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Elle creuse son sillon avec une belle sensibilité et la parfaite détermination de celle qui marche enfin sur le chemin de ses rêves. Marikala, auteur et interprète, accompagnée par un sextet de musiciens aguerris, sort son deuxième album. Celui de l’accomplissement…

Au lycée, sa prof de théâtre avait déjà décelé chez elle cette vibration particulière que les artistes dans l’âme émettent parfois très tôt. « Fais du théâtre » lui avait-elle soufflé. « Passe le concours du TNS… » Lancée sur la voie d’un bac littéraire, Marie Kellerknecht (aujourd’hui âgée de 39 ans), avait déjà quelques certitudes bien ancrées : « J’étais passionnée par le français et la philo, j’adorais lire tous les bouquins que les autres détestaient comme les Zola, par exemple. En fait, le bac L, je m’en fichais un peu, seuls comptaient vraiment le théâtre et les arts plastiques. Et puis, une fois ce bac en poche, on m’a dit et répété que « le théâtre n’était pas un métier » et j’ai fini par me perdre dans ce qui était soi-disant bien ou pas bien… Je suis un très bel exemple de ces gens qui, à un moment ou un autre, ont cessé de s’écouter et n’ont pas suivi le chemin naturel qui s’ouvrait à eux… »

Se perdre… et se retrouver

Une longue errance professionnelle va alors s’ouvrir pour la jeune haut-rhinoise. Un DUT Techniques de commercialisation en poche, quelques portes vont s’ouvrir chez des sociétés à la recherche de talents de marketing : Lisbeth, pendant cinq ans puis Abtey, une chocolaterie « où j’ai grandi » sourit-elle aujourd’hui. « Une assise professionnelle qui m’aura aussi permis de devenir une femme, une épouse et aussi deux fois une maman. Mais après la naissance de mon deuxième enfant, j’ai commencé à m’ennuyer très sérieusement dans un job où, c’est plutôt rare de le dire dans ce sens, on me sous-exploitait. Alors, parallèlement, je me suis lancée en tant qu’indépendante dans la vente de cosmétique brésilienne équitable. Très vite, cette activité a explosé, je me suis retrouvée à gérer une centaine de personnes et on m’a alors proposé de devenir cadre. J’ai quitté Abtey pour devenir responsable régionale chez Natura, un poste où je ne cessais d’être entre les allers et retours à Paris de nombreuses fois par mois, avec deux gosses encore avec les couches qui avaient encore bien besoin de moi. Ajoutez à ça 70 heures minimum de boulot chaque semaine et le résultat ne s’est pas fait attendre : un burn-out grandeur nature, celui d’une vraie nana à fond dans le système qui avait fini par oublier complètement l’éducation venue de ses parents, l’écologie, le bio, le développement durable, et ses rêves artistiques. Mais en même temps, pour être franche, tout n’a pas été totalement négatif : ces années m’ont sans doute permis de me construire un vrai projet de vie : si j’avais commencé tout de suite dans le théâtre, je crois que je serais devenue une vraie artiste paumée… au point que je pense vraiment aujourd’hui qu’un de mes points forts, en dehors du domaine purement artistique, est que je sais gérer les aspects commerciaux et communication, et c’est grâce à ces années-là, malgré tout…»

Faut avoir des cojones…

Pendant toute cette période, Marie n’avait cependant pas tout à fait rompu avec son tempérament d’artiste, se retrouvant quelquefois sur scène avec des amis musiciens amateurs. « On s’était appelé « Les Zamis d’un soir » et on faisait des reprises de chansons françaises. Au départ, on a créé ce groupe pour un concert d’un soir mais ça a tellement plu qu’au final, on a enchaîné plein de soirées. Ça a duré le temps de quelques très belles années. Et, avec le pianiste, on a voulu développer un concert à deux : on s’est d’ailleurs testé dans mon village et là, ce soir-là, il s’est vraiment passé quelque chose d’électrisant avec le public. C’est la première fois où je me suis réellement dit que j’avais peut-être quelque chose à donner. Mon burn-out est survenu peu après et, quelques mois plus tard, j’étais fermement décidée à me lancer dans le milieu artistique. C’était flippant, je dois le reconnaître : une décision pas facile à prendre, quand tu as une famille, deux enfants et un mari à l’esprit très commercial. Faut avoir des « cojones », comme disent les Espagnols ! Heureusement que la France nous offre le statut de l’intermittence et du coup, j’ai pu monter mon projet : un site internet, un teaser… bref, tout ce que la com m’avait appris à faire. On a travaillé un répertoire de reprises de chansons françaises, une vingtaine de dates sont tombées très vite. On est passé de trio à quintet en un an, et ça a perduré. Depuis 2013, on a assuré entre quarante et cinquante dates par an, auto-financé un premier album et agrégé autour de nous un vrai réseau de fans. J’ai envie de citer les musiciens : autour de Frédéric Arnold, mon complice d’origine, pianiste et arrangeur, il y a le saxo et clarinettiste Guy Egler, le batteur Mathieu Schmitt, Gilles Untersinger, bassiste et contrebassiste, Vincent Philippe, violoniste et Eric Theiller, le trompettiste, qui nous a rejoints sur le deuxième album… »

J’apprends à m’aimer…

Car oui, c’est bel et bien un deuxième album qui vient de mobiliser le groupe et Marikala (la petite Marie, en alsacien, surnom donné depuis longtemps par ses musiciens). Il sortira quelques jours après la parution de ce numéro de Or Norme. Notamment financée via la plate-forme de financement participatif Ulule, la production de cet album a représenté un énorme challenge. Son titre, « Vivante », dit tout, bien sûr. « Sur le premier album, en 2015, je m’étais déjà rendue compte que mes textes plaisaient presque plus que les reprises de chansons françaises. Le public nous le répétait, concert après concert. Alors, depuis, je n’ai plus arrêté d’écrire et j’ai renoué ainsi avec celle que j’étais, beaucoup plus jeune, et qui écrivait de petits poèmes, tenait son journal intime… En fait, l’écriture de ce deuxième album m’a fait me retrouver complètement. C’est ça que j’aime par-dessus tout, revenir vers moi, me redécouvrir. J’ai compris à quel point j’avais des choses à dire et c’est comme une brèche dans laquelle j’ai envie de m’enfoncer. En redécouvrant celle que j’avais étouffée si longtemps, j’apprends à m’aimer, en fait. Et ce chemin, je l’ai fait seule, ce qui est sans doute le lot de beaucoup d’artistes. Loin des apparences véhiculées par les réseaux sociaux, notamment, la création se fait grâce à une démarche très solitaire, en réalité. Travailler sur moi m’ouvre au monde. Du coup, j’ai retrouvé aussi la musicienne que j’étais, moi qui avais débuté le piano au Conservatoire à l’âge de six ans. Mon prochain défi est d’en rejouer. Mais sur scène, avec mes musiciens… »
Les derniers mois ont été éprouvants mais l’album est prêt. Neuf compositions de Marikala y voisinent avec quatre reprises (dont des titres de William Sheller, Gainsbourg, Barbara…). Tout un univers qui tient à distance pas mal de travers de la vie d’aujourd’hui et qui dit au final le bonheur d’être soi-même, envers et contre tout.

www.marikala.com
contact@marikala.com

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