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Après le succès monstre (et mérité) de la collection Chtchoukine, la Fondation Louis Vuitton propose jusqu’au 5 mars prochain un époustouflant voyage outre-Atlantique avec 200 chefs-d’œuvre du MOMA, le musée d’Art moderne de New York. C’est ainsi près d’un siècle d’art qu’on nous invite à visiter et c’est un régal !..

On vient bien sûr pour Picasso (même si on sait qu’il va bien falloir se résoudre à aller à Big Apple pour admirer Les demoiselles d’Avignon car cette toile ne sortira sans doute plus jamais de son temple new-yorkais de la 53ème Rue), on vient aussi pour Cézanne, Signac, Rothko, De Kooning, Mondrian… car le bouche à oreille a déjà fonctionné et on sait que le MOMA possède parmi leurs toiles les plus célèbres et qu’elles sont là. On se doute bien qu’il y aura aussi du Roy Lichtenstein, du Warhol… Et on est vite rassuré : les icônes sont toutes là.

Décennie après décennie…

Profitant habilement d’une longue période de travaux à New York, la Fondation Vuitton a donc mis les petits plats dans les grands en accueillant le MOMA dans ses murs : pas moins de quatre niveaux y sont consacrés.

Le rez-de-bassin (-1)
D’entrée, la magie fonctionne : il faut dire que la première et immense salle, sur ces trois murs blancs, abrite Le Baigneur de Cézanne, L’Atelier de Picasso et Maison près de la voie ferrée de Hopper. Et c’est tout ! De l’art de signifier les choses : « Admirez, profitez et mettez-vous bien dans la tête que ce n’est qu’un début… »
On déambule ensuite dans plusieurs salles qui évoquent les origines européennes de l’art moderne : un festival de Picasso, là encore, Matisse, Cézanne et autres cubistes, futuristes, dadaïstes, surréalistes et abstraits des années 1920-1930.

Le Baigneur – Paul Cézanne

Puis vient le tour de l’Amérique, tout comme l’histoire de l’art moderne s’est déroulée, comme un glissement subtil vers l’expressionnisme abstrait. Voilà les Pollock (dont La Louve, acquis par le MOMA en 1944 et qui fut le tout premier tableau de Pollock à faire son entrée dans un musée), et toute la cohorte de l’Action Painting (dont De Kooning) et des fous de la couleur (Newman, Rothko…).

 

Portrait de M. Félix Fénéon – Paul Signac (1890)

Le rez-de chaussée est entièrement consacré à l’art minimal et au Pop art. Au tour des Warhol, Jasper Johns, Lichtenstein de parader… Sur un mur de photos, on retrouve les Jumelles de Diane Arbus, presque familières des cimaises parisiennes, et qui n’ont rien perdu de leurs grands yeux interrogateurs… Voisinent les clichés faussement « American way of life » de Cindy Sherman. Plus avant encore, les fans de Mies van der Rohe et du Bauhaus se régaleront…

 

Untitled, Cindy Sherman (1978)

Le niveau 1, joliment baptisé « L’art en action », présente les nouvelles formes artistiques nées des grands mouvements contestataires des années 1960-1970 et ce sont là des artistes tout droit issus des années tourmentées de l’Amérique que nous découvrons pour la plupart pour la première fois. Les questions raciales, la violence, le sida imprègnent les accrochages…

Enfin, au niveau 2, sont mises en avant les acquisitions des deux dernières décennies où l’imagerie numérique, la performance, la vidéo se taillent la part du lion et on découvre ainsi une immense majorité d’artistes émergents (tous ou presque ont moins de quarante ans), parmi lesquels nombre d’artistes noirs et de femmes issus d’une géographie mondiale extrêmement variée. Si on a pu faire longtemps au MOMA le reproche de ne présenter que l’âge d’or de la peinture d’une part, et les seuls axes artistiques susceptibles de plaire aux fameux WASP (White Anglo-Saxon Protestants) qui le fondèrent en 1912 d’autre part, il semble bien que ce temps-là soit bel et bien révolu…

Le MOMA est un corps vivant

Et au final ? Deux choses. D’abord, l’envie irrésistible, avant de quitter les lieux, de se refaire le niveau -1, juste pour bien incruster une nouvelle fois dans son stockage neuronal personnel les œuvres des grands maîtres européens de l’art moderne. On ne se refait pas…
Et puis, raconter LA découverte, cette vraie émotion qu’il nous arrive de temps à autre et pas si souvent en fait, de vivre avec intensité.
Là, c’est un tableau du niveau 2. On est presque à la fin du parcours et il surprend d’autant plus qu’il ne surgit pas face à nous au détour d’une énième salle. Non, il est là, accroché sur un flanc de mur. Et, surprise, de nombreux visiteurs sont magnétisés…
De la dimension d’un écran télé (même pas géant, banal… et c’est bien sûr voulu), Septembre de Gerhard Richter a été peint en 2005. C’est une huile sur toile, très travaillée, volontairement floue qui hurle la tragédie des Twin Towers, qui rappelle la violence avec laquelle les terroristes ont arraché ces presque 3 000 vies humaines. Septembre est l’un des plus magnifiques tableaux exposés à la Fondation Vuitton. L’artiste allemand, dont la cote mondiale est au zénith, l’a offert au MOMA en 2008.

Septembre- Gherard Richter

Vous avez bien lu, c’est un don. Là est sans doute la vraie spécificité de cette véritable institution qui vient de débarquer à Paris : une attraction pleine de vitalité et la marche en avant perpétuelle, viscérale, atavique.
Ce qu’au fond a très bien résumé (dans un français impeccable) son directeur depuis plus de vingt ans, Glenn D. Lowry, lors du vernissage de l’exposition le 8 octobre dernier : « L’idée du MOMA, depuis 1929, est de s’intéresser à l’art vivant. C’est un métabolisme comme celui du corps humain. Le MOMA est un corps vivant… »

S’il y a une expo à ne pas rater cet hiver à Paris, c’est bien celle-là.

 

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