« Le dernier jour où j’étais petite »

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Ils se sont connus à Strasbourg, au théâtre, par le théâtre. Ils s’y sont retrouvés et véritablement rencontrés autour des mots et du jeu de Mounia Raoui. Co-mis en scène avec Jean-Yves Ruf, « Le dernier jour où j’étais petite » offre un solo intense et brillant.

Je demande à la parole
D’allumer la lumière
Je me brûle dans les mots
Pour noyer mon impuissance
Pour foutre le feu à mes plaies
Je me parle.

 Le dernier jour où j’étais petite de Mounia Raoui (Extrait)

«Si je devais résumer Mounia à un seul mot, je dirai qu’elle me fait penser à un noyau constitué de tout ce qu’elle est, y compris de ses échecs, ce qui demande un grand travail. Elle est un composite, avec une écriture forte, fière, organique, pétrie de toutes ses cultures Nous nous sommes côtoyés longtemps sans nous connaître vraiment, notamment à l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg dont nous avons fait partie même si n’était pas dans la même promotion. Je savais qu’elle était une excellente comédienne mais elle m’a toujours intrigué. Sa façon de transgresser les codes, de l’ouvrir, ce n’était peut-être pas évident pour tout le monde. Mais justement, poursuit le metteur en scène, moi, ça me plaisait. »

Une parole qui déborde, cherche sa route aux abords d’un monde que la jeune femme tente de comprendre, à son rythme. Insatiable, elle obtient une licence d’histoire puis un master de sciences politiques « Je ne pouvais pas en rester là, sans savoir, sans apprendre. Parce que malgré toutes les choses terrifiantes qui peuvent exister, je pense qu’il faut essayer d’honorer la vie. »
Le temps passe. Jean-Yves Ruf, qui est également comédien et pédagogue, monte sa compagnie (Cie du Chat Borgne). «Jean-Yves, je n’ai pas fini de le rencontrer. En plus il est musicien, passionné, doux, bienveillant avec une écoute profonde des choses et un rapport très personnel au présent. Mais surtout, il a de la pudeur, celle qui ne revendique rien mais qui est là. Je crois qu’au-delà de tout cela j’ai rarement rencontré quelqu’un dont le sens du partage est si fort. Tout cela a été d’autant plus important par rapport au contexte dans lequel s’est créé le spectacle

Jean-Yves Ruf (CR : Rodolphe Gonzalez)

Car pour cette férue du langage et de sa transmission le temps passe aussi, mais pas tout à fait de la façon dont elle l’avait imaginé. C’est une des thématiques, et elles sont nombreuses, de son spectacle. « Dans la pièce de Mounia, il n’y a pas un seul sujet, il y a un endroit de parole. Il me fallait comprendre l’endroit de sa pensée, cet endroit de rêverie où elle parle de ses parents, de son enfance, du chômage. C’est aussi une pensée qui devient parfois traquée, indignée. J’ai voulu l’imaginer par un coin, puis une fenêtre, une chaise, un corps. » Un corps qui, en 2015, alors que son texte est écrit, fait un temps faux bond à la comédienne, comme un dernier barrage à l’avènement de son chemin de liberté. Pour elle, le travail, le seul réel, c’est-à-dire l’élaboration de soi est avant tout un acte politique et vital autour duquel elle a construit sa vie et son art. « Je voudrais rendre hommage ici à la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle , elle a participé à ce geste, à ce secours, par l’intermédiaire de la radio, puis de ses livres. C’est précieux les gens qui ouvrent des voies. »

Mounia Raoui

Et Mounia Raoui est un phénix. Elle sait renverser le destin avec, à la ville comme à la scène, un humour désarmant. «Roland Reinenwald été le tout premier pivot de cette aventure. Je ne savais même pas qu’il était le directeur technique de l’Ecole. Un jour, il m’a demandé si je n’avais pas un truc en préparation. Je lui ai répondu que j’avais écrit un texte, il a voulu lire et tout a commencé. Roland, je ne sais pas comment il a compris, cette intuition, sa façon d’avoir été tellement là, c’est de l’ordre de la maïeutique. C’est pas trop fou ça? » À Strasbourg, Mounia a désormais créé la compagnie Toutes nos histoires. Depuis, Le dernier jour où j’étais petite a trouvé sa place, dans la cour des grandes.

(CR : Pascal Victor)

> Plus d’infos : Le dernier jour ou j’étais petite 
Du 9 au 13 octobre2018
9, 10, 12 : 20h20
11, 13 : 19h
TAPS LAITERIE, Création 2017
De Mounia Raoui
Mise en scène Jean-Yves Ruf et Mounia Raoui
Compagnie Toutes nos histoires (67) – Théâtre Gérard Philippe – CDN de Saint-Denis (93)

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