aux villageois venus l’écouter : la création de Roméo et Juliette en bilingue anglais-français car, à Palairac, la moitié des 30 électeurs sont britanniques.
Dans l’assistance, Kelly et Gabriel, tout nouveaux habitants de Tuchan en quête d’un nouveau sens à la vie étaient tout ouïe. On les verrait bien dans les rôles titres… D’ici là « une programmation se construit », entre l’Alsace et les Corbières, promettent Patrick et Murielle.

 

Pour en savoir plus et pourquoi pas rejoindre les « Compagnons de Ségure » : ici

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